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Témoignage anonyme d’un jeune en cours d’installation

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Témoignage anonyme d’un jeune en cours d’installation

On m’avait prévenu : « Tu verras le parcours à l’installation est long et parfois compliqué ». Mais je ne me doutais pas à quel point… Je suis reconverti et mon précédent parcours professionnel me permet aujourd’hui de ne pas craindre les tâches administratives. J’ai donc commencé les démarches sereinement et avec le plein de motivation. La Chambre d’agriculture a pour mission d’accompagner tous les porteurs de projets agricoles par le biais du Point Info Installation. On vous explique alors que pour devenir agriculteur, en France, un certain nombre d’étapes doivent être franchies, que certaines habilitations doivent vous êtes délivrées et qu’une montagne de démarches vous attend. Par chance, en toute bonté d’âme (et contre un chèque conséquent) la Chambre vous propose de s’occuper de tout et vous n’aurez plus qu’à vous laisser guider.
À ce moment de mon installation, je commence à réaliser que cette stratégie de la peur et de la substitution de compétences fait vivre bon nombre d’acteurs du secteur para-agricole (Chambre d’agriculture, Cabinet de gestion, concessionnaires agricoles, vendeurs de produits phyto…).
Quelques jours plus tard, mon cabinet de gestion me proposait exactement les mêmes prestations pour un prix, après négociation, parfaitement aligné sur celui de la Chambre. La « Mafia » s’organise et parvient, à grands coups de complexification de procédures, à rendre leurs services indispensables. Tout y est, politique de la peur (« si vous ne passez pas par nous, ce sera beaucoup plus compliqué »), politique tarifaire extrêmement négociable et non justifiée, et pour finir, rétention d’informations et de documents publics afin de noyer le « pigeon », à savoir le futur agriculteur.
Les documents Cerfa nécessaires à l’installation sont des documents à la disposition des citoyens et doivent être délivrés sans contrepartie financière. La Direction Départementale des Territoire peut vous renseigner sur les démarches nécessaires à l’installation. Attention, dans cet article je ne stigmatise pas les salariés des structures citées plus haut. Ces derniers sont, le plus souvent, mal rémunérés et écrasés par le nombre de dossiers à traiter. Je me permets simplement de mettre en lumière la complexité et l’incohérence du processus d’installation.
Avec du recul sur mon parcours, je m’aperçois que les barrières à franchir ne sont pas si nombreuses et pas si complexes. J’aurais pu/dû prendre en charge certaines étapes ce qui m’aurait permis d’alléger considé-rablement la facture. En prenant en charge les futurs installés de cette manière, on les déresponsabilise. Le but premier des structures citées précédemment n’est-il pas de permettre l’installation de futurs chefs d’exploitations agricoles ? Par le biais de l’installation, les futurs agriculteurs sont plongés directement dans l’épais brouillard qui pèse sur notre secteur d’activité.
La non-transparence et la substitution de compétences entraînent des pratiques commerciales non justifiées qui plombent littéralement nos structures. Il est temps que nos organisations syndicales éclaircissent l’ombre et exigent plus de transparence de la part de chacun des acteurs du secteur.
Il est loin le temps des heures fastes de l’agriculture française. Alors qu’aujourd’hui la pression sur les agriculteurs est maximale (prix du lait, de la viande, des céréales, pression phyto…), il est temps que le gouvernement prenne des mesures afin d’imposer une plus grande transparence à tous les acteurs du monde agricole et non pas uniquement aux producteurs.
La Coordination Rurale propose d’ores et déjà des actions qui vont dans ce sens. Nous devons tous, agriculteurs, ancienne et nouvelle génération, travailler à une plus grande AUTONOMIE dans tous les domaines. C’est à ce prix que nous reprendrons le contrôle de nos structures et que nous retrouverons cette petite part de liberté qui n’a de cesse de nous échapper.