L'info régionale

Réseaux sociaux

Accord de libre-échange UE /Afrique de l’Ouest : cachez ces rapports que je ne saurais voir !

Accord de libre-échange UE /Afrique de l’Ouest : cachez ces rapports que je ne saurais voir !

Un accord de partenariat économique (APE) a été signé le 10 juillet 2014 entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest, au terme de plusieurs années de négociations, de pressions et de chantage.
Deux rapports* pointant les conséquences négatives de cet APE sur les pays africains, jugés trop gênants et enterrés par la Commission Européenne, refont surface aujourd’hui.


Pourquoi un tel accord de partenariat économique ?

Les différentes conventions de Lomé, dont la première a été signée en 1975, puis l’accord « tout sauf les armes » adopté par l’UE en 2001, ont permis aux produits africains de rentrer dans la Communauté Européenne sans droits de douane.

Les pays producteurs de banane d’Amérique Centrale, soutenus par les Etats-Unis, se sont plaints à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) de cette préférence accordée par l’Europe à l’Afrique. L’OMC a alors obligé l’UE à établir avec elle des accords de libre-échange (APE) avant fin 2007.

Les négociations s’enlisant, l’UE a alors menacé les pays africains de taxer leurs produits à l’entrée dans le marché commun et de diminuer l’aide au développement si l’APE n’était pas signé avant le 1er octobre 2014.

Vers un appauvrissement des économies ouest-africaines ?

Atteinte à la souveraineté alimentaire : les céréales (sauf le riz) et la poudre de lait vont rentrer en Afrique de l’Ouest sans droits de douane. Or, le développement agricole de ces pays a bien au contraire besoin de mesures de protection et de régulation.

Pertes de recettes douanières :
L’APE vise à réduire les droits de douane sur 75 % des marchandises européennes exportées vers l’Afrique de l’Ouest, sur une période de transition de 20 ans. Pour certains pays, les recettes douanières pourraient diminuer de 40 %. C’est considérable car ces taxes alimentent le budget des états (l’agroéconomiste Jacques Berthelot chiffre cela à 56 milliards d’euros sur la période 2020-2035, dont 26 milliards pour les 12 pays les moins avancés de la zone).

Diminution du commerce intra-régional :
Chaque pays d’Afrique de l’Ouest commerce avec ses voisins mais l’entrée de produits de l’UE sans droits de douane va concurrencer les produits de la zone. Un pays sera tenté d’importer davantage de l’UE que de ses voisins, ce qui risque de mettre à mal l’intégration régionale de la zone.

Aucun progrès des exportations et risque de dépréciation du franc CFA :
Pour compenser les importations, les Africains devront accroître leurs exportations et pour cela gagner en compétitivité en opérant des dévaluations monétaires.
En dépit de ces efforts, aucun progrès significatif des exportations ouest-africaines n’est attendu.

Baisse du taux de croissance et appauvrissement économique :
Les rapports prévoient une augmentation de la dette publique et une baisse des investissements étrangers. Les consommateurs africains seront au début favorisés par une baisse des prix, de l’alimentation par exemple. Mais au bout de quelques années, l’APE aura des répercussions sur l’activité économique et la consommation des ménages.

*Les 2 rapports :

International Trade and Quantitative Analysis (ITAQA) : Analyse des Accords de Partenariats Economiques entre l’Union Européenne et l’Afrique de l’Ouest

  • Scenario et Résultats du modèle d’équilibre général pour l’étude des Accords de Partenariat Économique (APE) entre l’Union Européenne et les Pays de l’Afrique de l’Ouest, avril 2008

Rapport ITAQA avril 2008

  • Service Order N°2: Market Access with EPADP. HS6 Classification of products, april 2012

Rapport ITAQA avril 2012

 

Voir également les articles de l’agro-économiste Jacques Berthelot sur l’APE :
https://www.sol-asso.fr/analyses-politiques-agricoles-jacques-b-2018/