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Lissage de la production laitière : ce n’est pas aux éleveurs de payer

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Lissage de la production laitière : ce n’est pas aux éleveurs de payer

Dans l’objectif de lisser la production laitière d’avril et ainsi d’éviter le pic saisonnier pour faire face à la fermeture de débouchés liée à la crise sanitaire du Covid-19, l’interprofession laitière a débloqué 10 millions d’euros. Cette enveloppe consiste à indemniser tout éleveur dans son effort de limitation de la production entre 2 et 5 %. La Coordination Rurale salue la décision de régulation de la production, car elle est bien ici la seule solution envisageable. Cependant, le syndicat déplore qu’elle se fasse en grande partie avec un budget abondé par les cotisations des éleveurs : ces derniers participent en effet à hauteur de 73 % du budget du Cniel par le biais de leurs cotisations, cela revient donc à un autofinancement de la mesure à 73 %.

Dans un courrier au ministre, la Coordination Rurale demande à ce qu’une enveloppe de 100 millions d’euros minimum soit débloquée pour les éleveurs laitiers français sur le programme d’aide d’État français de 7 milliards d’euros (ce qui ne représente qu’à peine 1,5 % de ce budget et contribuerait à alléger le coût du stockage qui pèsera sur les prix ultérieurement), notamment destiné à l’agriculture, accordé par la Commission européenne.

Pourquoi une enveloppe de 100 millions d’euros minimum ?

Par principe de justice sociale, la Coordination Rurale estime que, les éleveurs doivent bénéficier d’un complément de prix pour atteindre 84 % de leur prix de revient, rémunération comprise ; rémunération sensée avoir été calculée lors des États Généraux de l’Alimentation. En effet, au regard de l’indemnisation exceptionnelle couvrant 84 % du salaire net des salariés des entreprises subissant une baisse ou un arrêt d’activité industrielle, commerciale et/ou de production du fait du Covid-19, le syndicat estime sa requête légitime pour les éleveurs laitiers, mais aussi pour tous les autres agriculteurs, notamment ceux obligés de réduire ou jeter leur production. Les agriculteurs n’ont pas à subir d’impact économique supplémentaire du fait de la crise sanitaire, d’autant plus que la plupart d’entre eux subissent déjà des situations financières exsangues.

La collecte annuelle française, stable ces dernières années, était de 23,8 milliards de litres en 2019 (source FAM). Une réduction de 5 % sur trois mois permettrait donc de réduire la production de 300 millions de litres (100 millions de litres mensuels). Ce serait un bon début pour éponger l’excédent récurrent de 800 millions de litres pour l’Europe.

En 2018, l’indicateur de prix de revient moyen, défini par l’institut de l’élevage et validé par le CNIEL, s’établissait, selon la méthode Couprod, à 422 €/1 000 l pour le lait conventionnel. Avec un prix du lait maintenu comme celui d’aujourd’hui, c’est un budget de 100 millions d’euros minimum qui est nécessaire pour garantir 84 % de ce prix de revient, soit 355 €/1 000 l (et dans la même proportion pour les bios) sur 3 mois de réduction à hauteur de 5 % minimum. Si les producteurs savent qu’ils peuvent être payés 355 €/1 000 l, à condition de réduire la production de 5 % minimum et sachant qu’on sait que les indices nous amènent à un prix de base inférieur à 300 €, alors la mesure pourrait être efficace notamment pour éviter le stockage et ses effets sur la baisse des prix comme en 2016.

Dans les deux cas, la demande de la CR ne paraît en rien exagérée sachant que ce qui ne sera pas consommé dans l’enveloppe des 7 milliards d’euros par les agriculteurs le sera par les industriels ! Il ne s’agirait donc plus d’autofinancement (sur nos CVO perçues par le CNIEL) et la question de baisse de prix serait elle aussi réglée, avec une baisse de production dix fois supérieures à celle avancée par l’interprofession pour une efficacité, espérons-le plus durable, et que les autres États membres trouvent là un début de solution en attendant d’intégrer le PRM (Programme de Responsabilisation face au Marché) comme outil définitif de gestion de crise laitière !

Le PRM à l’échelle européenne reste la solution la moins onéreuse et la plus efficace sur le long terme

Le retour à un marché stabilisé, si c’est bien ici l’objectif des instances politiques, passera obligatoirement par une réduction des volumes coordonnée à l’échelle européenne. À cet effet, le programme de responsabilisation face au marché (PRM), programme destiné au secteur laitier européen pour être appliqué lorsque le marché du lait est menacé de déséquilibre, permet une réduction rapide des volumes produits. Pour la CR, il doit rapidement être intégré dans la boîte à outils politique de l’Union européenne afin de pouvoir être utilisé dans le secteur agricole en cas d’événements de grandes envergures comme les pandémies ou les embargos politiques et économiques. Il avait d’ailleurs été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 2 novembre 2016, au travers d’une proposition de résolution européenne faisant suite au rapport de MM. Yves Daniel et Hervé Gaymard.