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Rencontre avec la Coopération Laitière : pas grand-chose à espérer

La Coopération Laitière

Rencontre avec la Coopération Laitière : pas grand-chose à espérer

La Coordination Rurale s’est entretenue à son initiative avec la Coopération Laitière le 28 janvier dernier par visio-conférence. L’objectif de cette rencontre avec Damien Lacombre (Président) et Guy Lebars (Vice-président) était dans un premier temps d’aborder les prévisions des coopératives laitières françaises pour l’année 2021 qui risque, comme l’année 2020, d’être sous le signe de la pandémie, mais également de faire le bilan sur les négociations commerciales en cours, qui définiront les prix pratiqués cette année. Sophie Lenaerts, responsable de la section Lait de la CR ainsi que Véronique Le Floc’h, vice-présidente de la CR et ancienne responsable de la section Lait ont représenté la Coordination Rurale.

Stratégie des coopératives

Un point d’accord s’est dégagé : rechercher de la valeur plutôt que des volumes. Cependant, il est plus difficile de s’entendre sur les moyens de trouver de la valeur, et sur comment celle-ci est redistribuée aux producteurs. Dans l’environnement européen, la Coopération Laitière note que les structures françaises sont moins présentes sur les marchés à l’export, d’où la volonté affichée de conquérir de nouveaux marchés (Asie, Moyen-Orient, Afrique), en identifiant les plus porteurs.

C’est à ce stade que les divergences et les incohérences des coopératives sont apparues. En effet, la valorisation actuelle sur les marchés à l’export, de l’ordre de 700€/1 000L est plus faible que celle sur le marché intérieur. La CR note également que pour certains produits industriels, comme la crème par exemple, les prix à l’exportation sont moins élevés que les prix d’importation. Il est donc légitime de se demander pourquoi on exporte à bas prix des produits que l’on importe plus chers à d’autres périodes ?

Face à ces observations, la Coopération Laitière estime que ces différences de prix et de valorisation proviennent des équilibres entre matières grasses et matières protéiques. Quand on valorise du beurre sur le marché intérieur, il faut trouver des débouchés pour la poudre, et c’est bien souvent l’export. La valorisation à l’export varie entre les différentes coopératives en fonction de leur mix-produit. En allant vers des produits plus élaborés comme la poudre infantile, le but est justement de ramener de la valeur. Pour la CR, c’est avant tout la preuve que le marché à l’export est subi et sert de dégagement.

Les négociations commerciales avancent, mais qu’en est-il du prix ?

Cette rencontre s’est déroulée au beau milieu des négociations commerciales entre les Organisations de Producteurs et les transformateurs d’une part, et entre les transformateurs et les distributeurs d’autre part. Il était donc impensable, pour la CR, que cette question ne soit pas abordée, d’autant que les syndicats n’ont même pas la possibilité d’y assister.

Sans être foncièrement optimiste, la Coopération Laitière s’est voulue rassurante. En regardant dans le rétroviseur, elle estime que la moitié du chemin a été fait pour parvenir à des prix couvrant les coûts de production définis par les indicateurs interprofessionnels, à savoir 403€/1 000L. Elle regrette cependant que les distributeurs fonctionnent de plus en plus par appel d’offre, ce qui conduit à des accords perdant-perdant.

Pour la CR, l’important c’est de regarder devant. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour avoir une rémunération ? À ce rythme, combien de producteurs restera-t-il ? Les élevages disparaissent à une vitesse folle, il est urgent d’agir et de ne pas se contenter de vendre nos produits au rabais. De plus, si les prix ont certes augmenté en 2019, ils ont de nouveau baissé en 2020. La CR s’interroge sur l’importance réelle de ces négociations et de leur impact sur le prix à la production. Elles ne concernent que les PGC, hors MDD. Globalement, pour les coopératives, les PGC représentent 40% des volumes, dont les deux tiers sous MDD ce qui affaiblit l’importance de ces négociations sur le prix !

Globalement, il ressort de cette rencontre une absence de vision à moyen comme à long terme. Qu’est-ce que la coopération apporte de plus par exemple aux jeunes installés ? À part une course au volume, il n’y a à nos yeux rien de convainquant. Si tous les transformateurs mettent en avant leur capacité de valoriser le lait à travers des mix-produits différents, force est de constater que globalement tout le monde paye le même prix, et les coopératives ne font pas mieux ! Ce sont pourtant des outils formidables, il faudrait les remettre aux mains des producteurs.