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Pour une agriculture paysanne, pour une agriculture de bons sens

Paul FRITSCH

Pour une agriculture paysanne, pour une agriculture de bons sens

Voici ci-dessous le rapport moral présenté par Paul Fritsch, Président, à l’occasion de l’Assemblée Générale de la CR67 qui s’est tenue le 4 mars 2020.

 

 

Chaque fois que nous nous retrouvons en Assemblée Générale, une année vient de s’écouler et une autre commence : c’est le cycle de la vie.

Comme toutes ces dernières années, et d’AG en AG, l’ambiance est morose, et que de pleurnicheries !
Tout va mal, et le coronavirus n’arrange rien, mais permet de mettre les vrais problèmes sous le tapis et de faire passer le 49.3 en douce sur un sujet pourtant crucial : les retraites et la pénibilité au travail pour l’âge à la retraite.

Nous Agriculteurs, subissons le manque de reconnaissance, le manque de revenus. Pour le revenu, c’était pourtant bien engagé avec les EGA où les prix de vente devaient être corrélés aux prix de revient. Mais malheureusement aujourd’hui, ce n’est pas le cas, et ce n’est pas que de la faute des politiques.

Lorsque l’on était jeune, c’est vrai, on était sans argent, mais on avait une telle envie de réussir – car la réussite c’était des gros tracteurs, beaucoup d’hectares – et l’on s’est lancé tête baissée dans l’aventure agricole qui aujourd’hui tourne au cauchemar. En levant la tête de notre guidon, nous voilà désabusés et désargentés.
Et non seulement nous avons mal au dos et dans les articulations, mais nous sommes devenus des indésirables, bref les mal-aimés de la société ou des mendiants des temps modernes. Qui comme des escargots qui se promènent avec leur coquille sur le dos, notre seul prestige est de se promener avec le beau et grand tracteur.
Oui des mendiants à la quête de subventions, de prime ou je ne sais quoi pour arriver à survivre.

Mon grand-père décédé en 1973 me disait « oh, ne t’en fais pas, demain ça ira mieux ! ». Aujourd’hui, je suis grand-père et c’est toujours pareil. Lorsque le maquignon venait le voir et lui proposait pas grand-chose pour sa vache ou son taureau, il lui disait : « Mais Nandel (mon père s’appelait Ferdinant), mais tu as encore toujours ton fumier pour engrais ! »
Aujourd’hui rien n’a changé, il nous reste pour bénéfice le fumier que l’on met dans le méthaniseur…

Durant 30 ans, nous avons compensé notre baisse des prix par l’augmentation de la productivité en mettant toujours plus d’intrants, en achetant des machines de plus en plus grandes, en arrachant les arbres et les haies pour des parcelles plus grandes afin d’être plus productifs. Et tel un toxicomane, on nous a rendu dépendant à ce système qui nous paupérise, dépendance scellée par cette PAC de 1992.

Oui, nous avons créé de la richesse, beaucoup de richesse : 1 agriculteur fait vivre 7 autres personnes. Mais cette richesse a été captée par d’autres et comme disait mon père : « tu peux te tourner comme tu veux, ton cul restera toujours derrière ».

Nos coopératives se sont enrichies sur notre dos et sont aujourd’hui devenues nos « saigneurs ».
Elles investissent à l’étranger avec notre argent pour finalement nous faire concurrence et tirer nos prix toujours plus vers le bas.
Et que font nos collègues « exploitants agricoles » ? Des gesticulations, des petits tours en tracteurs pour manifester et déposer du fumier sur la route et devant Alsace Nature, alors que le fumier serait tellement plus utile dans leurs champs.

« Faut faire des actions ! » Oui, mais pour faire quoi ? Bref l’immobilisme en action, car rien ne change si ce n’est l’aggravation de ce dénigrement ambiant.

Mes chers amis, mes chers collègues, qu’ont-ils fait de nous ? Des mendiants et des assistés… à l’affût des subsides de l’État, de la Région…
Nous sommes devenus des pestiférés, des pollueurs, des empoisonneurs.
Mais regardez les élections aux Chambres d’Agriculture de janvier 2019 !! C’est à croire que les exploités agricoles sont atteints du syndrome de Stockholm.

L’agriculture est entièrement déconnectée de son environnement et surtout les dirigeants ! Il suffit de regarder les rémunérations qu’ils s’octroient, supérieures à celles des ministres.

Mais, chers amis, je pense que les Français aiment leurs agriculteurs, car la France est un pays de Paysans. Mais tout a été fait depuis des décennies afin de nous couper de nos concitoyens.
Il est grand temps que nous retissions ce lien, car Tous Ensemble, nous pourrons sortir la tête haute de cette impasse.
Il est grand temps que nous changions notre façon de faire, nous ne pouvons pas continuer ainsi à vivre côte à côte, à côté de nos concitoyens, car sinon bientôt nous serons face à face…

Je pense que l’Agriculture peut être une des solutions et pas le problème, en mettant en œuvre une autre agriculture, une agriculture paysanne, une agriculture de bon sens qui donne du sens à notre vie et à notre si beau métier, une agriculture innovante et d’excellence en développant la vente directe, les circuits courts, etc.

Nous devons revenir à nos fondamentaux :

  • nourrir nos concitoyens sainement
  • rendre service à la société en stockant le carbone en pratiquant une agriculture bas-carbone
  • stocker et filtrer l’eau par nos sols
  • purifier l’air par l’effet de la photosynthèse de nos plantes
  • entretenir nos paysages

Mais pour cela, la société doit nous payer nos produits et nos services à leur juste valeur pour que nous puissions en vivre dignement et donc nous avoir une retraite digne.
Il faudra également nous aider à préserver nos terres agricoles : environ 60000 ha/an sont artificialisés et c’est pour cela que la CR67 s’est engagée à fond contre le GCO.

Oui, chers amis, les limites ne sont que dans nos têtes : « yes, we can ! »
Comme disait Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Merci.

 

Paul FRITSCH
Président de la CR67