Le 21 septembre dernier, les entreprises et coopératives adhérentes de Culture Viande se sont réunies pour un congrès annuel, où elles se sont émues du « rythme inquiétant » de la décapitalisation du cheptel. « Nous avons perdu 750 000 têtes en six ans : 300 000 dans le cheptel laitier et 450 000 dans le cheptel allaitant », a alerté Gilles Gauthier, président de Culture Viande. Pour Jean-Paul Bigard, président de la commission bovine de Culture Viande, « peu importe de savoir à qui la faute, la décapitalisation bovine est le signe d’une crise qui va s’aggraver, celle de l’indépendance alimentaire ».

La responsabilité de l’aval dans cette situation est pourtant indéniable ! Cela fait des années que les éleveurs de la Coordination Rurale tirent la sonnette d’alarme : sans prix rémunérateurs, les éleveurs sont voués à disparaître et leur troupeaux avec. « La valeur ajoutée n’a plus été créée dans les élevages. Dans ces derniers, la rémunération se fait principalement par les aides. À l’échelle de l’exploitation, la valeur ajoutée est négative. À l’échelle de la filière, cette valeur existe, mais elle a été captée par d’autres. Les gagnants sont l’aval et les marchands de tracteurs », alertait en 2018 Patrick Veysset, chercheur à l’Inrae. D’après ses recherches, depuis 1980, le consommateur paye 20 % plus cher, alors que l’éleveur touche 40 % de moins.

Aujourd’hui, l’aval fait les frais de cette situation : les entreprises de l’abattage-découpe accusent une baisse d’activité de 6 à 8 % depuis le début de l’année. En conséquence, les responsables de Culture Viande prônent la contractualisation ; certains voudraient même aller jusqu’au modèle de l’intégration. Ce qui est hors de question pour Stéphane Charbonneau, responsable de la section Viande de la Coordination Rurale : « Les éleveurs doivent rester seuls maîtres de leurs animaux. Le rapport de force est enfin inversé, les éleveurs sont en position de négociation et les abatteurs voudraient en faire des salariés, c’est non. » Le modèle d’intégration est un véritable échec pour les producteurs, on en voit les conséquences en porc et volaille. Quand le groupe fait des bénéfices, les éleveurs n’en voient que des miettes, mais quand il est dans la tourmente, ils peuvent à juste titre craindre d’en subir bien plus nettement les conséquences. Si la contractualisation permet en principe de renforcer les filières face à la volatilité des prix, Culture Viande souhaite seulement s'assurer des volumes et ne se préoccupe clairement pas de la rémunération des éleveurs, comme cela est le cas depuis des décennies. Ils payent aujourd'hui leur politique des prix bas.

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