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« Ils vivent enfermés en ville avec une climatisation réversible et nous expliquent notre métier ! »

« Ils vivent enfermés en ville avec une climatisation réversible et nous expliquent notre métier ! »

Le Conseil national de l’alimentation (CNA) a adopté l’avis n°90 « Nouveaux comportements alimentaires : propositions d’actions pour une alimentation compatible avec des systèmes alimentaires durables ».

Représentant de la Coordination Rurale au CNA, j’ai demandé aux autres membres s’ils avaient un exemple de système alimentaire durable. Aucun n’a pu répondre.

La Coordination Rurale a essayé en vain de mettre en avant la nécessité absolue de maintenir une agriculture diversifiée sur les territoires, alliant élevages et productions végétales, et mettant en avant leur complémentarité et leur interdépendance. En somme, une agriculture en capacité d’assurer au monde urbain un garde-manger de proximité.
Une fois un système durable défini au niveau de la production agricole, la logique aurait pu être poussée plus loin. Le CNA aurait pu définir un nombre d’agriculteurs et une surface agricole productive par habitant dans un rayon de 100 km des villes.
Cette vision d’aménagement du territoire prenant en compte ces critères aurait comme vertu de limiter fortement l’urbanisation excessive des métropoles au détriment du monde agricole, de garder les sols productifs et une population agricole suffisamment nombreuse.

Étonnamment, cette vision de la durabilité de la production et donc d’un système alimentaire durable n’a pas été retenue. Le CNA conçoit un système alimentaire durable mondialisé avec des bateaux et des camions. Guerre ou pas. Covid ou pas.
Continuer de déforester l’Amazonie et de brûler du fioul lourd est donc visiblement compatible avec un système alimentaire durable…

Le problème, c’est que 95 % des membres composant le CNA vivent enfermés en ville avec une climatisation réversible. Ils ne subissent pas le dérèglement du climat : gels tardifs, grêle, orages, sécheresse. Notre système productif est en danger et les famines mondiales déclencheront forcément des conflits et des migrations de masse.
Pour le CNA, le principal c’est de proposer au consommateur hors-sol un nouveau type d’alimentation, surtout moins carnée et avec des labels environnementaux. Attendons-nous à recevoir une propagande pro-légumes et céréales bio. Le marketing est prêt, mais pas les agriculteurs.

Nos coûts de production explosent. La main-d’œuvre est introuvable. Les éleveurs vont être stigmatisés et se retrouveront au ban des producteurs. Dans ce contexte quasi délirant du consommateur tout-puissant, l’avis n°90 du CNA semble avoir sonné le glas de l’agriculture française.
Nous mangerons quoi qu’il en coûte une alimentation mondialisée détruisant ce qu’il reste de notre patrimoine culinaire et de nos savoir-faire agricoles.

Tristan ARLAUD
Représentant de la Coordination Rurale au CNA
Maraîcher bio et porteur d’un projet alimentaire territorial

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