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Soja bio importé d’Afrique : tel est pris qui croyait prendre !

Soja importé du Togo

Soja bio importé d’Afrique : tel est pris qui croyait prendre !

La coopérative Agribio Union[1], basée à Salvagnac (Tarn) et se présentant comme « leader du soja bio en France », n’a rien trouvé de mieux que d’importer tout récemment 1 500 tonnes de soja bio en provenance du Togo, sur son silo de Barcelonne-du-Gers[2]. Cette coopérative, regroupant les six principales coopératives du Sud-Ouest[3], a pourtant bénéficié de fonds publics[4] pour développer la production locale de soja bio.

Alors que la FNSEA et les JA font mine de crier au scandale, la CR et sa section Bio relèvent que ces importations sont indirectement encouragées par ces deux mêmes syndicats.

Des importations organisées par l’AFDI et la Fondation Avril

Encouragée par l’État togolais, la production de soja se développe au Togo, pour les besoins alimentaires de la population locale[5] mais aussi pour l’exportation vers l’Europe et en particulier vers la France.

Des associations de producteurs sont en cela aidées par l’AFDI (Agriculteurs français et développement international), association reliée à la FNSEA et à JA[6]. Lors de sa dernière AG en juin 2018[7], l’AFDI a d’ailleurs rappelé qu’au Togo, « elle intervient principalement pour le développement et la structuration de la filière maïs jaune et soja ».

Dans une publication d’avril 2015[8], l’AFDI écrit en toutes lettres qu’elle a facilité la mise en place d’un « approvisionnement régulier de graine de soja certifiée biologique en provenance du Bénin », pour le compte de la coopérative Terres du Sud.

Car Agribio Union n’est pas la première coopérative à céder à cette facilité. En 2016 déjà, la CR et sa section Bio dénonçaient les agissements de deux de ses coopératives adhérentes, Terres du Sud et Maïsadour, préférant importer du soja en provenance d’Afrique que de développer la production locale en France. Elles ont en effet monté une unité de trituration de soja bio destinée à l’alimentation animale, en 2012, à Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne), avec le soutien des pouvoirs publics (Conseil Général, région, État)[9]. En mars 2016, des agriculteurs constatent que plusieurs centaines de tonnes de soja sont importées du Togo ou du Bénin, alors qu’il existe une production locale de soja. Là encore, ces importations ont été réalisées en partenariat avec l’AFDI (du Lot-et-Garonne), alors que dans le même temps, le groupe Avril se disait prêt à commercialiser avec Carrefour du porc d’Aquitaine, alimenté avec du soja local. Carrefour et Avril se sont également associés pour lancer une filière durable de soja 100% origine France[10].

Le groupe Avril et sa fondation ne sont d’ailleurs pas en reste. Très liés à la FOP (son président Arnaud Rousseau est également président du groupe Avril[11]) et donc à la FNSEA et aux JA, Avril participe actuellement à l’organisation de filières soja en Afrique de l’Ouest[12]. C’est le cas au Burkina Faso[13], afin de répondre aux besoins alimentaires locaux mais aussi pour développer une nouvelle culture de rente complémentaire au coton (comprenez : une nouvelle culture à exporter vers la France !).

L’ancien président de la FOP et de Sofiprotéol, Jean-Claude Sabin, est de son coté très actif au Sénégal (projet Biosoy) où il conseille le président Macky Sall. Il contribue non seulement à la production de semences d’arachide mais aussi au développement de la filière soja biologique d’exportation dans la région du Lac de Guiers (Biosoy – Groupe Rovic).

Que nos coopératives, « prolongement de l’exploitation agricole », leur savonnent la planche, les agriculteurs commencent à en avoir l’habitude.

Mais nous voyons une nouvelle fois, après l’épisode de La Mède et des importations d’huile de palme du groupe Avril, la FNSEA et les JA nager en plein double-discours !

Au-delà, cette affaire est révélatrice du paradoxe français et européen consistant à vouloir développer l’agriculture biologique, sans s’en donner véritablement les moyens et sans prendre la peine de contrôler les importations de produits qui bien souvent ne respectent pas les normes posées par notre cahier des charges. Souhaitant mettre fin à cette concurrence déloyale, la section Bio de la CR s’est clairement positionnée en faveur de l’arrêt des équivalences pour les importations bio[14].

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[1] http://agribio.fr/nos-produits/

[2] Construit en 2015, ce silo d’une capacité de 15 000 tonnes est aujourd’hui le silo principal de la coopérative.

[3] Acteo/Vivadour, Alcor/Terres du Sud, Alliance occitane/Arterris, Coop Agribio, Euralis et Maïsadour

[4] Soutien des Conseils Régionaux d’Aquitaine, de Midi-Pyrénées et de l’Europe (FEADER) : http://www.euralis.fr/19/les-agriculteurs-du-sud-ouest-investissent-dans-la-filiere-biologique/

[5] https://www.youtube.com/watch?v=ktZM9z6S7H8

[6] http://www.alimenterre.org/system/files/ressources/pdf/1123-entretien-2013145-afdina-agathe-henry-cdr.pdf

[7] http://www.action-agricole-picarde.com/actualites/pour-l-afdi-la-priorite-est-l-installation-des-jeunes:C8UOJV7U.html

[8] https://fr.calameo.com/read/0044077955b6520504d95 page 2

[9] https://www.ladepeche.fr/article/2013/10/01/1721177-sainte-livrade-en-plein-coeur-du-soja-boom.html

[10] https://www.groupeavril.com/fr/communiques/carrefour-et-avril-sassocient-pour-lancer-une-filiere-durable-de-soja-100-origine-france

[11] https://www.groupeavril.com/fr/groupe/administrations

[12] https://www.groupeavril.com/sites/default/files/web_fr_avril_radd_170x240.pdf page 27

[13] http://www.commodafrica.com/17-01-2017-la-filiere-soja-au-burkina-sera-structuree-avec-la-fondation-avril-et-agropol

[14] En mai 2017, la section Bio a intégré le Collectif pour la défense de la conformité : http://oui-au-bio-strictement-conforme.eu/.