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Les banques : actionnaires des exploitations néo-zélandaises endettées ?

Les banques : actionnaires des exploitations néo-zélandaises endettées ?

Le prix compétitif de l’or blanc néo-zélandais sur le marché mondial ne garantit en rien la résilience et l’indépendance financière de ces producteurs du pacifique. Depuis 2015, leur prix d’équilibre moyen oscillerait autour de 5,20 $NZD/kg MS (≈ 392 €/1 000L), sans savoir quelle rémunération de l’éleveur est prise en compte, pour un prix moyen payé de 4,40 $NZD/kg (≈ 332 €/1 000L ), 3,90 $NZD/kg (≈ 294 €/1 000L ) et 6,12 $NZD/kg (≈ 461 €/1 000L ) sur les trois dernières saisons. Le prix prévisionnel pour la saison en cours est autour de 6,40 $NZD/kg (≈ 482 €/1 000L).

Mais, contrairement à ce que laissent paraître ces chiffres, qui indiquent clairement que les prix de vente peuvent être largement supérieurs à ceux pratiqués en UE, la réalité des producteurs n’est pas celle que l’on veut nous faire croire.

Croissance fulgurante d’une dette irrécouvrable

Depuis 2015, les producteurs laitiers néo-zélandais ont vu leur endettement augmenter de manière fulgurante (+ 7,5 % en 2015, + 5,4 % en 2016 et + 2,5 % en 2017). L’encours de dettes s’élève à 3 ou 4 années de chiffres d’affaires « lait » sortie ferme. En France, cela reviendrait à un endettement moyen de 500  000 € pouvant monter jusqu’à 700 000 € soit 1,00 €/litre à 1,50 €/litre. Cela est énorme sachant qu’il est conseillé aux jeunes qui s’installent de rester au-dessous de 0,95 €/litre. (1)

La banque de réserve (équivalent de notre Banque de France) note qu’au cours des dernières années les prêts bancaires au secteur de l’élevage laitier ont augmenté de 5 milliards de dollars, soit une augmentation de 15 %, principalement pour financer les fonds de roulement des élevages. Les frais financiers représentent entre 15 et 20 % du chiffre d’affaires des exploitations.

Des banques actionnaires, des producteurs techno-serfs…

Selon le graphique présenté par l’économiste, Jean-Marie Séronie, lors d’une intervention au CNIEL en mars dernier, l’agriculture néo-zélandaise s’avère, selon lui, rentable sur une période assez longue. Mais rentable pour qui : pour les producteurs ou pour les financiers ?

Comment est-il possible que les coûts de production baissent alors que l’endettement explose ? Parce qu’il est plus facile de dégager des marges quand on ne rembourse pas le capital ?Pas étonnant que J.M. Séronie estime que les producteurs français capitalisent trop !Mais pourquoi les producteurs devraient-ils renoncer à être propriétaire de leur outil de travail ? Quel chef d’entreprise l’accepterait ? Si l’outil est rentable pour des actionnaires ou des propriétaires pourquoi ne le serait-il pas pour l’éleveur ?

La moitié des éleveurs sont endettés à plus de 50 % de la valeur de leur ferme et parmi eux, ¼ le sont à plus de 70 %. Selon J.M. Séronie, cet endettement doit être pondéré « par rapport à notre regard. On est dans un autre univers. D’une part on est sur des financements in-fine et généralement, […], renouvelables. Autrement dit, on ne rembourse pas le capital. ça revient à avoir un actionnaire extérieur […] qui est la banque. On le retrouve sur les frais financiers et la fragilité que cela représente, mais en même temps c’est une sacrée commodité, facilité, puisque la trésorerie dégagée ne part pas en capitalisation. »

Le risque majeur qu’encourent ces producteurs de l’autre bout du monde est que les taux d’intérêts flambent sans que le prix du lait n’augmente. En cas de crise durable du prix du lait, une des solutions selon J.M. Séronie serait que « les moins endettés rachèteront les autres ». Mais, il est fort probable que la Nouvelle-Zélande soutiendrait ce système car elle aurait trop à perdre compte tenu que le lait représente 30 % des exportations et que 10 à 15 % de l’encours bancaire national est relatif à l’agriculture.

Des producteurs néo-zélandais en grande détresse

Les producteurs endettés ne semblent pourtant pas tous apprécier et supporter ce système. Pour preuve, face au nombre croissant de suicides générés par la baisse du prix du lait, le gouvernement a dû augmenter le financement de la RHANZ (Alliance pour la santé rurale) pour mettre en place une nouvelle politique de prévention du suicide chez les agriculteurs. Les Services communautaires de la santé mentale (SSMC) ont, eux aussi, identifié les besoins de la communauté agricole comme une priorité majeure et se sont formés en conséquence. Par ailleurs, les jeunes agriculteurs organisent des ateliers à travers le pays pour mettre en évidence les problèmes de dépression…

Fonterra : une coopérative laitière et « bancaire »…

En 2015, à l’instar de certaines coopératives françaises, Fonterra a octroyé à ses coopérateurs un prêt de soutien de 400 millions de dollars (soit 22 500 € / coopérateur). Cela renforce l’idée que les coopératives, comme les privés, ne paient pas le lait à la hauteur de leurs capacités ! Comment expliquer, sinon, qu’elles disposent de telles réserves financières, octroyées sous forme de prêts à ses coopérateurs ? Ce système de prêt à ses coopérateurs, ne serait-il pas un moyen de les asservir davantage ? Notons au passage que chaque coopérateur a la valeur d’un an de chiffre d’affaires « lait » bloquée sous forme de titres chez Fonterra.

Aujourd’hui, en 2018, avec l’augmentation des prix du lait, les banques et Fonterra réclament le remboursement de leurs créances. Donc les producteurs n’en profitent jamais : les années de prix bas, les producteurs creusent leurs trésoreries, les années de hausse, ils paient leurs dettes et effectuent l’entretien, les réparations… qu’ils avaient différés faute de cash… Maintenir à flot les producteurs pendant les années noires pour mieux capter les bénéfices potentiels des années « fastes » relève bien d’une pratique mondiale !

Les mirages chinois de Fonterra ont fondu au soleil

Ce système ne se suffisant pas à lui-même, il est nécessaire de faire miroiter un avenir meilleur aux producteurs notamment avec le marché chinois. À l’image de nos grands groupes agro-alimentaires français et européens, les industriels néo-zélandais lorgnent sur ce soi-disant eldorado et incite les éleveurs à produire toujours plus. La course à l’agrandissement et la conversion de nombreuses exploitations ovines et bovines viande en exploitations laitières dans le Sud de l’île ayant renchéri la valeur du foncier, le prix de l’hectare a été multiplié par 2 en 20 ans pour atteindre 24 000 €.

Le chemin menant à l’Empire Céleste est pourtant jonché d’embûches à en juger par deux échecs déjà essuyés par Fonterra. En effet, après un premier revers de Sanlu en Chine en 2008 avec le lait contaminé à la mélanine, Fonterra a voulu réitérer l’expérience en 2015 en rentrant à hauteur de 18,8 % au capital d’un autre partenaire chinois : Beingmate. L’espoir de conquête du marché n’a été que de courte durée ! En effet, en 2017, cet investissement a pesé sur les résultats de Fonterra avec une perte et une dépréciation d’actifs de 405 millions de dollars du fait d’une mauvaise performance de Beingmate qui est passé de 9 % de part du marché chinois en 2013 à 2,5 % aujourd’hui.

Ces pertes représentent autant de manque à gagner pour ses coopérateurs. Et ce n’est pas tout, car Fonterra a dû aussi débourser 105 millions d’euros de dommages et intérêts à Danone, en réparation de coûts résultants des manquements de Fonterra en matière de sécurité alimentaire en 2013.

Les coopérateurs Fonterra paient donc cash les erreurs de leur coopérative. D’ailleurs, ce n’est pas sans poser des problèmes de gouvernance au sein de leur outil coopératif puisque le directeur général, Theo Spierings, a annoncé sa démission en mars dernier.

Outre ces problèmes économiques, l’activité des producteurs de lait est pointée du doigt d’un point de vue environnemental. En effet, la Nouvelle-Zélande, eldorado de la production laitière possédant, depuis 2012, plus de vaches que d’habitants, n’est pas sans conséquences ! Cette ascension fulgurante de mammifères laitiers a généré des problèmes environnementaux : un rapport gouvernemental datant de 2010 soulignait que sept des dix rivières contrôlées étaient impropres à la baignade et que trois quarts des poissons d’eau douce natifs de l’île étaient menacés ! 

Pour s’en sortir tant d’un point de vue économique qu’environnemental, les producteurs néo-zélandais semblent vouloir aujourd’hui miser sur les mêmes ressorts que nous, à savoir monter en gamme et produire du lait de pâturage. Donc la compétition ne semble pas terminée …

(1) Source : Le bilan annuel de l’emploi agricole (BAEA) – Résultats 2016 et estimations 2016. Agreste, Chiffres et Données Agriculture n° 238, p. 30

 



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