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Pollution de l’air : laissez les agriculteurs libres de leurs pratiques !

Pollution de l’air : laissez les agriculteurs libres de leurs pratiques !

Le rapport de la Commission d’enquête sur le coût de la pollution de l’air, rendu public le 15 juillet, prétend que la part des émissions agricoles (48% des poussières et 97% de l’ammoniac) participe au coût global de 101 milliards par an engendré par la pollution atmosphérique.
En admettant encore que ce calcul soit sérieusement étayé, n’est-il pas illusoire et vain de faire porter les efforts sur l’agriculture alors que la pollution concerne en premier lieu les autres secteurs économiques ?

 

En outre, la CR rappelle que toute activité humaine à des conséquences sur l’environnement et que ce chiffrage ne doit pas faire oublier les nombreux bénéfices que notre société retire de l’activité agricole telle qu’elle est menée aujourd’hui.

 

« Ecologie punitive »

Bien que les sénateurs se défendent de promouvoir une écologie punitive, leurs principales propositions concernant l’agriculture sont formulées en termes choisis : « un programme de lutte contre l’azote d’origine agricole » avec accompagnement des exploitants qui pourrait être confié aux chambres d’agriculture, et élaboration avec celles-ci des « normes encadrant la dispersion des polluants par les exploitations ».

 

Une fois de plus, les chambres d’agriculture auront le beau rôle et pourront facturer des services aux agriculteurs, pour leur apprendre à ne plus « polluer ».

Des émissions de poussières inévitables

Les émissions de poussières sont le corollaire du travail agricole : ce secteur émet 48% de l’ensemble des particules en suspension dans l’air.

Les périodes de plus forte émission sont celles du travail du sol (labours) et des récoltes. Ces particules de grande taille se déposent généralement à proximité du lieu d’émission. En outre, il s’agit de poussières d’origine minérale (oxydes de silicium, d’aluminium, de fer, de calcium, du quartz) et végétales, sans danger pour la santé et non précurseurs de particules secondaires toxiques.

Ces émissions sont cinq fois plus élevées en conditions sèches mais le temps sec est justement idéal pour les moissons et autres travaux.
Ainsi, n’est-il pas indécent de demander aux agriculteurs d’éviter de travailler par temps sec alors que ce sont justement les meilleurs, voire les seuls moments possibles ?

Des émissions d’ammoniac à resituer dans le cycle naturel de l’azote

L’agriculture est responsable de 97% des émissions d’ammoniac (NH3), dont 75% dues aux déjections animales et 22% aux engrais azotés minéraux.

 

L’ammoniac1 se redépose ou se transforme par réaction chimique en particules fines de nitrate et d’ammonium. Ces particules secondaires, présentant peu, voire pas de danger pour la santé2, se redéposent et forment un apport supplémentaire d’azote pour les écosystèmes. Elles s’inscrivent ainsi dans le cycle naturel de l’azote.

 

Quand on sait que l’ammoniac est le principal précurseur de particules secondaires émis par l’agriculture, on se demande alors à quoi servent les arrêtés d’interdiction d’épandages lors des pics de pollution.

Certes, les particules secondaires d’origine agricole, nitrate et ammonium, s’ajoutent à l’ensemble des molécules respirées lors d’un pic de pollution mais leur présence est temporaire et leur effet négatif sur la santé n’a pas été démontré2, contrairement à celui des particules carbonées issues de la combustion des hydrocarbures, des moteurs Diesel3 notamment (hydrocarbures aromatiques polycycliques).

 

Les particules secondaires de nitrate et d’ammonium sont surtout présentes au printemps et un peu au moins de septembre. Le reste de l’année, leur part est beaucoup plus faible, pendant que les particules issues d’hydrocarbures sont elles toujours présentes. S’attaquer aux particules agricoles ne résout donc en rien le problème de l’exposition chronique de la population aux particules fines. Cependant, cela constitue une aubaine pour les pouvoirs publics car abaisser les émissions d’ammoniac agricole peut permettre de diminuer le nombre de jours de dépassement (notamment au printemps) et se soustraire ainsi du contentieux avec les directives européennes.

Enfin, si les oxydes d’azote (NOx) et les composés organiques volatils constituent des précurseurs d’ozone (irritant pour les poumons), l’agriculture est le secteur économique qui en émet le moins. Les flux de NOx d’origine agricole sont tellement faibles qu’ils sont mal quantifiés.

Pratiques agricoles : le casse-tête ?

Cela n’empêche pas les agriculteurs de modifier leurs pratiques mais il est difficile de tout concilier.
Le travail simplifié limite les émissions poussières mais augmente celles de protoxyde d’azote (N2O), par dénitrification. De même, l’enfouissement des engrais à l’épandage abaisse les émissions d’ammoniac (NH3) mais augmente celles de protoxyde d’azote (N2O) et de poussières.
L’épandage en conditions plus humides réduit les émissions de 50% mais favorise le lessivage de nitrates et les émissions de protoxyde d’azote (N2O), principal gaz à effet de serre émis par les sols agricoles.4

 

Aucune pratique agricole n’est donc sans conséquence en termes d’émissions de particules. Pris entre plusieurs feux, les agriculteurs vont donc finir par ne plus savoir comment travailler…pour continuer à assurer leur fonction nourricière vitale donc indispensable à la société !

Le paradoxe phytosanitaire

Le rapport pointe également les rejets dans l’air de produits phytosanitaires. Pourtant, de l’aveu du ministre de l’Agriculture lui-même, auditionné par la Commission d’enquête du Sénat, « la contamination de l’air par les pesticides reste faible, puisqu’elle se compte en nanogrammes par mètre cube », c’est-à-dire en millionièmes de milligramme par m3.

 

De plus, n’est-il pas aberrant que nos parlementaires militent pour l’interdiction des néonicotinoïdes, qui par l’enrobage des semences permettent de limiter les traitements par pulvérisation, et dans le même temps, qu’ils souhaitent limiter les épandages phytosanitaires ?


1°) L’ammoniac ne pose aucun souci sanitaire à l’air libre. En revanche, dans les bâtiments d’élevage, une irritation pulmonaire est possible.

2°) Au sein de la littérature scientifique disponible, peu de données probantes impliquent les particules de nitrate et d’ammonium dans des effets néfastes pour la santé. Si l’OMS incrimine l’ensemble des molécules PM10 (diamètre inférieur à 10 microns) et PM2.5 (inférieur à 2,5 microns), car un lien semble établi entre augmentation de la mortalité et exposition à ces particules fines, certains chercheurs estiment, au vu des données disponibles, que ce n’est pas la taille de la molécule qui fait le danger mais sa nature chimique. Il conviendrait ainsi de distinguer, au sein des particules fines, celles qui sont réellement nocives pour la santé et celles qui ne le sont pas (nitrate et ammonium notamment, mais aussi sel de mer, particules terrigènes). Voir à ce sujet la synthèse de Frank Kelly publiée dans le bulletin épidémiologique de l’InVS.

3°) Les particules émises par le moteur Diesel sont généralement considérées comme le polluant majeur responsable des manifestations toxiques aiguës ou chroniques au niveau pulmonaire. En juin 2012, le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC), agence spécialisée de l’OMS, a classé les émanations des moteurs diesel dans le groupe 1 des «substances cancérogènes»

4°) Source : Les émissions agricoles de particules dans l’air (ADEME)

Rapport consultable à ce lien :
http://www.senat.fr/commission/enquete/cout_economique_et_financier_de_la_pollution_de_lair.html

Synthese de Frank Kelly sur les particules