Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire était en déplacement pour l’inauguration de la Maison du Comté le vendredi 5 décembre 2022 à Poligny, dans le département du Jura. Après la mise à l’honneur et la visite du désormais célèbre musée, la Coordination Rurale du Jura ainsi que d’autres syndicats et organisations de la profession agricole ont eu l’opportunité d’avoir une entrevue avec M. le ministre.

La filière Comté, représentative d’une grande partie de l’agriculture du Doubs et du Jura, était au cœur des enjeux et des débats. Nous avons pu faire un panorama des problématiques locales pour mettre en lumière les différents points de vigilance du secteur. Après une brève présentation de l’agriculture territoriale, de la population agricole et des terres du Jura, plusieurs thèmes ont été traités. Parmi eux, l’installation des jeunes agriculteurs, la hausse des coûts d’énergie, les potentielles coupures d’électricité, la gestion de l’eau, le foncier et bien évidemment le sujet du loup… Suite à la prise de parole de chaque acteur, le ministre a entamé une discussion sur les points abordés.

La hausse des coûts d’énergie et les coupures de courant pour l’hiver

Le ministre rappelle que des dispositifs ont été mis en place pour pallier la hausse des coûts, notamment avec la PEC résilience et le dispositif pour l’alimentation animale. Un quart exploitations ont été bénéficiaires de ces aides. Il indique que le Gouvernement souhaite accompagner les exploitants face aux difficultés causées par la crise énergétique passée et à venir.

La Coordination Rurale reste sur sa position d’inclure les agriculteurs au bouclier tarifaire, faute de dispositifs nationaux adaptés. Le prix de l’électricité et du gaz, pour un usage agricole, doit être plafonné. C’est ce qu’a indiqué notre représentant à cette table ronde.
Puisque les exploitations agricoles ne sont pas considérées comme prioritaires, il y aura des coupures d’électricité très probablement pour le mois de janvier. Les exploitants seront prévenus trois jours à l’avance via le dispositif Ecowatt. Les coupures vont s’étaler sur deux créneaux soit 8h/13h et 18h/20h. Cela annonce déjà des complications supplémentaires pour les éleveurs, notamment pour la traite.
« L’incurie des différents gouvernements en matière énergétique nous a menés au bord du black-out. On est en train de faire de même avec l’agriculture en laissant agir les fanatiques de la décroissance et en ne protégeant pas nos élevages des prédateurs. ».

Le loup : sensibilité sélective au bien-être animal ?

L’un des points les plus clivants du massif Jurassien est bien la présence grandissante du loup. Avant toutes ses récentes attaques sur les génisses, le loup n’était pas au cœur des débats. Pourtant, il s’est imposé et est devenu la problématique locale principale bien trop rapidement : trois meutes circuleraient aujourd’hui sur cette zone. La majorité des représentants de la profession ont fait part de leurs inquiétudes puisque les loups ont une facilité à s’attaquer aux génisses et que les éleveurs ne sont pas armés pour faire face à la situation.

Un exploitant, victime de la prédation du loup sur ses génisses, a pu témoigner de sa souffrance au ministre. L’exploitant a indiqué que malgré la procédure de projection de lumière pour faire fuir les trois loups présents sur place, ces derniers sont restés éclairés pendant 40 minutes sans être inquiétés le moins du monde. Son témoignage met en lumière la détresse qui découle de ses attaques ; stress, pression médiatique, entourage choqué… En réponse, le ministre a eu un discours compréhensif. Même si les exploitants sont indemnisés en cas d’attaque, il reconnaît que la souffrance n’est pas uniquement financière et qu’il y a une déconnexion de l’opinion publique à ce sujet : « les gens ne perçoivent pas ce que c’est humainement de se retrouver face à une génisse morte ».

La présence du loup impacte plusieurs volets agricoles, dont le renouvellement générationnel : « il ne faut pas que ce métier passion devienne un métier de sacrifice ». Il y a une position de déséquilibre et le ministre souhaite faire évoluer les modalités de tir pour simplifier les procédures.

L’enjeu de l’eau

C’est un fait, avec le dérèglement climatique, certaines zones qui n’avaient pas un besoin conséquent en eau sont aujourd’hui à sec. La donne a changé et la demande est grandissante : l’agriculture a plus que jamais besoin d’une gestion de l’eau optimisée. La CR a rappelé au ministre les dégradations infligées aux systèmes d’irrigation de nos collègues par des opposants butés et déploré notamment « l’impunité de ceux qui détruisent les retenues d’eau ». Face au défi climatique, et pour une agriculture résiliente et nourricière, il est plus que jamais nécessaire de battre en brèche les idées reçues sur la question de l’eau et sur ces outils désormais indispensables que sont les retenues. Sans eau, pas de vie !

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