Le procès de la semaine dernière, au TGI de Coutances, dans lequel l’OP Sunlait demandait des comptes n’est pas passé inaperçu. Ce conflit n’est pas isolé tant les actions menées contre les autres laiteries se multiplient désormais. Ce n’est que le résultat des lois EGAlim 1 et 2, la première étant à jeter aux oubliettes et la seconde ne tardera sûrement pas à la rejoindre. Au final, les laiteries continuent à vivre grassement sur le dos des producteurs. Il est donc vital de continuer la lutte, de marteler encore et encore nos revendications en faveur d’un prix réellement rémunérateur.

Du lait à plus 400 euros ! Une bonne nouvelle ?

 

En 2017, nous demandions un prix juste prenant en compte les coûts de production et incluant une rémunération décente évidemment. Le montant calculé était alors à 450 euros les 1 000 litres. Nous y sommes presque, nous allons enfin voir sur nos paies de lait ce montant tant attendu. Et pourtant… Ce montant n’est tellement plus d’actualité. Vous n’êtes pas sans savoir que depuis, des événements ont eu lieu, comme la guerre en Ukraine et ses nombreuses répercussions sur nos charges. L’engrais, l’aliment et le fioul ont été impactés. La joie sera donc de très très courte durée.

Et surtout, que l'on ne nous dise pas que les laiteries ne peuvent pas suivre ! Il suffit de regarder le prix du lait spot qui est, pour la quatrième semaine consécutive, à 510 € / 1000 l départ « grand ouest »… Ce prix est la conséquence directe d'un marché qui se tend par manque de production. On voit que pour obtenir de meilleurs prix sur le marché, l'offre doit s'adapter car en cas de surplus de production, les prix sont tirés vers le bas. Il y a moins de lait en circulation en ce moment, ce qui fait augmenter les prix du lait Spot. On se retrouve avec du lait à 530€ les 1000 l chez nos voisins du Nord. Il se raconte aussi que le lait belge est acheté 600 € / 1000 l, est-ce de l'intox ou la vérité ? Le manque de transparence des industriels n'aidera sûrement pas à le savoir.

Je finirai en disant qu’il faut impérativement que nos laiteries prennent en compte rapidement la disparition rapide de nos collègues et le besoin de revaloriser notre travail par une rémunération qui permettra peut-être un renouvellement des générations. Sans cela, nous fonçons vers une pénurie de lait au profit de nos concurrents européens. Les consommateurs auront sur leur table un lait belge, polonais, allemand ou hollandais. Ne pas réagir face à la disparition d’un lait français, c’est faire une croix sur le bien-être animal, la qualité sanitaire et nutritionnelle qui est la marque de notre savoir-faire. Le lait est un fleuron de notre agriculture. Il est envié, voire jalousé par nos voisins… Qui peut se targuer d’avoir un lait comme le nôtre ? Surtout quand la multitude de contrôles que nous subissons attestent d’une qualité exceptionnelle sur les matières protéines, grasses ou sur les cellules. L’expression « On ne se rend compte de l’importance d’une chose que lorsqu’on la perd » prend-ici tout son sens. N’attendons pas qu’il soit trop tard.

Jean-Jacques PESQUEREL Référent lait de la Coordination Rurale de Normandie

 

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