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Guadeloupe : la filière canne-sucre-rhum au bord de l’asphyxie

Guadeloupe : la filière canne-sucre-rhum au bord de l’asphyxie

Entre les négociations annuelles obligatoires interminables et les opérateurs de récolte qui demandent 3,60 € supplémentaires par tonne de canne, la campagne sucrière prend du retard pour la deuxième année consécutive. La Coordination Rurale Gwadloup dénonce cette situation, à nouveau intolérable, que subissent les planteurs de cannes de Guadeloupe et de Marie-Galante.

Une avalanche de contraintes

Depuis des années, ces planteurs accumulent les contraintes : report de leur subvention plantation depuis 2016, perte des MAE 2016 et 2017 du fait d’une erreur du logiciel TéléPAC, aléas climatiques (sécheresses, cyclones et inondations), hausse des prix des matières premières depuis 2015, augmentation du coût des prestations de travaux de 1,50 € en 2019.

L’année 2022 s’annonce pire encore. En effet, les contraintes se multiplient et la liste est longue : hausse de 3,60 € demandée par les opérateurs de récolte, rendements en baisse depuis 4 ans du fait de la pluviométrie, suppression des matières actives spécifiques au désherbage de la canne, taxes sur les produits pesticides, conséquences de la pandémie de Covid-19, querelles intestines ruinant le patrimoine légué par nos aînés, manque d’informations pour anticiper et prévoir l’avenir de la filière, et pour couronner le tout, il y a le drame des planteurs de Marie-Galante qui ne peuvent plus vivre de leur culture principale suite à la fermeture de l’unité sucrière en 2021.

Des coopérations intersectorielles difficiles

Sans surprise, nous faisons le constat que la filière canne-sucre-rhum va mal. La CR Gwadloup a tenté d’anticiper la destruction programmée de cette filière essentielle à l’économie agricole guadeloupéenne. Elle a mis en place, en décembre 2020, une unité intersyndicale incluant le MODEF, la FDSEA et les JA afin de travailler à la mise en place d’un nouveau cahier des charges garantissant aux planteurs un meilleur revenu et des moyens de production fonctionnels. Malheureusement, ces syndicats n’ont pas souhaité entériner ce projet, empêchant ainsi la création d’un fonds de garantie professionnel pour les planteurs. Aujourd’hui, ces mêmes syndicats, épaulés par l’UPG, demandent une augmentation aux dépens des planteurs et pour le compte des ETA. L’objectif de ces syndicats agricoles n’est donc pas de défendre les agriculteurs ?

La CR Gwadloup a également demandé plusieurs fois à intégrer l’interprofession de la canne (IGUACANNE) afin de participer activement à ses missions, aux premiers rangs desquelles se trouvent l’élaboration des indicateurs de coûts de production, le maintien et le développement du potentiel économique du secteur et la valorisation de la filière canne-sucre-rhum, ainsi que la prévention et la gestion des risques et aléas liés à la production. Nos demandes sont restées lettre morte.

Prendre la parole haut et fort !

Pourtant nous aurions pu les aider. La CR Gwadloup n’a de cesse de le répéter : la situation est grave ! Dans les rapports du CGEDD n°013918-01 et du CGAAER n°21052 d’octobre 2021 sur la filière canne-sucre à Marie-Galante, le gouvernement a décidé que Marie-Galante s’orienterait vers la production biologique de cannes, que l’unité sucrière serait condamnée (recommandations 1 et 2) et que les cannes biologiques seraient transbordées vers l’usine de Gardel, en Guadeloupe continentale « sans certitude quant à la viabilité économique de l’usine SRMG ni même de l’activité sucrière en outre-mer » (paragraphe 6 du rapport). Il n’y pas besoin de lire entre les lignes. La CR Gwadloup a alerté le gouvernement depuis des années, celui-ci n’a agi que trop tard et est désormais incapable de pérenniser la filière.

La situation est ce qu’elle est, nous ne pouvons qu’en faire le constat. Désormais, il appartient aux acteurs de la filière, sans qui elle n’existerait pas, de s’exprimer. Et comme il est coutume de dire : qu’ils parlent maintenant ou se taisent à jamais.