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Irrigation

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Attachée à la liberté d’entreprendre, la CR estime qu’il est judicieux de chercher à s’affranchir des contraintes pédoclimatiques pour ramener aux racines l’eau de pluie que le sol n’a pu stocker.
Pratiquée depuis l’invention de l’agriculture et sur tous les continents, l’irrigation sécurise les rendements et l’abreuvement des animaux, optimise l’utilisation des fertilisants, joue un rôle de climatiseur local et permet de fixer une quantité accrue de CO2 dans les cultures et les sols. Elle permet une meilleure gestion des risques (aléas climatiques), une augmentation du revenu et le maintien d’exploitations familiales à taille humaine. Il faut relativiser le poids des investissements entrepris car ils rendent service à plusieurs générations d’agriculteurs.
Pour toutes ces raisons, l’irrigation doit être encouragée. C’est pourquoi la CR défend la gratuité de l’eau d’irrigation (suppression des redevances aux agences de l’eau) et s’oppose aux volucompteurs obligatoires, coûteux, peu fiables et dont l’objectif principal est de faire payer l’eau comme si l’usage de l’eau d’irrigation avait les mêmes caractéristiques que celui de l’eau domestique nécessitant une épuration.

Ne pas amalgamer irrigation et agriculture productiviste !

Selon la doctrine écologiste, l’irrigation servirait uniquement à la monoculture de maïs. Pourtant, tous types de cultures en profitent, y compris la production de fourrages destinés aux animaux.
L’irrigation est tout à fait compatible avec l’agroécologie et facilite la diversification des cultures. Elle n’est d’ailleurs pas réservée aux agriculteurs conventionnels. Tout agriculteur, même bio peut ainsi demander l’octroi d’un volume d’eau. Les techniques sont de plus en plus économes en eau. Il y a d’ailleurs moins de fuites dans les réseaux d’adduction agricoles (5 %) que dans les réseaux d’adduction d’eau potable (30 % à 60 %), véritables passoires, faute de remplacement des conduites usagées.

L’eau, un bien abondant !

L’agriculture est le seul secteur dont le bilan hydrique est positif ! Les surfaces agricoles consomment moins d’eau qu’elles n’en reçoivent sous forme de pluie et réalimentent les nappes phréatiques. La France reçoit 311 milliards de m3 de précipitations par an. L’irrigation agricole ne prive personne : elle ne représente que 1,1% des eaux de pluie. Ainsi, la baisse structurelle des volumes prélevables imposée par les SDAGE n’a aucun sens. Avec un stock de 30 milliards de m3 et une consommation annuelle de 100 millions de m3 (0,3% du stock), il faudrait 300 ans pour épuiser (1) la nappe de Beauce, en supposant qu’elle ne reçoive plus aucun apport. En outre, l’irrigation se concentre sur les périodes où les plantes en ont le plus besoin, en fonction du degré d’humidité du sol. La gestion de l’eau est ainsi optimale, mesurée et responsable. Pourtant, tous les 2 ou 3 ans, le préfet réunit une cellule sécheresse et des arrêtés de restriction des usages de l’eau sont pris. Une gestion à courte vue…
Même dans les déserts, les ressources aquifères profondes (au-delà de 80 mètres) sont abondantes et souvent renouvelables, si l’on se donne la peine de les rechercher à l’aide des dernières technologies disponibles, comme le démontre Alain Gachet (2). Il est donc temps d’en finir avec le dogme de l’eau rare !

Stocker l’eau de l’hiver pour irriguer l’été

La ressource en eau est souvent mal répartie sur l’année mais le stockage de l’eau permet d’atténuer ce problème. Certaines régions acceptent même de financer les projets de retenues d’eau avec des fonds FEADER mais ce sont la paperasserie administrative et la pression des associations écologistes qui ont le dernier mot. En 2014-2015, les Français ont assisté, médusés, aux événements du barrage de Sivens, durant lesquels l’État a fait preuve d’une faiblesse coupable à l’égard d’extrémistes de la décroissance : des méthodes quasi-terroristes l’ont ainsi emporté sur la démocratie et la légalité !
Mais quand on veut, on peut ! En Lot-et-Garonne, la Chambre d’agriculture pilotée par la CR a négocié avec l’administration et obtient la création de 10 à 15 retenues d’eau chaque année !
Certes, une instruction technique du 4 juin 2014 précise les modalités de financement de réserves de substitution par les agences de l’eau, dans le cadre d’un projet de territoire cohérent avec les Schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE). Mais les SDAGE 2016-2021 sont très restrictifs vis-à-vis de tels projets, en particulier le SDAGE Loire-Bretagne, et les agences de l’eau rêvent toutes de faire diminuer les prélèvements.
Pourtant, d’après le GIEC et le CGAAER (3), l’eau est abondante en France et son stockage y est sous-développé, comparé à celui d’autres pays tels que l’Espagne ou le Maroc. La gestion de l’eau va donc devoir évoluer et le stockage être considéré comme un outil de gestion des risques et d’amélioration agronomique dans une logique d’adaptation aux besoins. Une vision d’adaptation de type « sobriété » n’est plus suffisante.
La sécheresse de l’été 2018 le démontre une nouvelle fois : l’aveuglement idéologique anti-irrigation ne peut constituer une adaptation satisfaisante aux conséquences des aléas climatiques ! Afin de relever les défis alimentaires et climatiques qui nous attendent, la Coordination Rurale souhaite faire du stockage de l’eau une priorité nationale.

Instaurer le pluralisme syndical au sein des organismes uniques (O.U.)

Avant la loi sur l’eau de 2006, les quotas d’eau d’irrigation étaient attribués par la DDT. Depuis cette loi, en zone de répartition des eaux (ZRE ; zone présentant une insuffisance, autre qu’exceptionnelle, des ressources par rapport aux besoins), la DDT attribue un volume à l’Organisme Unique (O.U.) qui attribue à son tour les volumes individuels. L’Etat s’est désengagé, même si c’est encore lui qui a la main sur le robinet. Les irrigants doivent obligatoirement passer par l’O.U. pour avoir le droit de prélever.
Assez souvent, la Chambre s’est portée candidate pour devenir O.U., option préférée par la CR, pour plus de neutralité, afin d’éviter que ce soit la FDSEA ou toute autre association contrôlée par elle (ex : Cher, avec AREA Berry). Les O.U. demandent aux irrigants de s’acquitter d’une cotisation (4), afin de couvrir les charges de personnel visant à les faire fonctionner, ce qui passe très mal sur le terrain et ce que certaines CR départementales ont refusé. En Eure-et-Loir, la Chambre avait hésité, en période électorale, à lancer l’appel de cotisation 2012 de 50 euros aux irrigants. Cet appel n’est parvenu aux irrigants qu’après les élections !
Dans les O.U. où la CR a pu obtenir un siège, elle s’efforce d’exercer un rôle de contre-pouvoir et de vérifier que les volumes sont attribués de façon équitable et transparente.

(1) Tous ces chiffres sont issus du livre : Pour en finir avec les histoires d’eau, l’imposture hydrologique, Jean de Kervasdoué et Henri Voron, 2012, Plon
(2) Alain Gachet, L’homme qui fait jaillir l’eau du désert, A la recherche de l’eau profonde, 2015, JC Lattès
(3) Rapport du Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux sur les « contributions possibles de l’agriculture et de la forêt à la lutte contre le changement climatique » (22 septembre 2014), page 70
(4) Cette cotisation à l’O.U. permettait en contrepartie de bénéficier, à compter de 2012 (redevance sur les prélèvements 2011), de la suppression de la majoration de la redevance Agence de l’Eau relative aux prélèvements en ZRE (zone de réparation des eaux), soit un abattement de 50%, cela valant également pour les années suivantes.

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