Les incendies qui ont frappé la France cet été ont une nouvelle fois démontré le rôle essentiel des agriculteurs dans la protection des territoires. Présents sur le terrain, disposant de matériels adaptés et d’une connaissance fine des parcelles, des chemins et des points d’eau, ils interviennent régulièrement aux côtés des pompiers et des élus locaux.

Pour la Coordination Rurale, cette mobilisation ne peut plus reposer uniquement sur la bonne volonté et la solidarité du monde agricole. Elle doit être anticipée, organisée, reconnue et financée.

La CR porte six propositions concrètes pour renforcer la prévention et la lutte contre les  incendies.

  1. Organiser la mobilisation des agriculteurs au plus près du terrain

L’expérience montre que les interventions les plus efficaces reposent sur une coordination locale entre sapeurs-pompiers, élus, acteurs de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) et agriculteurs.

Les agriculteurs connaissent leur territoire : accès aux parcelles, chemins praticables, points d’eau, relief, cultures ou zones permettant de ralentir la progression d’un feu. Cette connaissance doit être pleinement intégrée aux dispositifs locaux de prévention et d’intervention.

2. Recenser les agriculteurs volontaires et les matériels disponibles

La Coordination Rurale propose la création, autour des casernes et services d’incendie et de secours, d’un recensement des agriculteurs volontaires susceptibles d’être mobilisés en cas d’incendie. Ce dispositif permettrait d’identifier en amont les compétences et les équipements immédiatement disponibles : tracteurs, tonnes à eau, déchaumeurs, disques et autres matériels agricoles utiles. Ce recensement doit être accompagné d’un volet de formation, afin que les agriculteurs puissent intervenir efficacement et en toute sécurité, dans un cadre parfaitement coordonné avec les secours.

3. Indemniser les agriculteurs mobilisés

Participer à la lutte contre un incendie représente du temps, du carburant, une immobilisation du matériel et parfois une usure importante des équipements. La solidarité ne peut pas signifier la gratuité systématique.

La CR demande donc la mise en place d’un dispositif d’indemnisation des agriculteurs volontaires mobilisés, prenant en compte le temps consacré à l’intervention, l’utilisation des engins agricoles, le carburant ainsi que l’usure du matériel.

4. Créer davantage de pare-feux, plus larges et mieux entretenus

La lutte contre les incendies commence bien avant le départ du feu. La Coordination Rurale demande la création de pare-feux plus larges, plus nombreux et régulièrement entretenus, en s’appuyant notamment sur les terres travaillées et les cultures irriguées.

L’agriculture doit être considérée comme une composante essentielle de l’aménagement et de la protection des territoires face au risque incendie.

5. Développer les retenues d’eau dans les territoires à risque

L’accès rapide à l’eau constitue un enjeu majeur lorsqu’un incendie se déclare. La CR demande donc de densifier le maillage des retenues et des points d’eau, particulièrement dans les territoires exposés aux feux de forêt et de végétation.

Ces infrastructures ont plusieurs fonctions : elles participent à la résilience des exploitations agricoles, mais peuvent également constituer des réserves stratégiques pour les services de secours.

6. Faire financer ces dispositifs par le budget de l’environnement

Prévenir les incendies et protéger les populations, les habitations, les forêts, les paysages et la biodiversité relève d’une politique générale de protection des territoires. Il n’est donc pas acceptable que les investissements nécessaires soient supportés par les seuls budgets consacrés à l’agriculture.

La Coordination Rurale demande que les dispositifs de prévention des incendies, notamment la création de pare-feux et de retenues d’eau à vocation de protection des territoires, soient financés par les crédits consacrés à l’environnement et à la prévention des risques, et non au détriment du budget agricole.

Reconnaître ceux qui protègent déjà les territoires

Lors des incendies, les agriculteurs ne sont pas de simples spectateurs. Ils mettent leurs tracteurs, leurs tonnes à eau, leurs outils et leur connaissance du terrain au service de la collectivité, parfois au péril de leur propre exploitation.

La Coordination Rurale demande que cette réalité soit enfin traduite dans les politiques publiques.

Recenser, former, coordonner et indemniser les agriculteurs volontaires ; multiplier les pare-feux et les réserves d’eau : la France doit construire une véritable stratégie territoriale de prévention des incendies dans laquelle l’agriculture occupe toute sa place. Pour la Coordination Rurale, protéger l’agriculture, c’est aussi protéger les territoires.

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