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Lettre ouverte à Greenpeace

Lettre ouverte à Greenpeace

Mesdames, Messieurs,
Depuis le 24 mars, vous vous êtes engagés dans la course au « zéro pesticide » auprès des grandes enseignes. Hier, vous avez manifesté devant un Leclerc avec des slogans très militants, comme « avec Leclerc, faites aimer les pesticides à vos enfants ».

Vous semblez penser que les fruits et légumes que nous produisons sont toxiques pour les consommateurs parce que nous les avons traités avec des produits phytopharmaceutiques, qui sont les médicaments préventifs ou curatifs des plantes, et ce malgré les multiples analyses de la DGCCRF prouvant que nos produits sont conformes à la réglementation et pour une grande partie d’entre eux totalement exempts de résidus.

Aussi, nous nous interrogeons : pourquoi un tel acharnement sur notre profession ? Parce que jamais nous ne vous entendons prendre à partie les entreprises pharmaceutiques. Refusez-vous un traitement conventionnel lorsque l’homéopathie est insuffisante ? Refusez-vous de vacciner vos enfants ? Jamais non plus nous ne vous entendons critiquer les entreprises cosmétiques, alors que tant de cancers du sein sont directement liés à l’utilisation des déodorants. Jamais sur les parfums d’ambiance, les résidus toxiques des matières plastiques, des peintures, des tissus… Vivez-vous dans des huttes de pisé habillés de coton et de chanvre bio que vous avez vous-mêmes filé et tissé ? Non, bien sûr.
Vous avez votre vision de la vie et de l’avenir. Mais jamais vous ne vous intéressez à nos métiers. Vous critiquez de l’extérieur, sans jamais avoir pris le temps de comprendre nos contraintes. Savez-vous qu’une grande majorité des agriculteurs dits « conventionnels » utilisent des traitements biologiques, biodynamiques, homéopathiques ? Avez-vous compté le temps qu’ils passent à observer leurs cultures et leurs troupeaux avant de décider d’une intervention dite « conventionnelle » ? Pensez-vous réellement encore qu’ils remplissent le pulvérisateur avec entrain ?

Les agriculteurs ne sont pas des capitalistes assoiffés d’argent qui veulent produire toujours plus. La réalité n’est pas une question de noir ou de blanc. C’est un nuancier de couleurs et une palette de milliers de teintes de gris. C’est du pragmatisme dans les choix. Dans leur itinéraire technique, les agriculteurs mettent dans la balance les avantages et les inconvénients de toutes leurs actions, et ils choisissent la moins pire pour leurs consommateurs, leur culture, leur entreprise, et aussi leur terre. Car ce que veulent les agriculteurs, c’est qu’un de leurs enfants reprenne cette terre qu’ils tiennent souvent de générations en générations, et pour cela, il faut la choyer. Une exploitation saine et vivante, de beaux vergers, c’est le travail de toute une vie, c’est en quelque sorte le chef-d’œuvre de toute une carrière.

Vous vous attaquez à la grande distribution, et à travers les produits qu’elle propose, à notre profession. Mais en faisant cela, vous critiquez aussi les consommateurs. Car ils ont le choix ! Ils ont le choix d’acheter français ou des produits importés. Ils ont le choix d’acheter bio ou conventionnel. Pourquoi leur imposer vos choix personnels ? Ils achètent aujourd’hui ce qu’ils souhaitent consommer.

Mais allons encore plus loin. Vous voulez supprimer les produits phytopharmaceutiques de votre (et notre) alimentation. Ces produits sont homologués par l’Etat et l’Union européenne. C’est donc vers eux qu’il vous faut exercer votre lobby, pas auprès des producteurs et des commerçants. Après tout, demain, si nous agriculteurs n’avons plus de produits phytopharmaceutiques, et bien, nous ferons sans. Nous produirons moins, moins beau aussi, parfois moins sain également.

Petit aparté, vous êtes vous demandé combien de maladies avaient disparu grâce aux produits phytopharmaceutiques ? Vous êtes-vous demandé si les mycotoxines des céréales et des fruits et légumes ne sont pas plus teratogènes, mutagènes et cancérigènes que les résidus de produits phytopharmaceutiques qui peuvent subsister dans les produits alimentaires ?

Nous produirons un peu tout de même. Évidemment, nous ne pourrons pas produire au même prix et le prix des produits français augmentera. Déjà que nous ne sommes pas autosuffisants en Europe, nous augmenterons fatalement le déficit commercial alimentaire et nous importerons donc encore plus. En France, nous importons déjà plus de 50 % de nos fruits et légumes. Nous importerons donc, comme aujourd’hui, des fruits et légumes qui ne respectent pas les normes françaises environnementales (ni sociales d’ailleurs), qui seront donc traités avec des « pesticides' » ailleurs, parfois même avec des produits phytopharmaceutiques interdits depuis 20 ans en France. Cela sera-t-il vraiment mieux pour le consommateur ?

Enfin, un dernier fait. Vos campagnes de communication, volontairement militantes (et même agressives), votre lobbying auprès des médias et les reportages qui en découlent, font peur aux consommateurs français. Au lieu de reporter leurs achats sur le segment biologique, ils arrêtent de consommer des fruits et légumes. Vous accentuez ainsi une situation déjà en carence, puisque le manque de consommation de fruits et légumes par les Français induit des coûts sanitaires et sociaux importants. La problématique des autorités aujourd’hui, c’est bel et bien le manque de consommation de fruits et légumes et non pas les risques liés à cette consommation.

Chaque acteur porte la responsabilité de ses communications. Nous sommes un syndicat d’agriculteurs et nous croyons, tout comme vous, en l’action collective. Mais nous la portons avec responsabilité, car notre charge, c’est de nourrir nos concitoyens aujourd’hui et demain, de leur assurer, dans un monde où la malnutrition gagne du terrain chaque jour, de la nourriture saine et en quantité suffisante.

Certains de l’attention que vous porterez à la lecture de ce courrier, et restant bien évidemment à votre disposition pour une rencontre, nous vous prions d’agréer, Mesdames,  Messieurs, nos meilleures salutations.

Bernard LANNES
Président

Jean-Louis OGIER
Président de la section Fruits et Légumes