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Promotions abusives : mon travail d’éleveuse n’a plus aucune valeur !

catherine laillé représentante CR aux EGA pour l'atelier 6

Promotions abusives : mon travail d’éleveuse n’a plus aucune valeur !

Catherine Laillé représentait la Coordination Rurale à la dernière réunion de travail à la DGCCRF au sujet du projet d’ordonnance relative à l’encadrement des promotions pour les denrées et certains produits alimentaires.

Ce projet a soulevé de vifs débats. Il prévoit le plafonnement des avantages promotionnels à 34 % du prix de vente au consommateur. Encadrer les promotions est-ce trop demander ? Il me semble que c’est un point indispensable pour stopper la déconnexion entre le prix d’achat et la valeur réelle du produit.

« Je suis éleveuse de porcs “label rouge” en Loire-Atlantique et je suis profondément choquée de voir des côtes de porc vendues à 1,90 € le kilo alors que des croquettes pour chien sont à 5 € le kilo !
C’est mentir totalement sur la valeur économique du produit !
Je suis convaincue qu’il faut insister auprès du consommateur et lui expliquer la nécessité des prix alimentaires justes parce que c’est aussi une question de santé.

S’il me semble évident qu’il faut encadrer les promotions pour préserver une cohérence entre le prix d’achat et la valeur du produit, je suis bien consciente qu’il s’agit d’une solution secondaire qui n’aura au final que peu d’impact sur le prix qui nous est payé à nous agriculteurs. L’argument de mes détracteurs est : « il faut bien écouler les surplus de production ». Pourtant ce sont bien les industriels et nos coopératives qui organisent des surproductions ponctuelles.
Si on avait une politique de régulation des productions, nous n’aurions pas à faire des promos !

Pourquoi les industriels et la grande distribution se battent pour les garder ? Car ce sont des produits d’appel : tout le monde a besoin de se nourrir, s’ils proposent toujours moins chers nos produits de qualité c’est pour mieux vendre des lessives ou autres …

Ce sujet montre l’opposition idéologique existant avec l’autre syndicat « dit majoritaire » qui par la voie des interprofessions se range du côté des industriels et des GMS en démontrant la nécessité des promotions pour écouler la production agricole. Serait-ce pour mieux faire tourner des structures dont ils ont également la charge ?

Si jusqu’à présent les agriculteurs participant aux discussions interprofessionnelles défendaient les promotions il est logique de voir ces dernières faire pression sur le gouvernement pour réécrire totalement cette ordonnance. Heureusement la CR a fait son entrée dans les interprofessions et tente de lutter contre ces promotions abusives.
Mais là encore la tâche n’est pas simple car pour obtenir un accord interprofessionnel pour encadrer les promotions il faut la signature de tous les acteurs : pas d’accord , pas d’encadrement … les distributeurs et les industriels gagnent sur tous les tableaux !

Il est urgent de réguler les productions et de garantir une juste rémunération des agriculteurs par l’instauration de prix couvrant a minima les coûts de production. Ce sont là des mesures indispensables pour protéger les producteurs (et les intermédiaires). »