La Coordination Rurale d’Eure-et-Loir a rendu hommage, vendredi 10 mars devant la préfecture à Chartres, à un agriculteur qui s’est donné la mort en décembre 2022. Dans les les rangs, beaucoup d’émotion mais aussi de la colère contre une pression administrative de plus en plus pesante.

C’est en décembre que le drame s’est produit. Notre collègue agriculteur avait été contrôlé dans le cadre des formalités PAC sur son exploitation en Eure-et-Loir. Il avait reconnu avoir utilisé un vieil anti-germinatif de pommes de terre, jadis autorisé mais désormais interdit.

Excès de zèle ? Le fonctionnaire le met en garde : cet acte, si les résultats des prélèvements démontrent la présence du phytosanitaire prohibé, l’expose à une amende éventuelle de 750 000 euros et est passible de 10 années d’emprisonnement. C’était trop de pression pour cet homme déjà fragilisé par la perte de son père la même année et ne voyant pas comment s’en sortir avec une telle somme d’argent à rembourser et tétanisé à l’idée d’une peine carcérale. L’attente des résultats, qui pour lui étaient forcément positifs, était trop dure. Il a mit fin à ses jours sans savoir que les résultats allaient revenir négatifs. C’est son propre neveu qui a dû le décrocher du pulvérisateur.

Légifrance classe les sanctions évoquées devant notre collègue comme les peines maximales encourues pour un usage interdit de produits phytosanitaires en agriculture. Mais certains contrôleurs avouent qu’ils n’ont jamais vu cette peine être appliquée. Et c’est là tout le problème ! Pourquoi faire peur en menaçant du pire ? En comparaison, un trafic de produits phytosanitaires dans la Manche en 2021 s’est conclu par des amendes de 10 000 à 80 000 euros pour transaction frauduleuse de 132 tonnes de dichloropropène (produit interdit en France depuis 2018 ). Nous sommes très loin des chiffres annoncés à l’agriculteur d’Eure-et-Loir.

C’est comme si à chaque test pour alcoolémie, l’agent rappelait au conducteur qu’il peut encourir une peine maximale de 2 ans de prison, 4500 euros d’amende, la suspension du permis, une peine de travail d’intérêt général, l’interdiction de conduire pendant une durée de 5 ans ou plus !

Pourquoi faut-il qu’en agriculture ce soit différent ?

Tous les contrôleurs ne sont pas à mettre dans le même panier, bien sûr, mais la profession doit se saisir de cette question de toute urgence. Les contrôles doivent se dérouler dans une atmosphère apaisée et dans le respect mutuel. Les agriculteurs sont pressés de toute part, par l’inflation, les contraintes écologiques, la conjoncture mondiale difficile. Ils sont à bout ! Aujourd’hui, 2 agriculteurs se suicident par jour en France. Il faut que cela cesse !

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