En Normandie, près de 10 500 agriculteurs ont aujourd’hui plus de 60 ans, soit environ un tiers des exploitants. Un chiffre alarmant qui traduit un déclin démographique de la population agricole arrivé à un point critique. La Coordination Rurale exprime sa profonde inquiétude face à cette réalité, symptôme d’une crise structurelle qui met en péril l’avenir des fermes normandes.

Un manque de relève de plus en plus marqué

Malgré les efforts entrepris pour encourager l’installation de jeunes, la relève peine à se concrétiser. Les jeunes agriculteurs normands (moins de 35-40 ans) sont aujourd’hui moins nombreux qu’il y a dix ans. Pourtant, leur profil évolue : ils sont désormais plus diplômés. En 2021, 46 % des porteurs de projet avaient au moins un niveau Bac + 2.

« Nous faisons tout ce que nous pouvons pour redonner envie aux jeunes de s’installer, mais les actualités récentes, les attaques incessantes contre le monde agricole, accusé tour à tour de polluer ou de maltraiter les animaux, n’incitent pas à rejoindre la profession », déplore Chantal Jean, Présidente de la Coordination Rurale Normandie.

Une mutation des mentalités et de l’héritage familial

Le phénomène s’explique aussi par un changement de mentalité au sein des familles agricoles. Alors que la transmission était autrefois une évidence et une fierté, la contrainte morale liée à l’héritage s’assouplit. De plus en plus de parents préfèrent désormais encourager leurs enfants à changer de métier plutôt que de leur transmettre une exploitation jugée trop lourde à porter, tant au niveau financier que psychologique.

Des conditions de vie et de revenus devenues insoutenables

Au cœur de cette crise se trouvent des conditions de travail éprouvantes et une rentabilité économique fragile. Le revenu médian des ménages agricoles normands est d’environ 22 800 € par an.

Ce revenu se décompose en moyenne ainsi :

  • 17 100 € de bénéfices agricoles (≈ 35 % du total),
  • 20 600 € d’autres revenus d’activités (≈ 42 %),
  • 10 800 € provenant du patrimoine (≈ 22 %).

La précarité reste marquée : le taux de pauvreté monétaire atteint 14,9 % chez les exploitants normands. Ce chiffre grimpe à ≈ 21,9 % dans les petites exploitations, contre ≈ 10,9 % dans les grandes.

Un appel à l’action

Face à ce constat, la Coordination Rurale appelle les pouvoirs publics à prendre des mesures urgentes et concrètes pour enrayer ce déclin. Il s’agit non seulement de soutenir les revenus et les conditions de travail des agriculteurs, mais aussi de redonner de la considération et de la dignité à cette profession, essentielle pour l’alimentation et l’aménagement du territoire.

Dans la même catégorie

Nos CR locales
Nos CR locales
Normandie
Normandie