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Porcherie d’Ossun : une affaire de gros sous !

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Porcherie d’Ossun : une affaire de gros sous !

Le mercredi 27 mars la préfecture des Hautes-Pyrénées a accepté l’enregistrement du projet de porcherie à Ossun. Dans le dossier de demande d’enregistrement, disponible en cinq parties sur le site de la Préfecture (partie 1, partie 2, partie 3, partie 4, partie 5), sont expliqués les tenants et les aboutissants dudit projet.

L’idée est de créer un élevage porcin de 1 008 places de post-sevrage et de 1 920 places d’engraissement, soit 2 122 animaux-équivalents. Il s’agira de l’extension d’un établissement d’élevage porcin existant (11 293 m2) d’environ 4 884 m2 sur une parcelle agricole adjacente, ou plutôt de la destruction de l’ancien bâtiment pour construire le nouveau.

Qui porte le projet de la porcherie d’Ossun ?

Si certains se sont élevés contre ce projet, il y en a qui l’accueillent avec un enthousiasme non dissimulé, voyant même dans ce projet un « modèle d’agriculture raisonné et circulaire »... Face à cette prise de position, la CR 65 a cherché à en savoir davantage.

Nous avons appris dans le dossier de demande d’enregistrement que Selec’Porc exploite un élevage porcin à Montardon (Pyrénées-Atlantiques) qu’elle loue à l’Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM), « association spécialisée adhérente » à la FNSEA.

Les locaux de Selec’Porc se trouvent précisément sur le site de l’Agrosite Pau-Montardon, au 21 chemin de Pau, 64121 Montardon. À cette adresse nous avons découvert une véritable colocation, puisque sont également présents :

– l’AGPM qui, comme nous l’avons écrit précédemment, est une « association spécialisée adhérente » à la FNSEA ;

– la FNPSMS (fédération nationale de la production de semences de maïs et sorgho) dans laquelle les producteurs de maïs semence sont réunis dans 25 syndicats départementaux ou régionaux et fédérés dans AGPM maïs semence. Notons que l’AGPM s’est restructurée en 2001 pour créer, avec la FNPSMS, le groupe MAIZ’EUROP’ ;

Germ Services, filiale d’Arvalis, de l’AGPM et de la FNPSMS ;

– l’AGPM GIE, groupement d’intérêt économique gestionnaire de l’agrosite et des moyens généraux

– l’ORAMA, union syndicale de l’AGPM, l’AGPB et la FOP, toutes trois « associations spécialisées adhérentes » à la FNSEA ;

Arvalis, issu de la fusion de l’ITCF (Institut technique des céréales et des fourrages), dont le lien avec la FNSEA était avéré, et de l’AGPM technique ;

– OCEOL, organismes collecteurs éthanol, société pour laquelle Unigrains investit directement via des tickets entre 1 M€ et 100 M€ par opération. Le Président d’Unigrains est également trésorier de la FNSEA.

Existerait-il alors des liens entre Selec’Porc et la FNSEA ?

D’après les informations collectées, Selec’Porc appartient à 100 % à la FIPSO, un groupe coopératif régional établi depuis 1965 dans le Sud-Ouest de la France, spécialisé dans l’élevage de porc et la transformation de viande. Le gérant de Selec’Porc est également le directeur de la FIPSO.

Nous avons également découvert que la FIPSO a trois actionnaires :

– Euralis holding, filiale d’Euralis. Le Président d’Euralis est l’ancien trésorier de l’AGPM, membre de Maïz’Europ, Président de Coop de France métiers du grain et ancien Président du Cogeca.

– MVVH, pour Maïsadour, Vivadour, Val de Sèvre Holding. Le Président du conseil d’administration de MVVH est membre de la FDSEA 40, président de la Chambre régionale d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine et administrateur à l’APCA.

– Glon Sanders Holding, filiale de Sofiprotéol, elle-même filiale d’Avril.

Si l’on résume : Selec’Porc, la société qui porte ce projet de porcherie, appartient à la FIPSO, qui elle-même a pour actionnaires trois holdings de grands groupes. Chaque acteur cité précédemment est lié, de près ou de loin, avec la FNSEA. Dans le cas présent, l’esprit coopératif est tenu bien loin de cette porcherie puisqu’il s’agit, ni plus ni moins d’un investissement direct dans la production agricole au lieu d’installer des éleveurs.

La FNSEA est-elle encore un syndicat ? Comment les responsables syndicaux ayant des intérêts dans de telles structures peuvent-ils encore être considérés comme légitimes pour défendre les agriculteurs ? 

Au-delà de la question sur la taille du projet, la Coordination Rurale des Hautes-Pyrénées tient à pointer les dérives de l’industrie agro-alimentaire. Ces méga-structures ne sont que des « fabriques à cochons » destinées à inonder le marché de viande à bas coût. Elles renient la qualité pour faire de la quantité au détriment du prix payé aux producteurs. Ainsi, l’industrie agro-alimentaire dispose en permanence de matière première (puisqu’ici les animaux en sont réduits à cela) pour faire tourner ses usines à plein régime. Tout est une histoire de gros sous tandis qu’aujourd’hui, en France, des centaines d’éleveurs porcins sont prêts à se mettre la corde au cou tant ils n’arrivent plus à vivre de leur métier.

La Coordination Rurale des Hautes-Pyrénées ne reconnaît donc pas l’hypothétique intérêt de ce projet de porcherie et dénonce une nouvelle fois l’omniprésence de la FNSEA dans la mécanique bien huilée de l’industrie agroalimentaire.

La Coordination Rurale demande que la production reste dans les mains des producteurs ! La régulation est un outil nécessaire pour assurer un prix rémunérateur aux éleveurs.

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