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Pics de pollution : nos Ministres ne manquent pas d’air !

Pics de pollution : nos Ministres ne manquent pas d’air !

Un nouvel arrêté interministériel daté du 7 avril 2016 vise à encadrer les « procédures préfectorales en cas d’épisodes de pollution de l’air ambiant ». S’il est indispensable de protéger les populations de l’effet délétère de certaines particules (ozone, dioxyde d’azote, composés organiques volatils, etc.), l’inclusion des particules fines d’origine agricole, dont l’effet négatif sur la santé est loin d’être démontré, pose véritablement question, d’autant que les mesures préconisées auront d’importantes conséquences sur les travaux agricoles.

Non seulement les contraintes sont loin d’être anodines pour le secteur agricole…

L’article 12 énonce que les préfets pourront imposer la mise en œuvre des mesures suivantes, après consultation d’un comité d’experts (dont les organisations professionnelles agricoles ne feront pas partie) :

  • recours à des procédés d’épandage faiblement émetteurs d’ammoniac ;
  • recours à des enfouissements rapides des effluents ;
  • suspension de la pratique d’écobuage et des opérations de brûlage à l’air libre des sous-produits agricoles ;
  • report des épandages d’engrais ;
  • report des travaux du sol.

Or, les pics de pollution se forment lors d’épisodes anticycloniques (sans vent et sans pluie), une météo justement très favorable aux travaux agricoles :

  • semis et épandages d’engrais au printemps ;
  • récoltes et semis en été.

Il s’agira donc de demander aux agriculteurs de ne pas travailler aux moments qui sont pourtant les plus propices pour eux !

En outre, la lutte mécanique contre les mauvaises herbes par les binages et déchaumages (constituant une alternative à l’usage de produits phytosanitaires) est plus efficace lorsqu’il fait chaud et sec. Un report des travaux risque dans ce cas de pénaliser les agriculteurs en bio !

Tout cela au nom d’un risque sanitaire qui n’est même pas avéré !

… mais la toxicité des particules fines d’origine agricole n’est pas prouvée.

Les règlementations européennes et nationales relatives aux particules fines ont toutes été mises en place sans avoir pris la peine de vérifier si les particules secondaires d’origine agricole sont réellement nocives.

Cela n’a pas non plus empêché le CIRC de classer, en octobre 2013, l’ensemble des particules fines dans le groupe 1 des substances cancérigènes, mettant ainsi fumées de pots d’échappement et ammoniac agricole dans le même sac.

Il n’en fallait pas davantage pour que le ministère de l’Ecologie nous oppose que toutes les particules fines sont dangereuses et que c’est leur petite taille qui est en cause, et non leur nature chimique.

Nitrate et ammonium dérivent tous deux de l’ammoniac, dont l’agriculture est certes, de loin, le plus gros émetteur mais comme l’indique Frank Kelly, professeur au King’s College de Londres et responsable du comité gouvernemental britannique sur les effets médicaux des polluants atmosphériques1 :

« Relativement peu de données probantes impliquent les particules secondaires inorganiques [nitrate, ammonium, sulfates] dans des effets néfastes pour la santé. »

Il ajoute également que :

« les combustibles fossiles sont la principale source de pollution particulaire dans le monde. Cette pollution semble être associée aux effets les plus délétères pour la santé. »2

(Pour plus de détails, voir cet article : Pollution de l’air : les particules fines d’origine agricole sont sans danger ! )

La CR a demandé à l’ANSES de confirmer si nitrate et ammonium posent oui ou non un problème de santé publique.

Face à une telle dichotomie, la Coordination Rurale a saisi l’ANSES en janvier dernier pour attirer son attention sur la question des effets sanitaires des particules atmosphériques sur la santé et en particulier l’influence de la composition chimique de ces particules, au-delà de leur nombre et de leur masse.

A notre grand soulagement, l’agence a jugé la question « tout à fait pertinente », un programme étant déjà en cours pour répondre aux questions suivantes sur la base de données toxicologiques et épidémiologiques en lien avec la composition chimique et la granulométrie des particules :

  • existe-t-il des données concluantes sur les différences de toxicité selon la composition et/ou les sources de particules ?
  • le cas échéant, quelles conclusions peut-on tirer sur la toxicité des particules selon la composition et/ou les sources ?

Pour réduire l’impact sanitaire, il faut viser juste !

Espérons que la lumière soit faite rapidement et que nos responsables politiques changent leur fusil d’épaule pour viser les vrais coupables sur le plan sanitaire et cesser d’accabler de contraintes les agriculteurs qui n’y sont pour rien.

La CR partage sans réserve cette conclusion du professeur Kelly :

« L’objectif est de disposer de données qui conduisent à des politiques publiques, en matière de santé environnementale, efficaces dans le contrôle des composants/sources particulaires les plus nocifs pour la santé, afin de réduire de la façon la plus efficiente possible le poids des maladies dont ils sont la cause. »


1°) https://www.gov.uk/government/groups/committee-on-the-medical-effects-of-air-pollutants-comeap

2°) Dans un article intitulé « Influence de la taille, la source et la composition chimique sur les effets sanitaires des particules » publié au bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’INVS (8 janvier 2013)

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