L'info régionale

Réseaux sociaux

Portrait : Gonzague Bachelier, le parcours d’un jeune installé

Gonzague Bachelier

Portrait : Gonzague Bachelier, le parcours d’un jeune installé

Retrouvez le témoignage de Gonzague Bachelier sur son installation dans le Cher.

Quel a été ton parcours ?

Je dirais que j’ai un parcours peu commun… J’ai suivi une formation agricole plutôt classique (BEP, puis bac pro CGEA) jusqu’en 2001. À la sortie du lycée agricole, j’ai enchaîné plusieurs postes de salarié agricole, pour ensuite être vendeur en concession agricole jusqu’à mon installation. C’est peu banal, surtout si on considère que je ne suis pas issu du milieu agricole.
Mon parcours pour m’installer n’a pas été simple, c’est le moins que l’on puisse dire. J’ai commencé à rechercher une exploitation en 2009, et j’ai monté 3 dossiers, plus ou moins aboutis. Il m’aura fallu attendre le quatrième pour pouvoir enfin m’installer !
Dans les trois premières tentatives, j’ai été évincé au profit d’autres agriculteurs. Sans entrer dans les détails, je pense qu’il faut tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle quand on est jeune, l’accès au foncier est facile parce que l’on est prioritaire. Ce n’est pas si simple, et surtout pas vrai dans tous les cas !
Au bout de presque quatre ans, j’étais devenu un habitué des commissions Safer et CDOA, et on a fini par me proposer une ferme céréalière sur la commune de Levet, à une dizaine de kilomètres au sud de Bourges. Sa particularité : elle n’était pas exploitée depuis 3 ans, il y avait donc tout à faire.
Je me suis lancé en début d’année 2013, avec l’accord de l’ancien propriétaire exploitant, qui souhaitait installer un jeune. Mais cela a été difficile : les terres n’étaient pas exploitées depuis 3 ans, et, une fois le bail signé, le propriétaire quittait les lieux. Je n’ai pas bénéficié de la transmission d’expérience du cédant, comme c’est souvent le cas. Je ne le reproche pas à l’ancien exploitant, il n’en avait pas l’obligation, mais cela aurait certainement facilité mes débuts.

Comment analyses-tu tes premières années ?

Je retire de ces premières années que le parcours à l’installation n’est pas aussi enjôleur que cela est présenté aux jeunes : il y a beaucoup de barrières à faire tomber et la course à l’agrandissement est une réalité. Pour ce qui est des aides, j’avais simplement bénéficié de la DJA, injectée dans le capital social de l’exploitation. À cette époque, les prêts bonifiés n’avaient aucun intérêt compte tenu des taux pratiqués par les banques.
Malgré tout, j’ai réalisé un avenant par an, j’arrive au bout cette année. S’ils n’ont pas tous été facturés, quand ils le sont cela coûte 400 euros à chaque fois et c’est beaucoup de paperasse.
J’ai en plus subi des années particulièrement difficiles : 2013 et 2014 ont été très humides et malheureusement tout le monde a subi de plein fouet l’année 2016, catastrophique dans notre région. Sur cette période, j’avais fait le choix de contracter une assurance récolte et je dois dire qu’elle m’a empêché de sombrer. Depuis que je me suis installé, j’ai malheureusement fait jouer tout ou partie des clauses chaque année…

Quels sont tes projets pour les années à venir ?

Je suis persuadé que sur une ferme comme la mienne il est très difficile d’envisager de poursuivre l’exploitation en se contentant d’une simple rotation triennale et de livraisons en coopérative. J’ai donc fait le choix de me diversifier et de créer de la valeur ajoutée.
J’ai transformé les bâtiments d’exploitation en gite rural et je transforme une partie de ma production en farine de tradition, vendue en direct aux boulangers. C’est du temps, de l’investissement, et finalement un nouveau métier pour lequel j’étais peut-être mieux préparé que d’autres avec mon passé de commercial.

Et l’engagement syndical ?

Dès mon installation, j’ai rejoint le comité cantonal JA, sans toutefois adhérer à la FDSEA comme le faisaient quasiment tous mes collègues. Je n’étais pas en phase avec leurs idées. J’avais déjà eu l’occasion d’échanger avec des responsables syndicaux d’autres structures, dont le président de la CR36, Michel Cartier, mais aussi de participer à un congrès de la Coordination Rurale qui se tenait à Bourges.
Alors que j’étais devenu président du syndicat cantonal JA, j’ai fait le choix d’adhérer à la Coordination Rurale (comme le font ceux qui adhèrent parallèlement à la FDSEA) mais c’est ma nomination en tant que responsable cantonal CR qui a mis le feu aux poudres. On m’a alors indiqué qu’il fallait « choisir mon camp »…
Aujourd’hui j’ai quitté le CCJA et je m’implique dans la CR. Je suis suppléant en CDOA et je serai candidat sur la liste CR aux élections Chambre d’agriculture. Je veux faire bouger les choses, inciter de plus en plus de jeunes à faire le choix de la CR.
Pour moi, il est primordial que nous puissions vivre des prix de nos produits. Si on nous achetait tout simplement notre blé au prix qu’il vaut, nous n’aurions pas tous ces problèmes : un travail administratif qui aujourd’hui me prend au minimum 7h par semaine, des aides qui sont versées tardivement (je suis engagé dans une MAE, je n’ai pour l’instant perçu que l’aide 2016 !), la possibilité d’anticiper les mauvaises années en épargnant les bonnes…
Tout irait bien mieux. C’est pour défendre ces idées que je suis à la CR.

Qu’aimerais-tu changer à la Chambre d’agriculture en tant qu’élu ?

Tout d’abord avoir réellement accès à des services. Je suis maître d’apprentissage et j’ai demandé un accompagnement pour remplir ma DUER. Il n’y en a pas et… on m’a renvoyé vers la FDSEA (qui ne le fait pas non plus…).
Je suis convaincu de l’intérêt pour les jeunes de suivre des formations en apprentissage. Je viens de signer un deuxième contrat à la suite, pas pour avoir de la main-d’oeuvre mais bien parce que j’aime transmettre aux jeunes. Je n’étais pas parti pour me lancer aussi tôt, mais j’ai été sollicité pour rendre service à mon ancien patron et j’y ai pris goût. Par contre, il faut bien que l’on se rende compte que c’est une charge financière lourde et un gros investissement en temps. Il faut donc nous faciliter les choses et je ne comprends pas que la Chambre d’agriculture ne nous y aide pas !
Pour les jeunes, je voudrais que le stage 21h qui sera proposé par notre département soit en phase avec la réalité du terrain. De ce stage, je ne ressors rien qui m’ait été utile en tant que jeune installé. Ce devrait être l’occasion de faire voir des fermes, des situations concrètes pour que les jeunes sachent où ils mettent les pieds ! Pour moi, il n’y a rien de mieux que l’expérience de terrain.