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Retours sur le 26e congrès national de la Coordination Rurale

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Retours sur le 26e congrès national de la Coordination Rurale

C’est près de 350 congressistes qui ont bravé le froid et les mouvements sociaux pour se rassembler au pôle évènementiel Le Tigre, près de Compiègne ce jeudi 5 décembre. Comme chaque année ces agriculteurs venus des quatre coins de la France ont pu échanger sur les actualités agricoles, discuter des orientations syndicales à venir et entendre de brillants intervenants sur des sujets d’actualité.

Denis Patrelle, président de la CR 60 et Régis Dubois, président de la CR Hauts-de-France ont ouvert ce 26e congrès national avec quelques mots sur la performance et le mérite de nos agriculteurs ainsi que sur l’absolue nécessité d’une unité et solidarité fortes pour sauver nos campagnes. Bernard Hellal, maire de Margny-lès-Compiègne et Nadège Lefebvre, présidente du Conseil départemental de l’Oise ont quant à eux insisté sur l’importance de l’agriculture pour le territoire et la richesse qu’elle apportait à nos territoires ruraux.

Table ronde : entre croyances et intérêts financiers, quelle place pour l’information scientifique ?

Pierre Bentata, professeur d’économie et conférencier et Jocelyne Porcher directrice de recherches à l’Inra, zootechnicienne et sociologue sont revenus lors de cette table ronde sur les liens entre agriculteurs, nature et antispécistes.

Tout repose sur l’idée que la nature est parfaite et même douée d’une forme de conscience. À partir de ce tableau idyllique et fantasmé il devient facile de définir l’humain comme une défaillance du système. Aux yeux des extrémistes, les agriculteurs et les éleveurs étant la preuve qu’il peut exister un lien direct entre l’homme et la nature ils doivent disparaître. Ces adorateurs vont jusqu’à promouvoir la viande cellulaire puisqu’elle vise à séparer l’Homme de la nature. C’est le but recherché par ces nouvelles religions. Faire disparaître l’Homme de l’équation ‘nature’ en abolissant toute forme d’interaction entre les deux. Pour combattre ces dérives sectaires il nous faudra, sans cesse, rappeler les faits. Rappeler que l’Homme est une composante de la nature, rappeler que la nature et les animaux sont mieux protégés aujourd’hui et ce grâce à l’action des Hommes.

Intervention d’Aurélie Trouvé sur la PAC

L’après-midi les congressistes ont été invités à suivre l’intervention d’Aurélie Trouvé, maître de conférences en économie à AgroParisTech et spécialiste de la Politique agricole commune (PAC).
En partant du « compromis néolibéral » de l’Union européenne, à savoir le dogme de la concurrence libre et non faussée érigé en pilier de la politique agricole, Aurélie Trouvé a démontré comment le démantèlement des outils de régulation des marchés agricoles au fil des réformes est responsable de la volatilité des prix. Un constat partagé par la CR, qui n’a cessé de pointer du doigt vingt-ans de réformes qui ont éloigné la Pac de ses missions fondamentales avec des conséquences délétères d’un point de vue économique (crises dans les différentes productions, dégradation de la balance commerciale), social (dégradation du revenu, baisse de la population agricole, précarisation de l’emploi salarié) et environnemental.
Les perspectives sont encore moins rassurantes pour la prochaine Pac : avec le principe de « subsidiarité accrue », le risque est d’avoir une Pac de moins en moins commune. De plus en plus de décisions majeures seront prises par les États dans le cadre du droit de la concurrence européen. De ce fait, les Plans stratégiques nationaux (PSN) que la Pac post 2020 vise à introduire limiteront davantage le rôle du Parlement européen et du Conseil des ministres tandis que la Commission européenne deviendra juge des PSN. En parallèle, aucune réintroduction de la régulation publique des marchés est envisagée.
Aurélie Trouvé met en avant deux objectifs qui devraient guider la prochaine Pac pour inverser cette tendance destructrice pour les agriculteurs européens : stabiliser les revenus à des niveaux décents en restaurant la valeur ajoutée produite (en évitant qu’elle soit captée en dehors du secteur agricole par les assurances, les entreprises de conseil, etc.) ; relégitimer les soutiens de la Pac attribués au monde agricole pour inciter à une transition des systèmes de production (mise en place de contrats de transition avec un accompagnement technique beaucoup plus important qu’aujourd’hui).
Pour l’experte, l’atteinte de ces objectifs nécessite des mesures indispensables : une régulation des prix et des volumes, la mise en place d’une réserve de crise efficace, une politique nationale de rééquilibrage du rapport de forces entre les différents maillons y compris les consommateurs et le développement d’une politique de la demande alimentaire associée.

Enfin pour clôturer ce 26e Congrès, Véronique Le Floc’h, réélue secrétaire générale de la CR a proposé une projection de l’agriculture française en 2050 avant de laisser le micro à Bernard Lannes qui a rappelé les dossiers chauds de l’année à venir : ZNT, accords, de libre-échange, foncier agricole et réforme de la PAC.

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