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Exception agriculturelle : la Commission européenne sera-t-elle la dernière à la soutenir ?

françois lucas, représentant de la CR aux EGA pour l'atelier 5

Exception agriculturelle : la Commission européenne sera-t-elle la dernière à la soutenir ?

François Lucas, président d’honneur de la Coordination Rurale, a participé le 8 mars à un colloque du Comité européen des régions, consacré à la nécessité de changer les règles du commerce international, en vue de mieux relever les défis agricoles et alimentaires qui nous attendent. Quelle agréable surprise de découvrir qu’à la quasi-unanimité, les intervenants et participants soutiennent plus ou moins ouvertement l’idée d’une exception agriculturelle (ou agricole) pour le commerce international, telle que la CR la réclame depuis sa création et l’appel de Paris lancé par son fondateur Jacques Laigneau en 1993.

Les traités de libre-échange et la PAC ne sont pas des outils de régulation satisfaisants !

Ainsi, Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, dresse un bilan sans concession des accords de libre-échange et a appelé à respecter la souveraineté des peuples en régulant les échanges commerciaux.

Pour Jacques Blanc, ex-secrétaire d’État à l’agriculture et rapporteur pour le comité des régions sur la volatilité des prix, celle-ci est liée à l’abandon des politiques de régulation. En outre, il constate comme les autres les ravages des accords de libre-échange sur les agricultures nationales.

Le professeur d’économie Niek Koning plaide pour le droit inaliénable des États à décider de contingents d’importation, en indiquant que l’Afrique ne pourra se développer que par le développement de son agriculture. De plus, « il faut réhabiliter la politique de revenus par les prix comme la seule correcte car le recours systématique aux aides révèle un grave problème de fonctionnement des marchés agricoles« .

Il est rejoint par Guillaume Cros, vice-président du Conseil régional d’Occitanie et rapporteur du comité des régions sur la PAC post-2020, pour qui chaque État doit pouvoir organiser sa souveraineté alimentaire, sans nuire aux autres Etats. Le conseiller régional défend l’autonomie alimentaire de l’UE sur les produits de base, quitte à recourir aux droits de douane, mais avec le bon dosage. « Le plus gros danger, si la PAC 2020 ne change pas fondamentalement, c’est la renationalisation des politiques agricoles ! »

Le marché mondial est un mirage !

Antonio Onorati (Vía Campesina) relativise les succès de l’UE à l’export car il s’agit essentiellement de vins, spiritueux et aliments pour animaux. Allant dans le même sens, l’eurodéputée allemande Marie Heubuch estime qu’il faut réserver le commerce international à ce qu’il n’est pas possible de produire localement. Marie Aréna, eurodéputée wallonne, relative de son coté la demande de pays émergents comme la Chine, qui ont augmenté leur effort d’autonomie alimentaire. Elle souligne aussi les incohérences de flux induites par les traités commerciaux, l’UE important de la viande du Brésil pour en exporter vers le Japon. Pour sa part, l’eurodéputée défend explicitement le principe d’Exception Agricole !

La Commission Européenne est comptable de drames humains !

Enfin, Ibrahim Coulibaly, président de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) du Mali et qui était intervenu lors de notre 10ème congrès à Auch en 2003, a des mots très sévères à l’ égard de la Commission Européenne, sur le chantage exercé sur les pays ouest-africains pour qu’ils signent l’accord bilatéral APE, sur l’empêchement de ces pays d’organiser et financer des politiques agricoles régulatrices, permettant le décollage de l’agriculture africaine, indispensable à la réduction de la pauvreté et au maintien de populations en zone rurale. « Tout cela me reste en travers de la gorge ! L’Afrique ne vous croit plus ! ».

La seule institution à ne pas soutenir l’exception agricole et la régulation sera bientôt la seule Commission Européenne, intervenue dans ce colloque, mais en décalage total avec le principe de réalité !

La CR a enfoncé le clou et ainsi interpellé les deux représentants de la Commission : les agriculteurs du monde entier sont transformés en gladiateurs appelés à s’entretuer sur des marchés libéralisés. Comment pouvez-vous cautionner des prix aussi prédateurs pour les agriculteurs ? Qu’avez-vous fait des objectifs du traité de Rome ? Pourquoi laissez-vous l’Europe si dépendante des protéines importées (soja transgénique glyphosaté) ? Des questions éludées par les deux fonctionnaires de la Commission…

François Lucas' speech at the European Committee of the Regions