Dans un communiqué publié le 27 juillet 2023, l’association UFC-Que Choisir demande que le principe de « préleveur [d’eau]-payeur » soit mis en place. Elle met ainsi toute la responsabilité des enjeux de l’eau sur le dos des agriculteurs et de l’agriculture intensive, soi-disant majoritaire en France.

Les prélèvements d’eau en France s’élèvent à 32,8 milliards de m3. Parmi ces prélèvements, seuls 9 % sont utilisés pour les usages agricoles (contre 16 % pour l’eau potable). En parallèle, la consommation française d’eau représente 4,1 milliards de m3, bien moindre que les prélèvements. 58 % de cette consommation est utilisée en agriculture (irrigation, abreuvement, etc.). Certes, cette consommation représente la part la plus importante, devant l’eau potable, mais pourquoi cette inversion par rapport aux prélèvements ? Et bien près de 100 % de l’eau prélevée pour les besoins agricoles (dont la majorité pour l’irrigation) est consommée, tandis qu’une large partie de l’eau prélevée pour la consommation humaine est perdue dans les fuites des réseaux de distribution (cf. graphique ci-dessous détaillant les prélèvements et consommations d’eau douce en France (moyenne 2008-2018) par bassin versant en millions de m3).

France Grandes Cultures (FGC) rappelle que toute l’agriculture française n’est pas irriguée (seules 6,8 % des SAU le sont). Si l’irrigation a légèrement augmenté depuis une dizaine d’années (5,7 % en 2010), cette tendance est en lien avec les conditions climatiques changeantes et la baisse de la pluviométrie en saison estivale. De même, certains territoires, au contexte pédoclimatique difficile, ne peuvent se passer d’irrigation.

Certaines cultures aussi ont besoin d’eau au moment où la pluviométrie est la plus basse. C’est le cas du maïs. Cependant, bien que les surfaces en maïs représentent 1/3 des cultures irriguées, il n’est pas le seul.

FGC tient aussi à souligner que les agriculteurs irrigants payent déjà pour leurs prélèvements d’eau. En plus de la redevance payée aux agences de l’eau (cf. graphique ci-dessous détaillant les montants des redevances par rapport aux volumes prélevés suivant les usages), ils doivent aussi frais les frais de la hausse des tarifs de l’énergie, prévue avec une hausse de 84 % en 2023 par rapport à 2021.

D’après le graphique ci-dessus, on constate que les recettes dégagées par les redevances sont inégales entre les acteurs. Les consommateurs payent cher l’eau par rapport aux volumes prélevés, tandis que l’eau pour les refroidissements industriels et les autres usages économiques est payée presque 3 fois moins que le volume prélevé. Quant à l’eau permettant d’alimenter les canaux (servant aux touristes et à la préservation de la biodiversité), elle n’appelle aucune redevance. Les seules quasiment à l’équilibre sont les redevances payées par les agriculteurs pour l’irrigation.

Enfin, n’oublions pas que nous importons de l’eau de pays gourmands en irrigation en achetant leurs produits. Demander aux irrigants français de payer davantage pour leurs prélèvements sous-entend réduire notre production (car elle ne serait pas rentable), augmenter nos importations et ainsi fermer la porte à l’autonomie alimentaire de la France.

Foutez-nous la paix, laissez-nous travailler !

 

Sources :
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/MAR2023_DP-PLAN%20EAU__BAT%20%281%29_en%20pdf%20rendu%20accessible.pdf
https://www.ccomptes.fr/system/files/2023-07/20230717-gestion-quantitative-de-l-eau.pdf
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2018-10/datalab-prelevement-eau-mise-en-ligne.pdf
https://www.senat.fr/rap/r22-871/r22-8711.pdf
https://www.vie-publique.fr/en-bref/288095-hausse-des-prix-de-vente-de-lelectricite-aux-professionnels-en-2023

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