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Filière française oléoprotéagineuse : a-t-elle fait les bons choix stratégiques ?

Filière française oléoprotéagineuse : a-t-elle fait les bons choix stratégiques ?

Avec la crise sanitaire du coronavirus, la consommation de carburants a baissé de 70 à 90% depuis le début de la période de confinement. Le biodiesel a suivi la même tendance, ce qui pousse la filière au bord du gouffre.

Des usines bientôt à l’arrêt !

Arrimés à celui du pétrole, les cours des huiles végétales, dont l’huile de colza ont sérieusement dévissé.

Le prix du tourteau augmente en revanche, avec la crainte d’une rupture d’approvisionnement de la fabrication d’aliment du bétail, la FAB n’ayant au plus que 5 jours de stocks devant elle.

Hormis le débouché alimentaire, qui est le seul à pouvoir éventuellement valoriser ces productions et prôné de longue date par FGC et par la CR, il n’y a aucune autre alternative d’utilisation de cette huile. Les capacités de stockage en liquide étant limitées, les usines de Diester et les usines de trituration vont d’ici 2 à 3 semaines se retrouver à l’arrêt.

Colza : une production menacée !

Outre cette conjoncture très difficile, la production de colza en France souffre du retrait des néonicotinoïdes qui laisse les agriculteurs dans une impasse sanitaire sans solution à ce jour. Certains apiculteurs regrettent d’ailleurs une diminution de la sole de colza dans certaines régions où il constituait une source abondante de nourriture pour les abeilles au printemps.

Les insectes ravageurs deviennent résistants aux rares substances actives restantes et la météo difficile (trop humide ou trop sec ; gel printanier) a atteint, voire détruit de nombreuses parcelles. 50 000 ha de colza touchés par le gel printanier en Bourgogne Franche-Comté et Grand Est. Les altises et charançons d’automne avaient déjà fait du dégât…

Les cas sévères de gel semblent cependant rares. Mieux vaut d’ailleurs attendre un peu avant de retourner car le colza a une capacité de compensation suite à un gel. Mais selon la région où vous vous trouvez, bon courage pour trouver de la semence de tournesol !

Pour une campagne de plus, la production de colza est attendue en forte baisse, le recul étant déjà marqué dans les zones intermédiaires sur les dernières campagnes.

Logiquement, et pour compenser les exportations effectuées vers l’Allemagne, les importations sont attendues en hausse, en provenance du Canada (canola génétiquement modifié) et d’Ukraine mais à condition que la trituration reparte après la période de confinement.

Des erreurs de choix stratégiques ?

Bien avant la crise du Covid-19, FGC et la CR se sont interrogés sur les choix stratégiques effectués par la filière oléoprotéagineuse française et sur leurs conséquences.

Pourquoi transformer 60% de notre production d’huile de colza en biodiesel alors que l’Europe est déficitaire en huile alimentaire ? Il est pourtant indéniable que le débouché alimentaire sera toujours plus rémunérateur que le débouché énergétique.

D’ailleurs, le débouché alimentaire permettrait de produire la même quantité de tourteaux pour l’élevage. C’est la production d’huile de colza qui permet à la France de diminuer ses importations de soja, et non forcément sa production de biodiesel.

Pourquoi ne pas mettre tout en œuvre pour développer les cultures de protéagineux (soja, pois, féveroles, lupin, luzerne…) ? La demande intérieure en non-OGM est croissante et les tourteaux de colza ne parviennent pas à remplacer à eux seuls toutes les importations de soja.

Pourquoi d’ailleurs importer du canola GM canadien, dont le tourteau se retrouve dans la FAB, et exporter du colza non OGM vers l’Allemagne alors que les consommateurs français refusent les OGM ? Certains prétendent que la filière biodiesel permet à la France de s’affranchir des importations de soja OGM mais ce n’est que partiellement vrai puisqu’elle ouvre aussi la porte à des importations de colza génétiquement modifié.

Pourquoi soutenir à bout de bras une filière qui a failli être délaissée par l’UE, la directive européenne RED II n’ayant maintenu le taux d’incorporation minimum de 7% que pour éviter de porter atteinte aux investissements déjà effectués. Autrement, l’UE considère aujourd’hui ce biocarburant de 1ère génération comme dépassé.

FGC n’est pas pour autant hostile par principe aux biocarburants. Rejoignant une des propositions du think tank « Agriculture Stratégies », FGC estime que la production de biocarburants peut jouer un rôle intéressant comme outil de régulation, dans le cadre d’une politique de régulation plus large.

Pourquoi, suite au refus des OGM en France, les semenciers ont-ils orienté leur recherche sur l’hybridation, en ceinturant ainsi le marché ? Pourquoi la recherche privée sur la féverole et autres protéagineux piétine-t-elle ? Serait-ce à cause du recours à la semence de ferme, qui limite la collecte de CVO ? Est-ce pour cela que l’on voit notre institut technique Terres Inovia faire la promotion des semences certifiées ? Et que fait la recherche publique (INRAE) ?

Enfin, pourquoi l’UE et la France cautionnent-elles ce saccage de l’environnement naturel (faisant émerger de nouvelles maladies) entrepris au Brésil, en Argentine, en Indonésie et en Malaise pour produire soja ou huile de palme ? Les condamnations de principe, comme on en a vues de la part du président Macron, ne valent pas des décisions politiques courageuses, qui doivent être prises.

Ce que FGC propose

Le président Macron parlait il y a quelques mois de souveraineté protéinique et la crise du covid-19 met en avant l’intérêt primordial, mais un peu oublié de devoir manger chaque jour.

C’est une occasion historique pour les pouvoirs publics français et européens de mettre en place un plan protéines, avec un soutien aux productions protéagineuses, pour allonger nos assolements et redéployer des solutions agronomiques face aux impasses phytosanitaires actuelles.

L’auto-approvisionnement français de nos élevages apporterait de la sécurité, de la traçabilité, de la qualité et permettrait de servir des marchés de niche ou de proximité plus rémunérateurs (sans OGM, labellisé, marque locale…). Le non-OGM doit en France devenir le standard.

Un programme de sélection « massale » sur l’ensemble du pays doit être entrepris, en collaboration avec les agriculteurs, pour trouver des variétés adaptées à leurs besoins.

Enfin, la filière biocarburants serait réorganisée afin de pouvoir servir d’amortisseur, dans le cadre d’une politique de régulation des marchés.