Newsletter
L'info régionale
Liens utiles
Les jeunes CR

L'info régionale

Réseaux sociaux

La nature est le seul foyer des agriculteurs, mais aussi notre outil de travail

biodiversité

La nature est le seul foyer des agriculteurs, mais aussi notre outil de travail

WWF a publié, le 30 octobre 2018, son rapport « planète vivante 2018 » qui dénonce la disparition d’espèces sauvages dont la principale cause serait «la surexploitation des ressources et les activités agricoles». Une fois encore, l’agriculture est pointée du doigt dès lors qu’il s’agit de questions environnementales alors même que nous sommes les premiers impactés par les phénomènes qui sont cités. En effet, les aléas climatiques affectent particulièrement nos productions, tout comme la baisse de biodiversité qui s’accompagne d’une augmentation de la pression parasitaire.

La Coordination Rurale ne remet pas en cause la question du déclin de la biodiversité et ne se positionne pas sur l’effectivité du changement climatique, ce n’est pas notre mission. Cependant, nous ne pouvons que déplorer une nouvelle fois la mise en avant de l’agriculture comme seule responsable et coupable.

La Coordination Rurale considère que la situation actuelle est bien le résultat des orientations données par les politiques agricoles et alimentaires mondiales de ces dernières années.

Ainsi, la gestion par l’OMC des échanges agricoles a des conséquences dramatiques : les agriculteurs du monde entier se livrent bien malgré eux une guerre inégale et sans merci, au détriment parfois des principes agronomiques les plus élémentaires. Pourquoi ? Tout simplement pour survivre !

C’est le cas de tous les agriculteurs : de l’agriculteur en production biologique qui ne parvient pas à acquérir le foncier nécessaire à son installation au fermier brésilien qui exploite des milliers d’hectares en passant par les plus importantes de nos exploitations. C’est le cas naturellement aussi pour les agriculteurs des pays les plus pauvres qui ne peuvent plus vivre de leur métier.

Quelle solution alors ?

Pour la Coordination Rurale, seule la sortie de l’agriculture de l’OMC permettra d’apporter des solutions durables. Décréter l’exception agriculturelle, c’est protéger les agriculteurs des États ou regroupements d’États, mais c’est avant tout redonner sa véritable vocation à l’agriculture : nourrir les peuples plutôt que les marchés financiers !

Notre syndicat porte cette demande depuis 1993, et lance régulièrement un appel à l’exception agriculturelle1 recevant le soutien d’un nombre important de personnalités et d’une partie croissante de la société civile2.

Mais envisager de telles démarches repose sur un important changement de paradigme et oblige chacun à s’interroger :

– sur la place de l’alimentation dans la société,

– sur les acteurs qui vont pouvoir agir,

– et surtout sur les acteurs qui ont tout intérêt à voir ce système perdurer.

Sur ce dernier point, alors que l’impact de l’agriculture est fortement développé, les causes de l’intensification de l’agriculture sont à peine évoquées. En page 12 du rapport, WWF se contente de faire référence aux « facteurs sous-jacents […] régionaux ou mondiaux, notamment une demande croissante de produits dérivés des écosystèmes, supérieure à la capacité décroissante des écosystèmes à les fournir« .

A contrario, aucune mention n’est faite des spéculateurs de l’agriculture d’aujourd’hui, pour lesquels l’agriculture est le nouvel « or vert » et qui ont tout intérêt à « verdir » leur image.

Ce sont les responsables – avec la complicité des gouvernements qui n’osent pas contrevenir à l’ultralibéralisme – de la perpétuation d’un modèle qui met en danger la biodiversité et asservit les agriculteurs/paysans. Ce modèle est à l’opposé de la diversification des cultures et des assolements, ce qui d’un côté accélère la course à l’agrandissement et de l’autre augmente la vulnérabilité des agriculteurs et de leurs revenus en les exposant aux aléas climatiques et sanitaires. Sans compter le fait que l’hyper-spécialisation de l’agriculture constitue également une aberration du point de vue agronomique !

Tout comme pour l’ensemble des êtres vivants, la nature est le seul foyer des agriculteurs, qui sont d’ailleurs les vrais professionnels de l’écologie, mais nous avons un double intérêt à la préserver, car elle est aussi notre outil de travail.

Nous n’y arriverons pas dans une économie mondialisée. Il est urgent d’instaurer l’exception agriculturelle.

1 Appel de Paris en 1993 ; appel à signer une pétition en 2008 ; en 2016 la CR soutient le manifeste parrainé par le philosophe Michel Serres, sur l’exception agricole et écologique posant les bases d’un régime juridique d’exception agricole.

2 https://www.coordinationrurale.fr/lexception-agriculturelle-fait-son-chemin-sapprocherait-elle-de-leurope/