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Utilisation des produits phytosanitaires, qu’en est-il réellement ?

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Utilisation des produits phytosanitaires, qu’en est-il réellement ?

Du 20 au 30 mars, Générations Futures lance sa semaine anti-pesticides. Cette campagne de communication a pour but de faire prendre conscience aux consommateurs des impacts de l’utilisation de « pesticides », mais aussi de pointer du doigt leur utilisation par les agriculteurs.
La Coordination Rurale (CR) est attachée à la diminution des risques liés aux produits phytosanitaires et soutient tout ce qui peut améliorer l’indépendance des agriculteurs. La Coordination Rurale entend protéger la santé des agriculteurs, qui est paradoxalement meilleure que celle du reste de la population (étude AGRICAN), mais aussi leur revenu. Ainsi notre approche en matière de protection des plantes a toujours été pragmatique en demandant, au préalable, l’avis de la communauté scientifique. Elle ne s’oppose pas à la baisse de l’utilisation de produits phytosanitaires mais elle demande, en amont, la réalisation d’études d’impacts économiques et alerte sur la nécessité de ne pas laisser les agriculteurs seuls face à des impasses techniques qui malheureusement s’intensifient puisque aujourd’hui, selon le ministère, 37 % des cas ressortant d’usages de pesticides sont absolument non pourvus en solution.

Pourtant, les besoins sont réels…

Les maladies des plantes et les ravageurs sont en forte augmentation partout dans le monde. Rien que pour les insectes, l’Inrae qui comptait deux arrivées de nouvelles espèces par an dans les années 50, dénombre désormais plus de 20 introductions annuelles !
Il en est de même pour les plantes invasives (l’ambroisie par exemple) qui, en plus d’avoir des conséquences économiques pour les exploitations, ont également un impact sur la population en causant des allergies.

 

…et l’utilisation optimisée

2022 03 la france consommateur PPP

 

Une suppression de produits phytosanitaires : oui ! Mais avec des solutions fiables !

Face à l’accroissement des maladies et des ravageurs, la seule réponse du gouvernement est de mandater et financer des organismes de recherche sans fixer de date butoir pour obtenir des alternatives tout en interdisant immédiatement de nombreux produits phytosanitaires, créant ainsi les impasses techniques dans lesquelles les agriculteurs sont précipités. La CR demande qu’une alternative, fiable économiquement, soit proposée avant chaque suppression d’un produit phytosanitaire.

Nous sommes ouverts à toutes les alternatives dès lors qu’elles font la preuve de leur efficacité et qu’elles ne dégradent pas les résultats économiques et sociaux des exploitants. Toutes les solutions peuvent être explorées (modification des procédures de production, outils et matériels de prévention, adoption de certaines solutions employées par l’agriculture biologique, etc.). Quelle que soit la solution, elle doit précéder l’interdiction.

 

Les importations toxiques

Il faut sortir de la position paradoxale qui consiste à interdire, pour la production française, l’utilisation d’une technique ou d’un produit mais à autoriser les importations depuis des pays qui en maintiennent l’utilisation (OGM, néonicotinoïdes…). Ceci pose la question de la concurrence déloyale entre les producteurs.
Retranscrit directement depuis l’article L236-1 A du Code rural dans le cadre de la Loi Egalim, le 1er novembre 2018, l’article 44 est très clair : « Il est interdit de proposer à la vente ou de distribuer à titre gratuit en vue de la consommation humaine ou animale des denrées alimentaires ou produits agricoles pour lesquels il a été fait usage de produits phytopharmaceutiques ou vétérinaires ou d’aliments pour animaux non autorisés par la réglementation européenne ou ne respectant pas les exigences d’identification et de traçabilité imposées par cette même réglementation.
L’autorité administrative prend toutes mesures de nature à faire respecter l’interdiction prévue au premier alinéa. »
Depuis l’approbation de la loi, la CR a non seulement demandé au gouvernement et fait pression sur les parlementaires pour que cet article soit appliqué, mais elle travaille également à la rédaction d’un article similaire au niveau européen. Néanmoins, considérant que nous n’avons pas les moyens de contrôler l’ensemble des marchandises entrant sur le territoire français, la preuve du respect de cet article doit incomber aux pays exportateurs. Ils devraient prouver qu’il n’a pas été fait usage de matières interdites en Europe sur les produits vendus. La France l’a déjà fait pour les cerises turques.

 

Un cas particulier : les néonicotinoïdes

Hier, la jaunisse, aujourd’hui, le gel… Demain, la sécheresse… Force est de constater que nous nous inscrivons durablement dans un monde où les aléas sont de plus en plus nombreux. Le secteur agricole doit pouvoir se montrer plus résilient, notamment la filière fruits et légumes/betteraves. Pourtant, avec cette vision très à court terme, focalisée sur l’emploi des néonicotinoïdes (NNI), nos interlocuteurs semblent oublier l’importance de pérenniser la filière betterave.
La CR a bien conscience que l’emploi de NNI ne peut pas être une solution à long terme. Si la dérogation était indispensable pour sauver la filière, celle-ci reste très fragile et il faut prendre en compte les nouvelles exigences des consommateurs.
Des variétés résistantes à la jaunisse existent, mais elles produisent environ 15 % de moins que les variétés utilisées aujourd’hui et ne sont donc pas envisagées par les industriels.
La CR ne serait pas contre la suppression des NNI, mais les prix n’étant pas rémunérateurs actuellement, il n’est pas possible pour les agriculteurs de supporter une nouvelle baisse des rendements.

 

Une demande sociétale : les zones de non traitement (ZNT)

Les ZNT ont un impact énorme sur la production : les foyers de ravageurs indésirables dans la zone non traitée sont susceptibles de contaminer toute la parcelle. Comme pour les retraits de molécules, la CR appelle le gouvernement à examiner avec beaucoup d’attention les conditions de la mise en place d’un tel dispositif et à en évaluer les impacts économiques et sanitaires.
Les ZNT riverains ne régleront pas les problèmes de voisinage… C’est même parfois le contraire ! Il s’agit d’une nouvelle norme environnementale franco-française qui pèse sur une agriculture déjà en difficulté face à la concurrence européenne et mondiale. Si la protection des riverains est le but recherché, les nouvelles constructions devraient prendre en compte les ZNT en les intégrant dans leur propre périmètre. Or, curieusement l’État ne semble pas vouloir de cette solution.