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Grands parleurs, petits faiseurs

Grands parleurs, petits faiseurs

CR gouron

La réaction des internautes à l’article « La mort est dans le pré : sous la façade, le fond du problème », ce n’est pas de l’amour mais de la haine …

pour consulter l’article de la charente libre, cliquez ici

Nous sommes dans une société où il faut trouver impérativement des boucs émissaires. Tous ces braves gens qui donnent leur avis sur l’ agriculture se comportent comme de véritables conseillers, ce qui laisse entendre qu’à notre place ils feraient une agriculture remarquable. Une façon facile de se valoriser sans prise de risque puisque jamais confrontés à la réalité des éléments naturels.
Ce qui est très curieux, c’est que dans la Vienne , l’ ADSEA publie chaque trimestre toute une flopée de fermes à reprendre, toutes dans la conception des « haineux » : petites surfaces, élevage de moutons, d’œufs bio,  productions de niches, comment peut-on expliquer qu’avec un chômage à 10 % qu’elles ne trouvent pas preneur ?
Il est sans doute plus facile de condamner que de réaliser, beaucoup de diseux et peu de faiseux, d’ailleurs combien parmi ces internautes sûrs de leur vérité seraient capables avec les produits de la terre, de s’arracher à un train de vie qu’ils ont omis de préciser ?
Il est vrai que notre profession dans sa majorité a, me semble-t-il, manqué et continue de manquer de discernement en votant depuis 1946 pour un syndicat qui cogère la politique agricole,  en fournissant quatre ministres sous des gouvernements de droite et de gauche. Le syndicalisme devrait être un contre-pouvoir et non un « compagnon de route ». Cela vaut pour la FNSEA mais aussi pour la Confédération Paysanne qui n’hésite pas à s’afficher avec des partis extrémistes lors d’élections. Il n’est pas raisonnable de mélanger les torchons avec les serviettes, et l’agriculteur que je suis indique en employant une formule très paysanne « que dans ces troupeaux là, une vache n’y retrouve plus son veau ».
En ce qui concerne  le fait de se porter partie civile contre Monsanto dans l’affaire Paul François, la Coordination Rurale n’a pas vocation à défendre les intérêts individuels, mais a largement, par les conseils de ses juristes, aidé Paul François à étayer sa procédure.
La CR œuvre depuis sa création pour le travail minimum du sol, les réductions de doses d’intrants, la défense des semences de ferme, elle s’affiche contre les OGM. Cela concoure à démontrer qu’elle n’est pas l’alliée des firmes et surtout pas de Monsanto.
Elle a toujours combattu la cogestion de la FNSEA et est totalement apolitique. Dans ses statuts interdit à ses dirigeants l’affichage un parti politique
L’expression « pillage de l’eau » est , quant-à elle absolument scandaleuse. L’ agriculteur est sans cesse confronté aux excès de la nature et il est légitime que celui-ci reprenne un des ces éléments lorsqu’il est disponible pour effacer les méfaits de ce même élément. L’eau nourrit la plante mais aussi, elle la noie, altère les récoltes, empêche les semis en heure et en temps, détruit les structures du sol.
Lorsque l’agriculteur irrigue ou draine , il cherche un peu de sécurité dans une profession à très haute insécurité: ceux qui critiquent et dénigrent se trouvent souvent dans la sécurité totale , ce que j’appelle « les fromages républicains ».
La encore il est facile d’exiger le fatalisme devant les éléments naturels lorsqu’on est bien à l’ abri derrière un statut qui permet de ne jamais perdre un centime à la fin du mois lorsqu’il fêle, inonde, vente en tempête, ou sèche de soleil ou d’absence de pluie.
Les agriculteurs sont au cours mondial dans un environnement qui ne l’est pas. Que ceux qui déplorent les « compensations Bruxelloises se rassurent », ces fonds ne sont pas pour les agriculteurs , ils sont pour leur permettre de payer au prix français ceux qui autour d’eux, ne sont pas au cours mondial. Les cours des grains, soit-disant doublés, sont au niveau des prix d’il y a trente ans… Il faut sans doute supposer que les donneurs de leçons seraient capables avec un salaire chinois, indien, russe, de fonctionnaire palestinien (150 à 250 euros par mois) de faire face à toutes leurs charges quotidiennes (nourriture,  carburant, eau, électricité, ramassage d’ordures, échéance de maison et impôts locaux, ect…) sans une belle prime de Bruxelles ? Et bien c’est le sort des agriculteurs depuis 1992.
Il y aurait un livre à écrire , sur l’ agriculture et sur la grande supercherie qui laisse croire que tout serait formidable en pratiquant l’ agriculture sans aide de mon grand-père qui faisait du bio sans le savoir. Le problème est que mon grand-père était un esclave de la terre et je voudrais savoir combien parmi les « haineux  » seraient d’accord pour revenir au train de vie de cette époque ?
Pour finir, encore un peu de patience, les agriculteurs sont de moins en moins nombreux, preuve indéniable qu’ils s’enrichissent tellement qu’ils s’enfuient sans doute en Suisse ou au Luxembourg !!! Attention la bêtise se paiera au prix fort…
9 milliards d’hommes à nourrir ? Pas de problème, L’homme de Cromagnon ne mangeait que trois fois par semaine, avec une espérance de vie de 25 ans. Nous survivrons donc, et il y aura là un règlement forcé de la pollution, pensez donc, même plus besoin de fosse septique….
Au fait je ne suis pas bio, et je fais des légumineuses et je mets un point d’honneur à consommer ce que je produis. Je gagne même un trimestre de vie chaque année , j’ai 64 ans et je suis toujours au boulot quand beaucoup de détracteurs ont depuis longtemps baissé les bras et ont justement le temps de parler de ce qu’ils ne connaissent pas.

Jean-René Gouron