Ces derniers jours, des centaines de militants anti-bassines se sont élancés depuis les abords de Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres, direction Paris, avec une étape ce vendredi : l’Agence de l’eau à Orléans. Un convoi de centaines de vélos et tracteurs qui a semé sur son passage son lot de désinformation sur la question de la gestion de l’eau. Véronique Le Floc’h, présidente nationale de la Coordination Rurale, nous livre ses projections sur l’avenir alimentaire de la France qui semble bien compromis si l’on ne met pas très vite en place des solutions de stockage de l’eau efficaces et efficientes.

2053 : anniversaire du convoi de la FAIM

Au regard de l’actualité, je crains que les générations futures ne comprennent pas nos conflits actuels relatifs à l’eau, précieuse ressource qui attise toutes les convoitises. Je ne voudrais pas avoir à lire un témoignage tel que le suivant :

Extrait du journal intime de X, 16 ans – France, 26 août 2053

« Cher Journal,

Aujourd’hui, j’ai faim et pourtant mes parents appartiennent à la classe moyenne… Ils stressent car ils ont des difficultés à me trouver une nourriture en quantité et qualité raisonnables tellement les prix sont élevés. Ils regrettent la désagriculturation de la France qui nous oblige à importer de la nourriture à des prix astronomiques et ne respectant même pas nos normes françaises !

Mais comment a-t-on pu en arriver là ?

J’ai peut-être une piste… Ce matin, sur Instagram, j’ai lu un message qui évoquait l’anniversaire d’un convoi de l’eau. Il y a 30 ans, des personnes ont participé à une balade à vélos et en tracteurs pour protester contre la construction de réserves d’eau. C’est sûr, cette promenade conviviale devait ravir ses participants. Leurs besoins d’estime et d’appartenance devaient être largement assouvis ! Par contre, ils ne devaient pas avoir conscience qu’ils mettaient en danger un besoin physiologique que constitue notre accès à une alimentation suffisante, saine et à des prix
accessibles. Et oui cher Journal, je m’intéresse à l’économie, je connais même la pyramide de Maslow !

Tu ne me croiras sûrement pas, mais au moment où ce convoi sillonnait la France, notre dette nationale franchissait le cap, jamais atteint, des 3 000 milliards d’euros de dettes… Je ne comprends pas qu’avec une telle nouvelle, nos aïeux n’aient pas plutôt soutenu un stockage intelligent de l’eau pour assurer notre souveraineté alimentaire ! Dépendre de marchés financiers c’est une chose, mais laisser notre alimentation filer aux mains de pays étrangers était suicidaire !

Par ailleurs, avec 10 milliards d’euros de coûts liés aux catastrophes naturelles en 2022, cela aurait été logique de construire des réserves placées stratégiquement pour éviter les inondations, limiter la montée des océans, lutter contre les incendies et surtout assurer une irrigation raisonnée de notre alimentation !

Cher Journal, je ne comprends pas ce manque de lucidité, de discernement et de vision de l’époque… Que les décisions de nos anciens nous aient privés de neige artificielle, de terrains de golf ou encore de piscines individuelles, je peux comprendre, mais qu’ils nous aient restreint l’accès à la nourriture, c’est irresponsable ! »

Pour ne pas arriver à une telle situation, à la Coordination Rurale, nous militons pour l’exception agriculturelle avec tout ce qu’elle implique. Si nous ne voulons pas voir nos voisins européens, essentiellement ceux de l’Est, nous nourrir à coup d’eau importée, il faut retrouver la raison, et placer l’agriculture et donc l’alimentation, un besoin physiologique fondamental, au centre d’une réflexion pragmatique et dénuée d’idéologisme et d’utopie.

 

Véronique Le Floc’h

Présidente nationale de la Coordination Rurale

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