L'info régionale

Réseaux sociaux

Un débat qui fait du bien aux écologistes…

Un débat qui fait du bien aux écologistes…

qualité de l'eau… et qui soulage les agriculteurs.

Compte-rendu de la rencontre débat organisée à Champhol (Eure-et-Loir) par Eau Secours 28, le mardi 12 avril 2011, à 20h00

 

Marc Laimé, Président d’Eau Secours 28 (affiliée à FNE), et Cyrille Deshayes, Responsable du Pôle eau douce de WWF France, introduisent le débat avec une vidéo sur le thème de la qualité de l’eau en Eure-et-Loir. Cette vidéo est en ligne sur : www.Youtube.com/wwf_france

Son titre est évocateur : « Agriculture industrielle, le sacrifice de l’eau : Eure-et-Loir, du poison dans l’eau ».
Cette vidéo préconise le passage en bio. Philippe Lirochon, Président de la Chambre, Jean-Claude Schmidt du Conseil Général, Fabrice Chaboche, agriculteur à Moriers et Thomas Renaudin du lycée agricole de la Saussaye, y sont interviewés.

Selon Marc Laimé, 40 000 personnes en Eure-et-Loir reçoivent une eau non conforme aux normes phytos, soit 10% de la population et 100 millions d’euros vont être investis dans les interconnexions d’eau potable. Les zones de protection de captage concerneraient 20% de la surface agricole du département !! Il faut un nouveau pacte entre le monde agricole et la sphère publique, dans le cadre d’une PAC 2013 plus verte.

Les résultats économiques en bio ne sont pas souvent au rendez-vous, tempère Philippe Ribault. « Lorsque vous évoquez l’exemple du lycée de la Saussaye, il faudrait citer les résultats économiques de l’expérimentation. La dimension du revenu est importante pour l’agriculteur comme pour n’importe qui. Nous souhaitons transmettre des outils de production viables à nos successeurs. »
De plus, la gestion de l’enherbement est compliquée et à la Saussaye, Thomas Renaudin est parti d’une propreté parcellaire irréprochable laissée par son prédécesseur Monsieur Yvrard. Enfin, si l’Europe ne nous favorise pas la culture de protéines, c’est la faute d’accords commerciaux antérieurs (GATT/OMC, années 1992-1995).

Un agriculteur avoue qu’il utilise des produits phytos, même si ce n’est pas de gaieté de cœur, parce que cela est indispensable et légal. En Eure-et-Loir, la spécialisation est importante et le bio peut difficilement s’y implanter par manque de fumure organique.
Selon un autre intervenant, les étrangers font du bio à pas cher (main d’œuvre bon marché) et avec des produits de traitement non autorisés en bio en Europe. Du bio, nous allons en avoir mais il viendra de plus en plus de l’étranger et avec une qualité qui laisse déjà à désirer.

A la remarque d’un participant qui préférerait voir de beaux engrais verts à la place de certaines vilaines jachères (éléments topographiques), Philippe Ribault précise que les engrais verts ont un coût et qu’il y a trop d’années à bas revenu pour permettre leur retour sur investissement. De plus, la prolifération d’adventices comme le chardon est un problème sérieux en Eure-et-Loir. L’arrêté préfectoral de 2006 n’étant pas respecté, les chardons prolifèrent, ce qui oblige les agriculteurs à appliquer un désherbant supplémentaire.

P. Ribault évoque la solution des barres de guidage par satellite qui vont permettre de réaliser un désherbage mécanique de précision. Marc Laimé se lance alors dans une métaphore malheureuse avec le naufrage du Titanic, dont c’est l’anniversaire aujourd’hui, car il considère la solution GPS comme une fuite en avant dans la spécialisation. A cela, P. Ribault répond avec fermeté que toutes les solutions sont à envisager : « les gens ne viendront pas travailler gratuitement dans nos champs pour désherber à la main ! Il faut vivre avec son temps et ne pas refuser le progrès. »

James Brossard s’insurge au sujet boues de station d’épuration : « c’est un scandale ! On devrait se faire payer pour les épandre tellement cela rend service au monde urbain ! ». Dans les boues, il y a des polluants organiques persistants et des métaux lourds. Certains dans la salle pensent qu’il faudrait pouvoir trier les boues à la source, car il y en a de moins mauvaises que d’autres. Philippe Ribault rappelle qu’en cas de contamination de nos sols en métaux lourds à cause des boues de station, juridiquement, c’est l’agriculteur qui est responsable de sa production. Cela est cher payé pour un service gratuit rendu aux collectivités qui ne savent plus quoi faire de leurs déchets.
Les boues valorisées en compost avec adjonction de déchets verts et vendues aux agriculteurs, contiennent aussi des métaux lourds mais contournent la réglementation d’une manière déconcertante. Notons que ces composts ont un formidable attrait pour les agriculteurs biologiques !!!

Suite aux interrogations d’une dame sur le cancer, Philippe Ribault, en se basant sur les données de l’Institut de cancérologie Gustave Roussy, répond : « on détecte mieux le cancer qu’avant, ce qui fait augmenter le nombre de cas recensés mais on en meurt moins qu’avant. Il ne faut pas oublier que notre espérance de vie continue toujours d’augmenter ».

Un autre intervenant s’insurge : « quand les insecticides sont épandus sur nos champs, cela est condamné par la société mais pour le chien qui sort du salon de toilettage auréolé de gaucho, là ça va ! ». Il faut savoir que les citoyens utilisent des produits phytos, dont certains sont maintenant interdits en agriculture. De plus, « dans son caddie, le consommateur pose son bidon de Round-up contre son pain et sa barquette de jambon !! ».

Les relations néo-ruraux/agriculteurs vont poser de plus en plus problème. Les urbains ont une vision idyllique et fantasmée du monde rural. En s’y installant, ils croient venir vivre dans la nature alors que les campagnes sont aménagées par les paysans qui y assurent une mission d’utilité publique : produire de la nourriture.
Une dame : « j’ai emménagé à la campagne récemment et 4 ou 5 agriculteurs autour de chez nous viennent régulièrement nous gazer ! La terre de notre potager est-elle aussi polluée que la leur ?». Vincent Carré lui répond qu’il ne s’agit pas de gaz mais de gouttelettes d’eau. Philippe Ribault complète : « Madame, vous êtes venue de la ville construire sur un ancien terrain agricole. Il faut quand même assumer quelques inconvénients maintenant. Pour autant, j’invite mes collègues agriculteurs à vous déranger le moins possible ».

Le débat devient dès lors plus houleux : « Vous ne voulez pas partager l’espace rural, ni accepter de nouveaux arrivants ! » rétorque un participant. Philippe Ribault : « Pas du tout ! Il faut réussir à se supporter. Les nouveaux arrivants ne veulent que les avantages mais la campagne est aussi un lieu de travail pour nous ». James Brossard ajoute : « les produits phytos sont légaux d’utilisation. Si vous n’en voulez plus, demandez-en l’interdiction à vos députés ».
Marc Laimé précise que des actions collectives en justice pourraient avoir lieu pour réclamer des dommages et intérêts car les nouveaux arrivants ont des droits. Les pouvoirs publics locaux ne pourront rester sourds longtemps. Philippe Ribault le rassure : « ne vous inquiétez pas, les agriculteurs vous proposeront des solutions. Pas besoin de surcharger notre justice française par des procès coûteux et stériles ».

Marc Laimé conclut le débat sur la nécessité de lister les points communs que nous avons. D’une part les exploitants veulent transmettre des exploitations viables à leurs enfants, d’autre part les citoyens veulent un environnement viable. Il est essentiel d’établir un dialogue et ces réunions publiques sont faites pour ça.

Le manque d’information des citoyens sur l’agriculture est un problème. Philippe Ribault rappelle que la campagne de communication de FNE a insulté le monde agricole et ce n’est pas la meilleure manière d’établir un dialogue. Nous notons quand même qu’au 2e débat de ce type, les écologistes commencent à connaître un peu l’agriculture.

Gérard Leray, le Secrétaire Général d’Eau Secours 28, se rapproche de nous en fin de réunion. Notre courrier au Conseil Général, concernant les subventions versées aux associations affiliées à France Nature Environnement l’a interpellé. Nous lui répondons que la CR ne touche pas un euro du Conseil Général d’Eure-et-Loir.
Afin de conclure dans la bonne humeur, Philippe Ribault plaisante avec Gérard Leray : « ne pourriez-vous pas demander à Europe Ecologie de faire pleuvoir 20 mm sur l’Eure-et-Loir ? Nos champs en ont bien besoin.»

Prochaine rencontre vers le 10 juin dans la région dunoise.

{AdmirorGallery}debat-cr-centre-champhol{/AdmirorGallery}