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Témoignage: « En tant que femme, j’ai dû prouver que je pouvais tenir une exploitation »

Témoignage: « En tant que femme, j’ai dû prouver que je pouvais tenir une exploitation »

Je suis Sandrine Anquétil, agricultrice dans la Somme. À l’issue d’un BTS ACSE (Analyse, Conduite et Stratégie de l’Entreprise agricole) et d’un CS (certificat de spécialisation) conduite d’un élevage laitier, je me suis installée en 2009, à 24 ans, dans une exploitation en polyculture élevage laitier.

Comment s’est passée votre installation ?
Je me suis installée dans le cadre familial avec la DJA (Dotation Jeune Agriculteur). Mon père ayant eu un souci de santé, il attendait mon retour sur l’exploitation familiale.
Les baux ont tous été à mon nom en préparation du départ en retraite de ma mère.

Mon installation a pris un an mais n’a pas été facile, il y a eu énormément d’administratif, de papiers à fournir. Manifestement, le même document ne peut pas changer d’étage. Au bout de la 6e année, l’administration a contrôlé mon dossier.

– Quelles étaient vos motivations pour devenir agricultrice ?
J’étais fière de devenir agricultrice. C’est un métier qui me convient, au contact avec la nature. Je produis des céréales pour mes vaches et le surplus part pour la consommation humaine. J’organise ma journée comme je le souhaite en fonction de la météo.
Je peux ainsi allier ma passion, la chasse, avec mon métier.

– Vous êtes-vous installée seule, avec votre mari ou d’autres personnes ?
Mon mari a fait le choix de quitter son métier d’inséminateur en 2013 pour reprendre les parts sociales de ma mère qui partait en retraite. Il s’est installé hors cadre familial, sans la DJA mais avec les aides de la Région qui sont très peu contraignantes.

– Avez-vous des enfants ? Comment les gérez-vous sur la ferme ?
Mes enfants ont actuellement 8 et 10 ans et le corps de ferme leur permet d’être au contact de la nature et des animaux. Il est cependant important d’être vigilant au niveau sécurité (leur taille ne me permet pas de les voir).
Quand ils ne sont pas à la ferme avec nous, ils sont gardés par une assistante maternelle ou par ma mère.

– Comment se sont passées vos maternités ? Avez-vous bénéficié du congé maternité ?
Pour ma première grossesse, j’ai fait appel au service de remplacement, mais ça ne s’est pas bien passé. À cause de mon remplaçant, le taux de cellules dans mon lait était trop élevé. Si je n’avais pas réussi à baisser le taux cellulaire, la coopérative aurait cessé de collecter mon lait.

Pour ma seconde grossesse, suite à ma mauvaise expérience, je n’ai pas fait appel au service de remplacement.

– Avez-vous subi des discriminations liées à votre genre avant ou après votre installation ?
Oui, j’ai reçu des remarques désagréables. On m’a jugé sur ma taille et mon poids (1m62 pour 52 kg). En tant que femme, j’ai dû prouver que je pouvais tenir une exploitation.
Autre exemple, des commerciaux plus jeunes que moi me prenaient pour la stagiaire de l’exploitation.

– Selon vous, est-ce que votre installation a été bien accueillie par votre entourage (famille, ami(e)s) ?
Mes parents ont été favorables à mon installation. Ils nous ont toujours laissé choisir notre métier à mes frères et moi.
Certains collègues rêvaient secrètement de reprendre l’exploitation familiale, ce qui m’a donné encore plus la motivation d’y arriver.

Évidemment, d’autres collègues étaient contents que je m’installe. L’un d’entre eux m’a demandé conseil pour sa fille qui souhaite devenir agricultrice. Je lui ai dit qu’il faut beaucoup de motivation, l’agriculture étant un métier très mécanisé, elle devra réfléchir pour trouver des astuces qui vont l’aider à avancer dans son métier.

– Pourquoi vous êtes-vous syndiquée ?
Je me suis syndiquée à la CR 80 dès mon installation en 2009.
J’ai été défendue en CDOA (Commission Départementale d’Orientation de l’Agriculture) par mes collègues de la CR 80. Grâce à cela, je me suis sentie soutenue et j’ai pu obtenir le maximum de dotation.
J’ai également été convaincue par les valeurs de la CR, notamment le fait que le syndicat est apolitique. Chaque agriculteur est bénévole et défend tous les agriculteurs.