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Tous les voyants de l’agriculture sont au rouge !

Tous les voyants de l’agriculture sont au rouge !

« Même si l’activité agricole a été considérée comme une activité de première ligne pendant la crise sanitaire, elle est clairement malade », indique Véronique Le Floc’hqui représente la Coordination Rurale à la Commission des comptes de l’agriculture de la nation (CCAN).

« Les producteurs sont conscients des enjeux et défis qu’ils devraient relever, mais comment envisager une évolution positive collective lorsque l’on voit que les indicateurs de prix, de volumes, de charges, d’emplois, d’investissements et donc de revenus, mais aussi de commerce, sont mauvais encore en 2020 ? Et en prenant du recul, c’est également le cas sur les quarante dernières années ! »

L’agriculture française a longtemps été guidée par des objectifs socio-économiques et politiques, basés sur des volumes et la conquête de marchés, notamment à l’export. Sauf qu’après la production, le commerce des produits agricoles s’enfonce à son tour, avec une dégradation de la balance des matières agricoles de 437 millions d’euros en 2020.

Comme le dénonce depuis longtemps la CR, le commerce avec l’Europe n’est pas transparent. Cela soulève de nombreuses interrogations au vu de la dégradation du solde commercial avec ces pays intracommunautaires. Les filières des fruits et des légumes sont particulièrement impactées puisqu’elles ont subi une dégradation de 150 millions d’euros pour chaque catégorie. Les céréales et les oléagineux n’en sont pas moins épargnés, avec une diminution respective de 250 et 100 millions d’euros.

Face à ces constats, et malgré le plan de relance, il est plus que temps d’admettre le véritable échec des politiques agricoles européenne et française qui ne permettent plus de nous battre avec des pays ne respectant pas nos normes de production !

« Au final, ce sont bien les agriculteurs qui en font les frais. Il est urgent de revoir le périmètre de nos marchés et repenser une régulation pour rendre rentables nos productions plébiscitées par les consommateurs français. », conclut Véronique Le Floc’h.

 

Annexe :

Cette analyse repose sur l’évolution des comptes de l’agriculture provisoires pour 2020.
L’analyse porte sur 2020, mais depuis 2010, 2000 ou 1980, la tendance des indicateurs est la même :
• Baisse des prix de base (- 4 %) ; déflatés, et avec comme référence l’année 2000, les prix de base des productions animales sont en baisse constante ; en production végétale, seule l’année 2012 aura été supérieure à 2000 et 2018 atteint juste le niveau 2000 !
• Baisse des consommations intermédiaires (- 2,8 %)
• Baisse des subventions incluant la fin du CICE (- 1 %)
• Baisse de l’emploi : – 2.1 % des non salariés, – 1 % des salariés pour 2020. Le rapport dit même que les salaires baisseraient de 2,1 % : comment espérer attirer des chefs d’entreprise ou des salariés ?
• Une consommation de capital Fixe1 (dépréciation de l’outil) en hausse de 1,6 % évaluée à 11 milliards d’euros, encore une fois même pas compensée par l’investissement nouveau, évalué à 10,5 milliards d’euros. Celui-ci se contracte en valeur (– 5,2 % après + 4,6 %) notamment en matériel (- 2,2 %) et bâtiments (- 19,2 %) ; la part de bétail repart à la hausse mais seulement de 300 millions tandis que les plantations augmentent pour 700 millions d’euros. Mesuré à prix constants, l’investissement se situe quasiment à son niveau de 2010. Le taux d’investissement baisse de nouveau car sa baisse en valeur est supérieure à la baisse de la valeur ajoutée brute au coût des facteurs.

D’où :
• En 2020, une baisse du revenu brut (l’EBE) de la branche agricole : encore une baisse de 0,8 milliard d’euros. Ce n’est même pas ce que le plan de relance prévoit d’accorder directement aux exploitants !
• Depuis 2010, seules les années 2011, 2012 et 2018 présenteraient des résultats supérieurs à ceux de 2010.
• Par Utans, le résultat net provisoire 2020 serait en baisse de 5,3 % après – 10,2 % en 2019 (semi-définitif).

D’un point de vue consommation des ménages, en 2020 :
• La consommation en produits agricoles bruts alimentaires bondit (+ 12,2 %), du fait des volumes (+ 5,0 %) et des prix (+ 6,9 %). Les légumes frais contribuent le plus avec 11 milliards de dépenses de consommation.
• La consommation de produits de la transformation et conservation de viandes augmente nettement en valeur (+ 8,0 %) du fait des volumes (+ 5,2 %) et des prix (+ 3,1 %). En volume: + 7,6 % en bœuf, + 6,0 % en porc, +8,7 % en veau et + 9,3 % en volailles. La viande de mouton recule. Preuve que la viande est appréciée et jugée indispensable à l’équilibre de l’alimentation des consommateurs.
• La consommation en vin de raisin recule nettement en volume (– 10,3 %), un peu moins que les appellations d’Origine Contrôlées et les vins de qualité supérieure (- 11,7 %), les prix ayant peu évolué (+ 1,0 % et + 0,6 %). En Champagne, la baisse atteint presque 1/5ᵉ en volume en lien avec de moindres occasions festives.

Du côté commerce de produits agricoles :
• Les exportations françaises de céréales vers la Chine (853 M€) ont été multipliées par quasiment 2,5 en valeur (+ 323,6 % pour le blé). Si en 2020 la Chine est la première destination devant la Belgique et l’Algérie, les flux et la part de la Chine restent très variables : huitième débouché en 2019 (343 M€), troisième en 2015 (786 M€).
• Au niveau mondial, la France demeure l’un des principaux pays exportateurs de blé et de méteil, avec 11 % des parts de marché, 4ème après la Russie (16% de parts de marché), les USA et le Canada. Entre 2010 et 2019, les exportations mondiales ont augmenté de presque 25 % mais la France a perdu 4 % de parts de marché sur la période, la Russie et l’Ukraine, affichant des hausses de 10 et 6 % !
• Au niveau européen, la France demeure le premier producteur de blé et épeautre même si la production des nouveaux états membres, qui affichent une production en valeur en hausse de 51,7 % entre 2010 et 2020, excède la production française depuis 2015. Aussi l’écart se creuse depuis. La production française a de son côté perdu 27,9 % sur la période !
Le déficit du commerce des légumes atteint 500 M€ (dégradation de 150 M€ en quasi totalité attribuable aux échanges intra-européens), du fait de la hausse des importations (+ 65 M€, + 2,4 % avec des prix moyen de + 7 %) et de la baisse des exportations (– 84 M€, – 3,6 %). L’excédent commercial des pommes de terre se dégrade (– 77 M€, – 13 %) malgré la nette baisse des importations. La valeur des exportations de pommes de terre a reculé de 129 M€ (– 18 %), à 602 M€ du fait de la nette baisse des prix.
Structurellement excédentaire, le solde commercial des animaux vivants (1,8 Md€) diminue un peu, de 70 M€ et peut poser question quant aux demandes sociétales, notamment vis à vis du transport des animaux vivants !
• Globalement, le solde commercial des produits agricoles s’est dégradé de 437 millions d’euros avec les pays tiers et les pays de l’UE à 27 ; 150 en légumes (essentiellement Europe), 227 en oléagineux (à 50% avec l’Europe) et 303 en fruits (plus de 50 % avec l’Europe). Si les céréales contribuent de façon positive à l’évolution de la balance (+ 199 M€), c’est grâce aux échanges avec les pays tiers qui tirent à la hausse de près de 500 M€ tandis que les échanges avec l’Europe dégradent la balance de 250M€ !
Les exportations françaises de vins et spiritueux reculent largement en 2020 (– 15,8 %) à 847 M€. Elles diminuent depuis le point haut de 2017. La crise sanitaire, les stocks accumulés sur le marché chinois du fait de l’annulation des fêtes du Nouvel An et la concurrence de vins d’autres pays expliquent le repli des ventes françaises.