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Nos huiles végétales : mieux vaudrait les consommer que de rouler avec !

Champs de colza

Nos huiles végétales : mieux vaudrait les consommer que de rouler avec !

N’est-il pas dommage de destiner l’huile de colza à nos moteurs alors qu’elle est bonne pour la santé et que l’UE est déficitaire en huiles pour sa consommation humaine ? La CR préconise ici un renversement d’approche, plus favorable aux agriculteurs et aux consommateurs.

L’UE est déficitaire à 69% en huiles alimentaires.

Sans les importations de graines d’huiles et de graines oléagineuses, l’Europe ne parviendrait pas à satisfaire sa demande intérieure en huiles alimentaires.

Ensemble, les deux principales productions d’huiles, colza et tournesol, représentent 13,6 Mt, face à une consommation de 13 Mt pour l’alimentation humaine. Mais il ne faut pas oublier que cette production d’huile repose en partie sur des importations de graines : 3,3 Mt de graines de colza et 0,8 Mt de graines de tournesol ont été importées en 2016. A raison de 45% de teneur moyenne en huile, ces importations de graines contribuent à hauteur de 1,8 Mt de la production européenne d’huiles.

Sans elles, la production d’huile de colza et tournesol ne serait que de 11,8 Mt et ne couvrirait donc pas la consommation humaine.

Le calcul réalisé pour l’ensemble des huiles et graines montre une dépendance encore plus importante. Seuls 10 Mt d’huiles sont produites à partir de graines européennes (3). Or, la consommation humaine, on l’a vu, est de 13 Mt.

Même en ignorant le débouché biocarburant et en faisant comme si toute l’huile allait à la consommation alimentaire, le compte n’y serait pas.

 

La production de biocarburants ouvre la porte aux  importations d’huile de palme !

Curieusement, les 10 Mt d’huiles utilisées pour la production de biodiesel correspondent aux 10 Mt d’huiles importées et également aux 10 Mt d’huiles produites à partir de graines récoltées en UE.

Pour faire tourner cette filière, une substitution et une délocalisation partielles de la production sont donc nécessaires.

Près de 6 Mt d’huiles ont été importées en 2016 pour satisfaire la consommation humaine, dont notamment 3,3 Mt d’huile de palme et 1,5 Mt d’huile de tournesol.

En outre, l’UE importe près de 15 Mt de graines de soja, qu’elle valorise en tourteaux pour l’alimentation animale. Mais après trituration, il reste 2,2 Mt d’huile à écouler sur le marché européen, pour grande partie en alimentation humaine (4).

Il apparaît donc certain que l’arrêt du biodiesel (10 Mt) permettrait à la production d’huile européenne de mieux servir la demande alimentaire. L’orientation d’une grosse part de la production d’huile européenne sur la production de biocarburant (en France, les 2/3 du colza finissent en Diester) augmente le volume des importations nécessaires pour satisfaire la demande alimentaire.

La filière biodiesel européenne elle-même n’est pas autosuffisante. Sur les 10 Mt utilisées à cette fin, 4,3 Mt sont importées, dont 3,4 Mt d’huile de palme. Il faut y ajouter les 1,3 Mt d’huile issue de graines de colza importées (5). Au final, seules 4,7 Mt de biodiesel sont issues de graines produites en UE.

 

Dommage d’utiliser une huile riche en oméga 3 pour faire rouler des voitures !

Outre les ravages environnementaux qu’elle provoque (déforestation, perte de biodiversité, émission de gaz à effet de serre), l’huile de palme, très riche en acides gras saturés (50% d’acide palmitique), n’est pas bénéfique pour la santé.

A contrario, l’huile de colza contient peu d’acides gras saturés (7%) et elle a un profil équilibré entre oméga 9 (61%), oméga 6 (21%) et oméga 3 (11%). Elle est de plus économique et pratique car utilisable en cuisson et en assaisonnement.

La teneur en oméga 3 de l’huile de colza en fait un aliment particulièrement favorable à la santé car il est admis que la population européenne est carencée en acide alpha-linolénique (autre nom de l’oméga 3), un acide gras essentiel que le corps ne peut pas produire lui-même. Il joue un rôle protecteur sur le plan cardiovasculaire, cérébral et anti-inflammatoire (6). Quel dommage qu’une huile si bonne pour la santé soit finalement destinée, après estérification, à des moteurs !

L’huile de soja, pour sa part, fait moins bien que l’huile de colza, avec 8% d’oméga 3 mais 51% d’oméga 6, autre acide gras essentiel mais déjà surabondant dans notre alimentation et pro-inflammatoire.

 

Il ne faut pas se tromper de plan de filière, ni de plan protéines !

Au niveau français, Terres Univia et la FOP cherchent à nous vendre leur plan de filière reposant sur le développement des biocarburants à base d’huile de colza, en arguant que les tourteaux de colza (34% de protéines) contribuent à l’autonomie protéique de notre pays.

Il est vrai que ces tourteaux permettent d’importer moins de soja pour l’alimentation animale mais il n’est pas nécessaire d’estérifier l’huile de colza pour atteindre cet objectif. La consommation alimentaire pourrait constituer un débouché bien plus rémunérateur pour les agriculteurs et plus utile à la santé publique que le débouché énergétique.

L’erreur est humaine, persévérer  est diabolique (Sénèque).

Lorsque la FOP, l’ONIDOL et Sofiprotéol ont engagé la filière des oléagineux français dans le Diester  elles ont commis une lourde erreur en rabaissant nos productions d’huile de qualité à un substitut du pétrole et en espérant devenir ainsi de véritables émirs du pétrole vert.

Aujourd’hui Terre Univia, notre interprofession, devrait changer radicalement de direction et utiliser nos CVO pour ce pourquoi elles sont faites : assurer à nouveau la promotion des huiles de qualité de colza et de tournesol auprès des consommateurs.

Le plan de filière ferait donc mieux de promouvoir la qualité nutritionnelle de l’huile de colza auprès des consommateurs plutôt que de vouloir en faire un carburant dont le prix est indexé sur celui du pétrole.

Si la production de biodiesel devait perdurer, elle devrait alors reposer sur les importations d’huile de palme, de médiocre qualité nutritionnelle.

De plus, il serait profitable de développer la culture de tournesol oléique (plus riche en oméga 9 qu’en oméga 6), de mobiliser la recherche sur l’enrichissement des graines de tournesol en oméga 3 et d’augmenter la production de graines de lin (donnant une huile contenant 56% d’oméga 3), pour l’alimentation animale et humaine.

Ce renversement d’approche et de marché, attendu par les consommateurs et source d’une meilleure rémunération pour les agriculteurs, doit être coordonné au niveau européen, par une politique agricole protectrice et rééquilibrant les productions.

________________

(1)- Source : FEDIOL (fédération européenne des industriels des tourteaux et huiles végétales), année 2016, http://www.fediol.be/web/statistics%202016/1011306087/list1187970250/f1.html, comme tous les chiffres cités dans cet article
(2)- Hors d’huile d’olive (1,7 Mt)
(3)- Détail du calcul : 17 Mt d’huiles produites – 6,9 Mt d’huiles issues des 19,7 Mt de graines importées (35% de taux d’huile en moyenne) = 10 Mt de production d’huile UE issue de graines UE
(4)- À noter qu’aux USA, l’huile de soja est la plus consommée
(5)- À supposer que les 3,3 Mt de graines de colza importées soient toutes orientées sur le biodiesel
(6)- https://www.ocl-journal.org/articles/ocl/pdf/2006/05/ocl2006135p331.pdf



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