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Nouvelle étude à charge sur la stratégie F2F et le Green Deal

Champs copyright Susanne Nilsson

Nouvelle étude à charge sur la stratégie F2F et le Green Deal

L’étude menée par l’Université de Kiel (Allemagne) sur les impacts économiques et environnementaux du Green Deal sur l’économie agricole montre, elle aussi, que la stratégie de la « Ferme à la Fourchette » (F2F)  conduirait à une baisse significative de la production, une baisse des exportations et une hausse des importations (notamment en céréales et viande bovine), une hausse des prix, une baisse du pouvoir d’achat et une hausse du revenu des agriculteurs (à relativiser selon les productions et les réactions du marché).
L’étude avance également que la stratégie F2F, contrairement à ce qu’elle ambitionne, n’est pas efficace sur le changement climatique.

5 mesures ont été évaluées :
1. réduction de la fertilisation minérale de 20 %
2. réduction de 50 % des produits phytopharmaceutiques
3. réduction de 50 % des excédents azotés
4. Être pourvu d’au moins 10 % des terres agricoles avec des particularités topographiques à haute diversité
5. Atteindre 25 % du total des surfaces agricoles de l’UE en agriculture biologique

Les impacts de ces mesures sur le secteur agricole

 

Production

Selon l’étude, la stratégie F2F va conduire à une chute de la production et une augmentation des prix dans toute l’UE, la réduction de 50 % de l’excédent azoté ayant le plus fort impact.
La production diminuera de 20 % en bœuf, 6,3 % en lait, 21,4 % en céréales et 20 % pour les oléagineux.
Le cheptel diminuera lui aussi, de 45 % en allaitant et 13,3 % en lait. Les surfaces sont également en diminution, -2,6 % en céréales et -6 % en oléagineux.

Prix

Les prix de la viande de bœuf augmenteront de 58 %, le porc de 48 % et le lait de 36 %.
Pour les productions végétales, les fruits et légumes (F&L) augmenteront de 15 %, les céréales de 12,5 % et les oléagineux de 12,5 %.
Là encore, la mesure ayant le plus fort impact est la réduction de 50 % des excédents azotés.
Les autres mesures de la F2F ont un effet plus modéré, entraînant une hausse des prix de 5 %, exception faite pour la réduction des pesticides, qui conduira à une augmentation des prix de 10 % pour les oléagineux et F&L.

Les prix hors UE augmenteront également, mais de manière plus modérée :
+7,4 % en bœuf, 10,2 % en porc, 4 % pour le lait.
Les augmentations pour les cultures végétales sont comprises entre +1,5 % (F&L) et 3,8 % (céréales).

Commerce

La baisse de production dans l’UE implique une baisse générale des exports de l’UE.
L’étude précise que si toutes les mesures de la F2F sont appliquées, l’UE sera importatrice nette en bœuf et céréales.

L’export net de céréales de 22 millions de tonnes passerait à un import de 6,5 millions de tonnes.
La situation se retrouve pour le bœuf, passant d’un export net de 22 500 tonnes à un import de 950 000 tonnes !

Foncier et utilisation des terres

Le secteur UTCATF pour Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie, avec des puits de carbone naturels que sont la biomasse (forêts, haies, agroforesterie…) et les sols (sols agricoles…) est fortement impacté par la mise en œuvre de la F2F.
La surface agricole utile de l’UE s’étendrait de 6,6 millions d’ha, et la forêt perdrait 1,9 millions d’ha (-1,3 %). En se privant d’un puits de carbone essentiel que représente la forêt, la stratégie F2F agit contre la stratégie climatique de l’UE.

L’autre élément relevé dans l’utilisation des terres concerne la forte augmentation de la jachère et des surfaces à priorité écologique de 11,9 millions d’ha, soit 7 % de la SAU.

Enfin, malgré une baisse des rendements et de la productivité, le prix des terres à tendance à augmenter.
Allant jusque +284 % au Danemark et +186 % aux Pays-Bas, l’étude avance une augmentation de +96 % en France et en Allemagne.

Impacts socio-économiques

Le coût public de la F2F est estimé à 42 milliards d’euros.

L’augmentation des prix serait supportée par les consommateurs, à hauteur de 157 € par européen. Le surplus du consommateur européen (différence entre ce qu’un consommateur est prêt à payer pour un bien et le montant effectivement payé) est ainsi estimé à 70 milliards d’euros.

Le prix, la balance commerciale et les effets de surplus dépendent tous fortement de l’intégration du marché européen dans le commerce agricole international.

Si la demande européenne est suffisamment inélastique (ie. que la variation de prix n’impacte que peu la demande) et que les échanges agricoles sont suffisamment peu réactifs, il est attendu que le revenu des agriculteurs européens augmente de 35 milliards d’euros (environ 4 000 euros par agriculteur).
Si le revenu moyen augmente de 218 €/ha, les coûts d’ajustement impactent différemment les productions : -94 €/ha en céréales, -661 €/ha en fruits et légumes, quand la marge en viande bovine et en lait augmente respectivement de 423 € et 693 € par animal.

Mais d’un autre côté, plus la demande internationale de produits agricoles répondra à la modification de la relation entre le prix national (et européen) et le prix des marchés internationaux (termes de l’échange), plus les effets sur les prix induits par la F2F sont faibles.
S’il n’y a pas d’évolution des prix agricoles sur le marché européen, les coûts de la F2F seraient alors entièrement supportés par les agriculteurs, soit -242 €/ha, pour une baisse totale de revenu de 40 milliards d’euros. Cela conduirait à une réaffectation beaucoup plus importante de la production (hors UE), et donc à une augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans ces pays.

Services écosystémiques

Si l’étude indique que les émissions de GES baisseraient de 109 millions de tonnes équivalent CO2, réduisant de 29 % le potentiel de réchauffement climatique de l’agriculture, ces résultats sont à relativiser car il y aurait d’importants changements d’affectation des terres agricoles. Le bénéfice de la mise en œuvre de la stratégie F2F serait ainsi réduit de près de la moitié (50 M t eq CO2). La cause vient principalement de la transformation de la forêt en surface agricole.

L’autre élément venant limiter l’efficacité de la stratégie est l’effet de fuite de 54,3 millions de tonnes équivalent CO2 (t eq. CO2) vers le secteur agricole des pays hors UE.
L’étude estime que cet effet de fuite peut être réduit si les Européens consomment significativement moins de viande, avec une baisse de l’effet de fuite de GES à 31 millions t eq CO2.

Hors impact sur le secteur UTCATF non UE, le bénéfice de la F2F n’est déjà alors plus que de 5 M t eq CO2…

Une stratégie globalement inefficace

Selon l’auteur de l’étude, la stratégie F2F ne correspond pas encore à une politique agricole cohérente.
Les mesures de la F2F correspondent plutôt à des restrictions de productions qui ne fournissement pas un cadre politique agricole cohérent à même de permettre d’atteindre une implémentation efficace et effective des objectifs du Green Deal en agriculture.
Les actions imposées par la stratégie F2F sont à considérer comme ponctuelles et non validées par un fondement scientifique tant au regard du type d’intervention que de leur ampleur.

L’avis de la CR

Il s’agit de la troisième étude qui montre que la stratégie de la « Ferme à la Fourchette » est dangereuse pour la stabilité des secteurs agricole, alimentaire et commercial.
Pourtant, la Commission persiste, et le Commissaire à l’Agriculture a annoncé qu’il n’envisageait toujours pas de faire réaliser une étude d’impact de la F2F.

Ce qui est inquiétant, c’est que les États-Unis, pour ne pas se faire dicter les règles par l’UE, ont décidé de lancer leur stratégie pour la productivité : une coalition regroupant plusieurs pays qui ont pour ambition de concilier durabilité et productivité, en se basant sur l’innovation.
Et c’est à peu de choses près ce que recommande l’étude de l’Université de Kiel pour limiter les effets de fuite.
L’UE propose de diminuer la production agricole, quand les USA lancent une coalition de productivité. Se préparent-ils avec leurs alliés à récupérer l’activité abandonnée par l’UE ?

Il n’est pas question de dire qu’il ne faut pas se préoccuper du changement climatique. Seulement, à vouloir montrer l’exemple seul sans s’équiper d’outils de politique commerciale à même de protéger et une activité agricole efficace, cela revient à mettre à mal une capacité essentielle, celle de se nourrir.

Il est temps que les décideurs européens refondent une politique agricole commune, capable de nourrir les citoyens et de faire vivre les agriculteurs.
Oui, l’agriculture doit être durable, mais elle doit pouvoir avant tout exister. L’agriculture qui aura disparu ne polluera certes plus, mais elle ne nourrira plus non plus.

La Coordination Rurale demande dès à présent de revoir totalement la Politique Agricole Commune !

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