Pendant que nous regardions ailleurs, Bruxelles a bradé nos assiettes. En l’espace de quelques semaines, trois accords de libre-échange ont été signés ou entérinés. L’agriculture française y sert, une fois de plus, de monnaie d’échange.
Il faut parfois que les chiffres crèvent l’écran pour qu’on mesure l’ampleur d’une capitulation. Le 24 mars 2026, l’Australie et l’Union européenne ont signé un nouvel accord commercial en grande pompe, sous les yeux souriants d’Ursula von der Leyen, en visite à Sydney. Dans les jours qui précédaient, c’est l’accord UE-Mercosur qui était officialisé pour une application provisoire dès le 1er mai — malgré l’opposition de la France et le recours du Parlement européen devant la justice. Et, deux mois plus tôt, un traité avec l’Inde après vingt ans de négociation venait clore ce triptyque.
Trois accords. Trois coups de boutoir contre notre agriculture. Et dans chaque texte, la même logique implacable : les industriels européens vendent leurs voitures, leurs machines et leurs vins. En échange, les éleveurs français paient la note.
« L’alimentation est devenue une variable d’ajustement dans des négociations industrielles que les agriculteurs n’ont jamais choisies. » Chantal Jean, présidente de la CR Normandie
Les chiffres de la trahison
Prenons l’accord australien, présenté comme un succès pour l’automobile européenne. Certes, les véhicules électriques bénéficieront d’exonérations fiscales. Mais, en contrepartie, ce sont 30 600 tonnes de bœuf australien supplémentaires qui entreront sur le marché européen sur dix ans — et 25 000 tonnes de viande ovine et caprine. Du bétail élevé à l’herbe, dans des conditions et à des coûts que nos éleveurs, soumis aux normes françaises et européennes, ne peuvent tout simplement pas concurrencer à armes égales.
CE QUE NOUS MANGEONS EN ÉCHANGE D’UNE BERLINE ÉLECTRIQUE
- 30 600 t de bœuf australien supplémentaires sur 10 ans (accord UE-Australie)
- Viandes bovines, volailles, sucre, soja sud-américains facilités (accord Mercosur, applicable au 1er mai)
- Textiles, électronique, pharmaceutique indiens en échange de vin et de pâtes (accord UE-Inde)
Avec le Mercosur, c’est encore plus brutal. L’accord ouvre les vannes aux viandes bovines et aux volailles du Brésil, d’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay — des pays où les standards sanitaires, environnementaux et sociaux sont sans commune mesure avec ceux imposés à nos éleveurs. Les mêmes normes que la France exige de ses agriculteurs, elle les interdit d’exiger des importateurs. C’est à cette incohérence fondamentale que personne à Bruxelles ne veut répondre.
La souveraineté alimentaire, on en parle
Depuis le Covid, le mot « souveraineté » est sur toutes les lèvres. Souveraineté énergétique, industrielle, sanitaire. Et alimentaire — théoriquement. Mais quand vient le moment de défendre concrètement cette souveraineté à la table des négociations commerciales, nos représentants à Bruxelles l’échangent volontiers contre des quotas miniers et des débouchés pour l’industrie automobile.
La Coordination Rurale nationale l’a dit clairement : il est « inacceptable que l’agriculture et l’alimentation deviennent une monnaie d’échange dans des négociations industrielles et géopolitiques ». Ce n’est pas un slogan corporatiste. C’est une réalité. Affaiblir les éleveurs, c’est fragiliser directement la capacité de l’Europe à nourrir ses propres habitants avec des produits dont elle connaît la traçabilité, la qualité et les conditions de production.
« Nos éleveurs ne demandent pas de privilèges. Ils demandent qu’on ne les tue pas à petit feu. » ajoute Chantal Jean
Ce que nous pouvons encore faire
Ces accords ne sont pas tous définitivement bouclés. L’accord UE-Australie doit encore être approuvé par le Conseil européen. Le Parlement européen a saisi la justice sur le Mercosur. Il reste des leviers — à condition que les citoyens s’en emparent.
Interrogeons nos élus. Demandons à notre député européen comment il votera. Regardons l’étiquette d’origine sur notre steak. Soutenons les filières locales.
Nous, peuple de France n’avons pas été consulté sur ces choix de civilisation. Mais nous pouvons encore nous faire entendre — avant que les dernières fermes ne rendent les clés.
Sources : traité UE-Australie (24 mars 2026), Commission européenne (accord Mercosur, 23 mars 2026), accord UE-Inde (27 janvier 2026), Coordination Rurale (communiqué, section Viandes).