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Sodiaal : Une justification par la preuve…

Sodiaal - Cash Investigation - Véronique Le Floc'h donne de nouveaux éléments

Sodiaal : Une justification par la preuve…

Depuis l’émission Cash Investigation et la manifestation Coordination Rurale du 26 janvier devant Entremont dans le Morbihan, Sodiaal a tenté d’expliquer ses points de désaccord via plusieurs articles parus (Réussir Lait – Réussir, Terre de Touraine…). Ses explications laissent la Coordination Rurale très sceptique…

Elle trouve d’ailleurs étrange que Damien Lacombe ne soit pas venu en personne répondre à ses questions à Malestroit (56). Pourquoi choisir de répondre systématiquement par médias interposés, notamment via les magazines « Réussir » dans lesquels la Coordination Rurale n’a pas droit de réponse ?

La Coordination veut simplement comprendre. Au milieu de tous ces messages médiatiques contradictoires, beaucoup de producteurs coopérateurs doivent s’y perdre. Voilà quelques pistes pour que les coopérateurs soucieux d’avoir une information objective puissent aller chercher les preuves par eux-mêmes…

Des bénéfices bloqués dans les filiales…

Dans un article paru dans le magazine « Réussir Lait » le 7 février 2018, Damien Lacombe, président de Sodiaal Union, précise que la holding « Sodiaal International sert à faire remonter les dividendes provenant des différentes activités que nous détenons en partenariat comme Yoplait ».
Au regard des comptes de Sodiaal International 2015 (page 49/50), force est de constater que la holding n’en transfère qu’une infime partie à la coopérative via le groupe Sodiaal puisqu’elle n’a reversé que 3,5 millions d’euros sur 51 millions d’euros distribuables. Par ailleurs, dans l’émission Cash Investigation, seuls les bénéfices de Sodiaal International ont été évoqués et non pas la totalité des bénéfices de Sodiaal Union comme il le laisse entendre. Les 3,5 millions d’euros sont donc compris dans les 25 millions d’euros de bénéfices distribués en 2016.

A quoi correspondent les 51 millions d’euros, 47,5 millions d’euros et 3,5 millions d’euros ?

Dans la deuxième résolution des comptes 2015 de Sodiaal International (page 49/50), figure bien un bénéfice 2015 de 51 millions d’euros : 3,5 millions d’euros ont été versés à l’associé Groupe Sodiaal (qui les reverse ensuite à la coopérative Sodiaal Union) et 47,5 millions d’euros (51 millions d’euros – 3,5 millions d’euros) ont été bloqués dans le report à nouveau de la holding SA Sodiaal International, report à nouveau qui s’élève à 526 millions d’euros après affectation de ces 47,5 millions d’euros.


La Coordination Rurale peut comprendre qu’en année positive pour les producteurs, la coopérative puisse bloquer une partie des bénéfices. En revanche, en année de crise…

Les 47,5 millions d’euros (51 millions d’euros – 3,5 millions d’euros) de bénéfices 2015 bloqués dans la holding représentaient un montant potentiel de ristournes supplémentaires de 10 €/1000 litres, en plus des 25 millions d’euros distribués en 2016. Les producteurs en avaient besoin !

Au regard de la réserve légale de Sodiaal International, les administrateurs avaient le choix de distribuer davantage aux producteurs. En effet, devant obligatoirement être alimentée par 5 % du bénéfice annuel dans la limite de 10 % du capital social, celle de Sodiaal International semble à son maximum depuis au moins 2012 puisqu’elle stagne à 34 millions d’euros (page 4 /50 des comptes SI International 2015).

Par ailleurs, quel que soit le montant des bénéfices réalisés dans Sodiaal International, pourquoi est-ce que ce ne sont jamais plus de 3,5 millions d’euros qui remontent jusqu’à la coopérative et donc jusqu’aux producteurs via le groupe Sodiaal ?

Contrairement à ce que la revue « Terra, terre de Touraine » du 26 janvier 2018 avance, les 47,5 millions d’euros ne correspondent pas à des pertes 2015 des filiales de Sodiaal International. Certes, des filiales contribuent cette année-là de façon négative (Entremont et Candia – filiales détenues à 100 % par Sodiaal International – pour 54 millions d’euros) (cf. page 36/50 du compte Sodiaal International 2015), mais les 51 millions d’euros de résultat de Sodiaal International 2015 tiennent compte des déficits et des bénéfices de toutes les participations, Entremont et Candia compris.

Ces décisions sont-elles réellement évoquées en réunion de section avant les assemblées générales nationales ? Pourquoi la trésorerie du groupe Sodiaal est-elle prioritaire à celles des producteurs ?

A quoi correspondent les 526 M€ de report à nouveau ?

Autre point de questionnement, si les 526 millions d’euros du report à nouveau de Sodiaal International proviennent essentiellement de la revalorisation de Yoplait et servent, selon Damien Lacombe, à « renforcer le patrimoine de la coopérative », comme pour les bénéfices, pourquoi avoir décidé de bloquer cette revalorisation dans Sodiaal International sans la remonter vers la coopérative Sodiaal Union en ne la consolidant pas dans ses comptes (cf. page 14/143 Sodiaal International 2011) ?
Contrairement aux allégations du magazine « Réussir, Terre de Touraine » du 26 janvier 2018, ces 526 millions d’euros report de bénéfices ne se situent pas à l’actif du bilan mais au contraire au passif (page 4/50 SI 2015). Deuxièmement, ils ne correspondent pas au total de l’actif du bilan de Sodiaal International puisque ce dernier s’élève à plus d’un milliard d’euros fin 2015 (page 3/50 de Sodiaal International 2015). Et troisièmement, ils ne comptent pas la valorisation des parts puisqu’elles sont comptabilisées dans les immobilisations financières / autres participations à l’actif du bilan. Ces immobilisations s’élèvent à 928 millions d’euros en 2015 dans Sodiaal International (cf p 3/50 et le détail p. 36/50 de SI 2015). Le report à nouveau n’est constitué que de bénéfices et pertes.
Dans les immobilisations financières / autres participations de l’actif de Sodiaal International 2015, est enregistrée la valeur des parts de toutes ses filiales (détenues à plus de 50 % : Sodiaal dairy Trading Singapore 100 %, Sodiaal dairy Trading Shangai 100 %, Entremont 100 %, Candia 100 %, Sodiaal SPV marques 100 % et Sodiaal SPV produits frais 100 % derrière lesquelles on trouve Yoplait et les filiales à 50 % ou moins : Régilait, Nutribio, Liberté marques…).

Pourquoi les associés non coopérateurs ont-ils une meilleure
rémunération des parts sociales que les associés coopérateurs ?

Les administrateurs nous disent que les associés non coopérateurs sont des exploitants en retraite ayant décidé de laisser leur parts sociales placées chez Sodiaal ! Peut-on en avoir la preuve ? En effet, dans les rapports d’activités de Sodiaal Union, ils parlent d’activités avec des tiers non coopérateurs (Eurial…). Sodiaal peut-elle préciser si d’autres tiers, notamment industriels, seraient associés au capital de coopérative ?
Pourquoi ces associés non coopérateurs ont droit à un taux d’intérêt aux parts sociales supérieur aux associés coopérateurs ? Pourquoi pour 2015, par exemple, il s’avérait de 3,19 % pour les non coopérateurs contre seulement 1,19 % pour les coopérateurs ? (Cf. PV d’assemblée générale mixte de Sodiaal Union du 15 juin 2016). S’ils détiennent 10 % du capital de la coopérative, ils reçoivent, suivant les décisions, 25 % des intérêts distribués ! Les coopérateurs sont-ils d’accord ?

La valorisation de Yoplait

La Coordination Rurale comprend qu’en 2011, PAI Partners a vendu sa moitié de Yoplait à General Mills avec une bonne plus-value. En parallèle, Sodiaal International, pour acter cette plus-value, cède ses parts Yoplait pour 646 millions d’euros, générant ainsi une plus-value de 428 millions d’euros (646 -218 millions d’euros -valeur des parts de Yoplait au bilan de Sodiaal international avant opération) (cf page 99/143 des comptes publiés Sodiaal International 2011). Une cession correspondrait selon Damien Lacombe à une revalorisation ?

Les 428 millions d’euros de plus-value sont ainsi rentrés dans le résultat exceptionnel et donc dans le résultat de Sodiaal International 2011 qui s’élève à 519 millions d’euros, avec une bonne partie de mise en report à nouveau que l’on retrouve donc dans les 526 millions d’euros de 2016. En 2011, Sodiaal International touche par ailleurs 179 millions d’euros de dividendes et Yoplait lui rembourse un prêt pour 43 millions d’euros (p 35/143 Sodiaal International 2011 et p35/38 Yoplait SAS comptes sociaux 2011).
Cette année-là, malgré le résultat de 519 millions d’euros, Sodiaal International ne distribue que 3,5 millions d’euros.
En parallèle, General Mills et Sodiaal décident de scinder l’activité Yoplait en deux (marques et produits frais). Sodiaal International « acquiert » alors à 100 %, les deux SPV (Sodiaal Produits Frais et Sodiaal Produits Frais) inscrites à son actif pour respectivement 438 et 182 millions d’euros. Derrière ces deux business units, on retrouve Yoplait Marques SNC (détenu à 50 % par Sodiaal Marques SPV) et Yoplait SAS (détenus à 49 % par Sodiaal Produits frais SPV).
Il s’agit en fait de transfert de titres de Yoplait France à Sodiaal Produits Frais SPV (p14 /143 Sodiaal International 2011). Étant des participations, donc des immobilisations financières, ces prises de capital dans les Sodiaal SPV ne passent pas en charge.
A noter que dans les comptes des deux Sodiaal SPV, les chiffres d’affaires sont nuls. Les résultats sont seulement constitués des dividendes versés par Yoplait Marques et Yoplait SAS (moins quelques charges), soit en 2014 : 16,5 et 35,8 millions d’euros au titre des résultats clos le 30 avril 2013. En 2015, ce sont 17,4 millions d’euros et 49,8 millions d’euros que les deux Sodiaal SPV ont reçu de ses deux filiales Yoplait tandis qu’elles ne reversaient à Sodiaal International que 9,8 millions d’euros au total.
Les associés coopérateurs n’ont-ils pas le droit d’avoir la garantie et la preuve que les 49 et 50 % de résultats des Yoplait reviennent aux SPV ? De même, la part revenant à Sodiaal International ne pourrait-elle pas être justifiée ?
Dire que les usines, les différents outils, etc. appartiennent aux coopérateurs n’a plus de sens avec de tels montages, puisque aucun agriculteur ne récupère 1 centime de plus que ses parts sociales quand il cesse son activité ! Aucun coopérateur n’a vu ses parts sociales être réévaluées avec la revalorisation de Yoplait ! Il en serait de même, même si Yoplait (via ses deux Sodiaal SPV) était entièrement vendu demain, sauf à distribuer enfin le report à nouveau, mais à condition que ce ne soit pas pour honorer des dettes !

Liberté Marques

Selon un extrait traduit du rapport annuel 2014 de General Mills, « Au cours du troisième trimestre de l’exercice 2014, nous (GM et Sodiaal) avons formé Liberté Marques. Liberté Marques gagne un flux de redevances par des accords de licence avec certaines sociétés du groupe Yoplait pour les droits à Liberté et ses marques associées. Liberté Marques verse des dividendes chaque année sur la base de sa trésorerie disponible en fin d’année fiscale ».
Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce que Sodiaal récupère de Liberté Marques est sur des proportions identiques à celles que les producteurs récupèrent de Sodiaal International. Sodiaal International aura ainsi reçu en 2015 moins d’un million d’euros… Pour une si grande marque, l’équivalent Yoplait au Canada et aux US… Même si cela représente un rendement de plus de 7 % de ses parts détenues dans Liberté (rapport dividendes / valeur titres, p 36/50 Sodiaal International 2015), que Sodiaal nous explique sa stratégie quand elle nous parle aujourd’hui de reconquérir des marchés internationaux…

Les bénéfices distribués au niveau de la Coopérative Sodiaal Union

En ce qui concerne le montant total des bénéfices distribués par la coopérative Sodiaal Union (25 millions d’euros dont les 3,5 millions d’euros reçus de la holding), nous faisons juste confiance à Sodiaal car les derniers comptes publiés (mis à part des rapports d’activités succincts fournis aux coopérateurs) datent de 2013…

Il faut ajouter que les sommes perçues par les producteurs sont faibles, surtout quand une bonne part est capitalisée. Il est d’autant plus ridicule quand on connaît les primes reçues par les cadres salariés (notamment celles reçues sur les résultats 2016 !).

Plus précisément, le résultat de la coopérative résulte de la somme des dividendes versés par le groupe Sodiaal (environ 3,5 millions d’euros chaque année), du résultat positif des opérations faites avec les associés coopérateurs et du résultat des opérations faites avec les tiers non associés parmi lesquels il y aurait Eurial, ce dernier résultat affichant sur les derniers comptes publiés des “pertes” de 4,5 millions d’euros en 2012 et 14,5 millions d’euros en 2013.

Si le résultat de la coopérative en 2015 est de 24 millions d’euros avec 3,5 millions d’euros reçus en dividendes, 20,5 millions d’euros sont le résultat avec associés coopérateurs et tiers non associés. L’activité avec tiers non associés continue-t-elle à contribuer de façon négative au résultat final de la coopérative ?

« Sodiaal essaie de tenir toutes les exploitations… »

Lors de la manifestation de Malestroit, un administrateur a dit : « Il faut aussi convenir qu’on n’est pas là pour dire qu’on a des excédents qui sont mal valorisés donc il faut qu’on supprime 10, 20 ou 30 % […] On essaie de garder les collègues partout et de tenir toutes les exploitations. » Force est de constater que Sodiaal n’y arrivent pas puisqu’en 2017, le nombre de défaillances d’entreprises agricoles a encore augmenté de 10 %, avec un pic à 38 % pour le secteur de l’élevage !

Sodiaal aurait dû alerter clairement ses producteurs que le lait supplémentaire collecté n’avait pas de valorisation garantie. Dans ce cas, beaucoup auraient certainement adopté des stratégies d’investissement différentes et ne seraient pas en situation délicate, voire intenable, aujourd’hui. Les JA déchus de leur DJA et donc contraints de rembourser le montant des aides faute de rémunération suffisante auraient probablement apprécié !
Si Sodiaal se dit contrainte de collecter ses coopérateurs, y compris sans valorisation garantie, pourquoi leur inflige-t-elle des pénalités lorsqu’ils souhaitent livrer chez des concurrents ?

Opacité relative à la rémunération des dirigeants

Dans l’article de Ouest France du 26 janvier 2018, Damien Lacombe le « bénévole » dément percevoir de l’argent de la coopérative pour son mandat d’administrateur pendant qu’en même temps un administrateur avoue, à la manifestation de Malestroit, percevoir 2 400 € mensuels.

Évidemment, la Coordination Rurale ne s’oppose pas à la rémunération des administrateurs mais à condition que les coopérateurs soient bien défendus et s’y retrouvent. Ce n’est qu’une question de transparence et surtout de confiance !

Si Damien Lacombe veut apporter la preuve de ses allégations, Sodiaal, à l’instar de nombreuses autres coopératives françaises et notamment européennes, doit publier non seulement les rémunérations et les jetons de présences mais aussi les frais cachés tels que les indemnités de remplacement, de déplacement, les coûts de formation… de ses administrateurs ! Ce sont les producteurs coopérateurs qui les paient, ils ont au moins le droit de savoir où va leur argent !

C’est aussi valable pour les rémunérations des dirigeants salariés et le coût global moyen des cadres (rémunération avec charges, frais d’informatique, téléphonie, véhicule, primes et autres avantages) !

A propos de transparence, il est aussi invraisemblable que les coopérateurs doivent quémander, et le cas échéant payer, pour obtenir les nombreux comptes des filiales ou des informations précises sur leur propre outil, leur propre patrimoine ! Les coopérateurs sont capables de comprendre. Une synthèse du compte consolidé de Sodiaal Union sur le site Intranet et quelques explications orales et sommaires lors d’assemblées générales ne peuvent plus suffire !

Tant mieux si nous sommes de plus en plus nombreux à essayer de comprendre. En nous regroupant, en étant solidaires dans notre volonté d’obtenir la vérité, nous pourrons progresser efficacement !
Certes, nous voulons connaître notre avenir à court terme (prix du lait…) mais aussi et surtout à long terme. Nous voulons comprendre où Sodiaal souhaite nous conduire. Sa stratégie d’hier s’avère négative pour nos exploitations, il est légitime de se demander si sa nouvelle stratégie Value aura des répercussions positives dans nos trésoreries. Quand elle évoque une optimisation des achats par exemple, dans quelle mesure le prix de notre lait en sera-t-il impacté ? Les plus gros achats effectués par Sodiaal, c’est bien notre lait… Affaire à suivre…

L’objectif de la Coordination Rurale n’est pas de dénigrer la coopérative. Nous nous posons des questions sur Sodiaal, comme sur toutes les coopératives qui ont changé de périmètre. Nous voulons simplement comprendre, surtout au vu de l’investissement en parts sociales, l’intérêt supplémentaire que procure la coopération.



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