Face aux annonces du Gouvernement, la Coordination Rurale de Normandie dit tout haut ce que les agriculteurs pensent tout bas : reporter les dettes, c’est reculer pour mieux sauter.
Depuis six mois, la Coordination Rurale de Normandie alerte sans relâche sur l’état des trésoreries agricoles. Six mois que toutes les CR départementales envoient des signaux d’alarme, d’interpellations, de rencontres avec les Préfets, l’administration et avec des exploitants à bout de souffle. Et voilà la réponse du Gouvernement : des reports de cotisations, des étalements d’échéances fiscales, des prêts de court terme. Des mesures qui, au mieux, décalent le problème de quelques semaines.
« Ce n’est pas en étalant la confiture sur le pain qu’on aura plus de confiture. »
Étaler les dettes ne les efface pas. Contracter de nouveaux prêts — à quel taux, dans quel contexte bancaire ? — ne fait qu’alourdir des exploitations déjà surendettées. La Coordination Rurale de Normandie le dit clairement : un report, c’est reculer pour mieux sauter. Les agriculteurs normands ne veulent pas de rustines supplémentaires sur une roue réparée mille fois. Ils veulent qu’on change la roue.
Ce qui frappe le plus dans ces annonces, c’est le décalage sidérant entre le discours officiel et la réalité des fermes. Nos cols blancs, malgré nos interventions répétées, restent déconnectés du terrain. L’État dit vouloir protéger son agriculture et sa souveraineté alimentaire — les mots sont beaux. Mais quand on regarde les mesures proposées, on ne voit que du court terme, que des reports, que des usines à gaz administratives qui rajoutent des formulaires à remplir à des agriculteurs qui n’ont plus le temps de dormir.
Le « quoi qu’il en coûte » semble avoir ses limites lorsqu’il s’agit de l’agriculture. Ceux qui nourrissent la nation ne bénéficient manifestement pas du même niveau de mobilisation. À force d’inaction, un sentiment s’installe : l’agriculture française n’apparaît plus comme une priorité pour nos responsables politiques.
La Coordination Rurale de Normandie s’étonne de ce manque de considération pour celles et ceux qui nourrissent notre pays. Nous l’avons dit, nous le répétons : la cause profonde de cette crise, c’est que l’agriculture française supporte trop de charges et trop de contraintes. La crise de l’énergie et des intrants ne fait qu’aggraver ce qui était déjà insupportable.
Ce que nous demandons — depuis le début
- Une véritable simplification des charges et des contraintes administratives pesant sur les exploitations
- Une MSA dont les cotisations reflètent enfin la réalité de nos revenus, et non des assiettes déconnectées
- La prise en compte des coûts de production réels dans la formation des prix : pas de revenu digne sans prix justes
- Des mesures structurelles, pas des perfusions provisoires qui prolongent l’agonie