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Que retenir du manifeste pour la souveraineté alimentaire solidaire de la FNSEA ?

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Que retenir du manifeste pour la souveraineté alimentaire solidaire de la FNSEA ?

On aurait pu espérer qu’une telle crise soit l’occasion d’une prise de conscience pour les dirigeants de la FNSEA, qu’ils comprennent l’importance pour tous les peuples du droit à disposer de leur alimentation.
Derrière de jolis mots comme « souveraineté alimentaire solidaire », la FNSEA cherche à répondre à la demande du président de la République et de la société, mais on ne peut s’y tromper et on voit bien que la FNSEA n’est pas prête de changer de paradigme.

Chassez le naturel, il revient au galop (voir encadré en fin d’article)

Alors que la FNSEA a depuis toujours prôné la vocation exportatrice, accepté la mondialisation de notre agriculture en traçant les grandes lignes de la PAC 92 avec son rapport pour le Xe plan fin 1987, communiqué pour défendre les intérêts des industries agroalimentaires, soutenu qui fallait s’adapter au marché mondial, prétendu qu’il fallait produire plus pour gagner plus, demandé aux agriculteurs et aux structures agricoles de gagner en compétitivité, aujourd’hui, la même FNSEA souhaite être capable de répondre à l’enjeu de la souveraineté alimentaire !

Mais que faut-il comprendre de la souveraineté alimentaire solidaire vue par la FNSEA ?

Sur la forme :

On retrouve dans ce manifeste tous les mots et concepts creux à la mode : pacte, croissance durable, transition écologique, économie circulaire, recherche et innovation, juste partage de la valeur…

Un simple exemple :
« Elle est indissociable du respect de conditions de production durables via des règles sociales et environnementales adaptées, et des conditions de rémunération des producteurs permettant d’assurer la résilience des exploitations. »
Adaptées à quoi, à la protection et la rémunération des salariés et des agriculteurs ou des règles adaptées à la compétition des marchés mondiaux ? Quelles sont les actions à mettre en œuvre pour assurer la résilience des exploitations : se battre pour des prix rémunérateurs (comme la CR depuis sa création) ou accepter de rester asservi au même système économique, de production et de commercialisation et ne surtout pas toucher au macroéconomique ?

Sur le fond :

Dans son programme, la FNSEA recycle son contrat de solutions (le 1er axe : pacte entre citoyens et agriculteurs), affirme que les EGA permettront aux agriculteurs d’obtenir de dignes revenus, le combat de gladiateurs entre les agriculteurs du monde entier doit perdurer, place aux pays qui ont des moyens à accorder à la recherche et à l’innovation, les accords de libre échange et l’OMC restent les règles de ce jeu de dupe dont l’issue des combats sera toujours la disparition du plus faible !
Mais pour la FNSEA, ce sera très bien parce que juste…

En effet, par exemple quand la FNSEA écrit : « la souveraineté alimentaire c’est aussi affirmer que notre agriculture participe à fournir des denrées aux pays qui n’ont pas la chance d’avoir une production suffisante et diversifiée sur leur sol. »
On est loin du droit à disposer de leur alimentation pour tous les peuples et on pourrait penser, au vu des nombreux précédents, que la FNSEA part du principe que nos exportations à bas prix vont les aider. Or, cette vocation exportatrice déstructure la souveraineté alimentaire des pays tiers.

« corriger nos fragilités »

Lors de la conférence de presse de présentation, Jérôme Despey indique qu’il faut corriger nos fragilités structurelles et notamment la taille moyenne de nos exploitations (125 ha) qu’il compare à celle de l’Allemagne (246 ha) ou à celle de l’Ukraine (1 950 ha).
Autrement dit, il souhaite augmenter la taille de nos exploitations pour être compétitif. Renouvellement du vœu formulé dans le rapport du Xe plan en 1987 ?

« Souveraineté alimentaire solidaire » – Quand la FNSEA garde son cap et fait évoluer ses éléments de langage…

Finalement, la FNSEA nous présente le Xe plan version XXIe siècle. Malheureusement, quand on défend depuis autant d’années les intérêts troubles des industries agroalimentaires et des firmes d’import-export, il est évident que l’exception agriculturelle, telle que la Coordination rurale l’entend, reste la hantise de la FNSEA.

A l’inverse, la CR est née sur ce projet d’exception agriculturelle

Quand le président de la République admet le 12 avril dernier que « déléguer notre alimentation [était] une folie », et qu’il s’engageait à assumer « les décisions de rupture » nécessaires pour y remédier, la CR se réjouit et tient à lui apporter tout son soutien.

La FNSEA défend surtout les filières et l’agrobusiness

-1989-1992 : « Le prix du marché mondial apparaît comme le prix dont il faut se rapprocher » (« L’agriculture face à son avenir »).
– 1997-1998 : « Exporter à bas prix et se rattraper en jouant sur les volumes » (Congrès CNJA 1997). « La FNB propose donc une baisse de 15 % et Luc Guyau a obtenu l’accord de ses collègues européens au sein du COPA » (Courrier de l’Ouest 10/12/98).
– 2003 : la hausse du prix du blé « n’a pas forcément d’intérêt pour nous » (Président AGPB).
– 2005 : contre l’application du coefficient multiplicateur maximum pour les fruits et légumes, pourtant entériné par la loi.
– 2009 : contre la grève du lait qui a fait remonter le prix.
Pour Jean-Michel Lemétayer (président FNSEA et ancien président FNPL), ce fut une aberration : « On ne peut pas laisser croire aux éleveurs qu’une grève du lait va faire augmenter les prix, dans toute l’Europe, du jour au lendemain ». Il avait tort !
– 2010 : lors des débats sur la Loi de modernisation agricole, l’APCA s’est opposée à l’étude des coûts de production par l’Observatoire de la formation des prix et des marges. Ces dernières années, la FNSEA-JA joue un double jeu pour tranquilliser sa base en reprenant à son compte les prix rémunérateurs. Mais elle se dévoile et divise.
– 2010 : les JA accusent les céréaliers d’être responsables de la hausse des prix de l’aliment. Ils proposent de contractualiser avec un prix plafond.
– 2011 : loi de simplification Warsmann. FNSEA et Coop de France jugent le système équilibré et refusent la vente directe des céréales aux éleveurs.
– 2012 : reprenant leur raisonnement de 2010, la FNSEA et ses syndicats spécialisés proposent aux céréaliers de verser volontairement une cotisation pour aider les éleveurs (pour la modernisation, mais pas pour nourrir leurs bêtes), mais toujours pas d’indexer le prix des productions animales sur le coût de l’aliment.
– Jusqu’à l’entrée de la CR au Cniel en 2016 : la FNPL, seul syndicat présent, y valide la baisse du prix du lait et se félicite d’accords conduisant à des prix inférieurs aux coûts de production !
– 2017 : consultation des EGA
La FNSEA suit la CR dans sa demande d’inverser la construction du prix afin qu’elle s’appuie sur les coûts de production des producteurs. Or, la FNSEA se satisfait que ce changement ne concerne que les productions sous contrat qu’elle encourage pour toujours mieux sécuriser l’aval et, comme la Conf’, minimise le besoin des producteurs.

Sur la libéralisation et l’agrandissement

– 2016 : « Quand on est à la FNSEA, on est favorables à la libéralisation des marchés », Arnold Puech d’Alissac, administrateur à la FNSEA, au sujet du TTIP ou TAFTA.
– 2016 : « Je veux des fermes de 200/300 vaches qui ont la capacité à comprimer leurs coûts de production que n’ont pas les exploitations de plus petite taille. » (Christiane Lambert)
– le Xe plan 1987 : « l’agrandissement des exploitations nécessaire à la compétitivité est une priorité. »

La FNSEA a toujours été contre
le principe de maîtriser la production

– 1997 : « L’idée fondamentale des jeunes est de gagner plus en produisant plus » (C. Lambert)
– 2006 : « Laissez-nous produire davantage afin de gagner en productivité »
– 2011 : Xavier Beulin « Il faut produire plus et à moins cher»
– février 2015 : André Bonnard, secrétaire général de la FNPL : « Nous avons préparé de longue date la sortie des quotas laitiers. À court terme, il n’y aura pas de changement notable […]. Si nous n’avions pas adopté la contractualisation les entreprises, surtout les entreprises privées comme Lactalis, Bongrain ou d’autres, auraient pu manquer de volume ou faire face à la volatilité des prix. »

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