Les fortes chaleurs de ces derniers jours ont provoqué des situations dramatiques dans plusieurs élevages, notamment en volailles et en porcs. Derrière les chiffres, il y a des exploitations, des familles, des animaux morts en grand nombre, et des éleveurs profondément marqués.

Aujourd’hui, des cadavres peuvent rester plusieurs jours sur les exploitations, faute de capacité suffisante d’enlèvement par l’équarrissage. Les conditions sanitaires et olfactives se dégradent rapidement, ajoutant une pression supplémentaire à des éleveurs déjà touchés de plein fouet.

Face à cette situation exceptionnelle, un arrêté de zone a été pris pour l’ensemble du Grand Ouest afin d’autoriser, sous conditions, l’enfouissement exceptionnel de cadavres d’animaux pour les espèces porcines et volailles. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas eu d’arrêté préfectoral spécifique dans le Calvados. En revanche, cet arrêté ne concerne pas les bovins.

Cette procédure ne doit pas être comprise comme une solution de confort, mais comme une réponse d’urgence à une situation devenue difficilement gérable sur le terrain. L’objectif est aussi d’éviter des enfouissements sauvages, qui seraient dangereux pour l’environnement, la ressource en eau et la sécurité sanitaire.

La Coordination Rurale rappelle que l’équarrissage doit rester la solution prioritaire lorsque cela est possible. Mais lorsque les délais deviennent trop longs et que les cadavres s’accumulent dans les exploitations, les éleveurs doivent obtenir des réponses rapides, claires et applicables.

Au-delà de l’aspect sanitaire, il ne faut pas sous-estimer le choc psychologique. Peu importe l’espèce ou le nombre d’animaux, sortir autant d’animaux morts de son élevage est une épreuve extrêmement difficile. Pour un éleveur, ces animaux ne sont pas des numéros. Ils représentent du travail, de l’attention, de l’investissement et une responsabilité quotidienne.

La Coordination Rurale dénonce également les raccourcis indignes qui consistent à comparer la mort d’un chien enfermé dans une voiture à celle de milliers de volailles mortes dans des bâtiments lors d’un épisode climatique exceptionnel. Cette comparaison est pitoyable et profondément injuste pour les éleveurs.

Un animal laissé volontairement dans une voiture en pleine chaleur relève d’une faute individuelle. Un élevage touché par une surmortalité massive en période de canicule relève d’une situation de crise, malgré les équipements, les soins, la surveillance et les mesures mises en place par les éleveurs.

Faire porter la responsabilité morale de ces mortalités aux agriculteurs, c’est une nouvelle fois les placer en accusation aux yeux des consommateurs, alors qu’ils sont eux-mêmes victimes d’un épisode brutal, de conditions extrêmes et parfois de systèmes d’enlèvement saturés.

Les éleveurs ne demandent pas qu’on minimise la mort des animaux. Ils demandent qu’on regarde la réalité en face, sans caricature et sans procès d’intention. Aucun éleveur ne souhaite voir mourir ses animaux. Aucun éleveur ne sort indemne d’un tel épisode.

Les conséquences économiques, sanitaires et psychologiques de ces mortalités ne seront pleinement connues que dans plusieurs semaines, voire plusieurs mois. La Coordination Rurale demande donc un accompagnement réel des exploitations touchées, une évaluation rapide des pertes, une prise en charge adaptée et une procédure administrative simple.

Dans cette crise, la priorité doit être claire : protéger les élevages, éviter les risques sanitaires, accompagner les éleveurs et cesser les comparaisons culpabilisantes qui abîment encore davantage l’image du monde agricole.

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