Paris, le 4 avril. Une marche, de la musique, et une pancarte qui résume tout : « Mange, t’es mort. » Voilà ce que des milliers de gens ont défilé pour faire passer un message censé défendre la nature et la santé. Un message qui, au passage, crache dans la soupe de chaque agriculteur de France.
Je respecte le droit de manifester. Je comprends les inquiétudes sur les pesticides et la biodiversité. Mais ce genre de slogan, ça ne fait pas avancer les choses — ça fait peur, ça stigmatise, et ça détruit la confiance des consommateurs envers notre alimentation. Notre alimentation est saine. Jusqu’à preuve du contraire.
L’agriculture française est déjà à genoux — revenus en chute, concurrence déloyale, normes toujours plus lourdes. Rajouter par-dessus l’idée que nos produits empoisonnent les gens, c’est se tirer une balle dans le pied. Et ce sont nos enfants, nos successeurs, qui en paieront le prix.
En 2023, les ventes de substances phytosanitaires atteignent 65 600 tonnes. Plus d’un tiers sont utilisables en biocontrôle ou en agriculture biologique. Les substances les plus toxiques ? Leur volume a été divisé par deux depuis 2010. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas parfait. Mais ce n’est pas « mange, t’es mort ».
Puis, le Doliprane en surdose, ça tue. Le sel de cuisine en excès, ça tue. Les particules fines des pots d’échappement, les retombées de kérosène — tout ça aussi. Mais personne ne défile contre les aéroports avec des banderoles « Vole, t’es mort ». J’en ai marre, on a trouvé le bouc émissaire idéal : l’agriculteur : personne silencieuse et isolée. C’est trop facile !
Nous travaillons dans un cadre légal. Nous appliquons des produits homologués, avec une balance bénéfices/risques évaluée. Nos champs ne sont pas des décors de carte postale pour promeneurs du dimanche. Ils produisent à manger. Pour tout le monde.
Oui, on peut faire mieux. On veut faire mieux. Mais si vous voulez vraiment aider la transition, alors aidez les agriculteurs bio — ceux qui se retrouvent aujourd’hui sans débouchés, contraints de repasser en conventionnel faute d’acheteurs. Voilà un vrai combat. Concret. Utile. Plutôt que des slogans qui font les gros titres et laissent les paysans un peu plus seuls le lendemain matin.
Des alternatives ? Nous en voulons. Nous les attendons. Mais elles viendront du travail, de la recherche, et d’un dialogue honnête — pas de la caricature. Nous ne sommes pas des empoisonneurs. Nous sommes des producteurs. Et nous en avons assez de ne pas être traités comme tels.