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Coup de gueule : Le prix de revient du lait ne doit pas être basé sur la valorisation des industriels

Coup de gueule : Le prix de revient du lait ne doit pas être basé sur la valorisation des industriels

En cette période de négociations commerciales, les discussions autour du prix du lait se multiplient entre les différents acteurs de la filière. L’objectif de ces négociations étant d’établir les niveaux de prix qui seront pratiqués en 2021. À cette occasion, de nombreuses terminologies refont surface : coût de production, prix de revient, prix de base, prix payé… Un nouveau terme a néanmoins récemment fait son apparition dans le jargon utilisé par les acteurs de la filière, qui nous vient de la FNPL : celui du prix conforme à la loi EGA. Mais de quoi s’agit-il concrètement ?

« Il s’agit d’une limite en dessous de laquelle aucun industriel privé ni coopérative ne peut rémunérer les producteurs ». Ce prix « conforme » s’établirait à 344 €/1000L sur une base 38/32 en 2020, et sa méthode de calcul fait pour le moins réagir les éleveurs de la Coordination Rurale.

Se baser sur le mix produit des industriels laitiers est une erreur

En effet, ne se contentant pas de prendre comme base le prix de revient calculé par l’Institut de l’Elevage et officiellement adopté comme indicateur de référence pour les éleveurs par l’interprofession, le calcul prend également en compte les aspects de valorisation réalisés par les industriels. Ainsi, 60 % du prix est basé sur le marché intérieur, 20 % sur les produits destinés à l’export et 20 % sur les produits industriels.

 

Méthode de calcul du « prix conforme » de la FNPL

 

« C’est une erreur que de se baser sur la valorisation que font les industriels de notre lait. Nous ne travaillons pas pour eux. Notre prix doit être basé sur nos charges et notre revenu, à nous de l’imposer ! », tempête Sophie Lenaerts, responsable de la section Lait de la Coordination Rurale. « Pour la CR, le juste prix qui devrait être payé s’établit à 450€/1000L. C’est à partir de ce prix que l’éleveur reçoit un revenu décent, en deçà, c’est ce revenu qui est raboté ». En effet, les éleveurs laitiers sont les seuls chefs d’entreprise à ne pas imposer de prix à leur client, et à ne même pas connaître le prix de ce dernier lorsqu’il quitte la cour de ferme.

 

 

Ce prix « conforme » est celui des transformateurs

Le mix-produit, c’est la répartition entre les différentes valorisations du lait réalisées par l’industriel laitier. Les éleveurs peuvent en avoir connaissance, mais cela ne les concerne pas directement, étant donné qu’ils n’ont pas la main sur cette valorisation. Le calcul de la FNPL se basant sur ce mix-produit est donc incompréhensible. Que le lait parte en Chine sous forme de poudre de lait, en beurre pour l’industrie agroalimentaire, ou qu’il soit vendu sous forme de lait cru dans un magasin de proximité, son prix de revient restera le même pour l’éleveur. Pourquoi donc tenir compte de la manière dont il est valorisé par les transformateurs ? Plus les industriels feront de l’export et des produits industriels, plus le prix conforme va baisser ! C’est donc un prix conforme pour les transformateurs totalement déconnecté des coûts de production des éleveurs !

Sans cohésion de la part de l’ensemble des éleveurs laitiers, comment arriverons-nous à faire pencher les négociations en notre faveur ? Les industriels laitiers vont désormais ne rater aucune occasion de ressortir ce prix, qui, rappelons-le, est inférieur au prix payé en 2019 à 358€/1000L, pour justifier un paiement du lait qui sera évidemment inférieur au prix de revient des éleveurs. Inutile d’avoir passé des mois à négocier pendant les États Généraux de l’Alimentation pour en arriver à un prix à 344€/1000L. Ne rien faire aurait mené au même résultat.

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