Pendant que Bruxelles et Paris multiplient les discours sur la souveraineté alimentaire, la réalité du terrain est implacable : lait, porc, veau, céréales toutes nos productions s’effondrent. Et pendant ce temps, nos dirigeants restent les bras croisés.

Le lait : la honte française persiste

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont scandaleux :

  • 472,70 €/1 000 L en France contre 520,55 €/1 000 L en Allemagne au 1er juillet 2025
  • En 2023 : 47,28 €/100 kg chez nous contre 49,66 €/100 kg de moyenne européenne
  • En 2022, l’écart était encore plus criant : 44,52 €/100 kg en France quand nos voisins néerlandais touchaient 55,19 €/100 kg et les Allemands 53,45 €/100 kg

Pourquoi acceptons-nous d’être les plus mal payés d’Europe ? Nos coopératives, souvent complices du système, bradent notre production pendant que nos coûts explosent. Cette situation n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’une politique qui sacrifie les producteurs au profit de l’agro-industrie et de la grande distribution.

Porc et veau : le cycle infernal recommence

La filière porcine, qui avait retrouvé un peu d’oxygène en 2024, replonge. Les cours ne couvrent plus les coûts de production, notamment pour ceux qui dépendent des aliments achetés. Les petites structures et les élevages endettés sont en première ligne.

Pour le veau, c’est encore plus brutal : perte de 30 €/tête en quelques jours sur certains lots. Les veaux normands plafonnent à 450 €/pièce, les Prim’Holstein à 427 €/pièce. Impossible de tenir avec de telles fluctuations qui détruisent toute planification.

Céréales : le double piège

2024 a été catastrophique :

  • Blé tendre : -18 % de production
  • Triticale : -23 %
  • Rendements effondrés : 65 q/ha pour le blé, 63 q/ha pour l’orge, 56 q/ha pour le triticale

2025 s’annonce meilleure en volume (orge à 65,8 q/ha contre 54,7 q/ha, blé à 7,05 t/ha contre 6,09 t/ha) mais voilà le piège : les prix s’écroulent !

  • -15 €/t sur le blé depuis mi-mars sur Euronext
  • -4 €/t en quelques jours fin juin sur le blé européen
  • L’orge ne couvre même plus les coûts de production

Résultat : ceux qui ont survécu à 2024 n’ont pas les moyens de profiter du rebond de 2025. Entre stocks mondiaux gonflés, concurrence déloyale (Ukraine qui inonde le marché), euro fort et spéculation, nos céréaliers sont pris en étau.

Ce système nous tue : trois vérités à dire

1. Nous subissons une concurrence déloyale permanente

Nos voisins européens paient mieux leur lait. L’Ukraine déverse ses céréales sans respecter nos normes. Les accords de libre-échange ouvrent nos frontières à des productions qui ne respectent pas nos règles sociales, environnementales et sanitaires.

2. La valeur est confisquée en aval

Les coopératives, l’agro-industrie et la grande distribution captent les marges pendant que nous, producteurs, assumons tous les risques : climatiques, sanitaires, financiers. Le partage de la valeur est une imposture.

3. L’État nous abandonne

Pas de régulation des prix, pas de protection aux frontières, pas de mécanisme de stabilisation digne de ce nom. Les fonds de lissage et filets de sécurité promis restent des mirages pendant que nos exploitations coulent.

Nos exigences encore et toujours les mêmes :

Protection et régulation

Rétablir des protections aux frontières : stop aux importations déloyales
Instaurer des prix planchers garantissant la couverture des coûts de production
Contrôler les marges de la distribution et sanctionner les abus

Soutien et équité

Créer de véritables mécanismes publics de stabilisation des revenus agricoles
Rééquilibrer les relations contractuelles : le producteur doit redevenir maître de son prix

Rupture avec Bruxelles

Dénoncer les accords commerciaux qui bradent notre agriculture
Refuser toute nouvelle norme sans solution de remplacement
Exiger une PAC qui protège les producteurs, pas les bureaucrates et les spéculateurs

L’urgence est là : nos familles, nos territoires, notre souveraineté

« Quand lait, porc, veau et céréales s’effondrent simultanément, ce n’est pas une crise conjoncturelle : c’est un système qui agonise. Les exploitations les plus fragiles n’ont plus de réserves pour encaisser le choc » conclut Yannick Bodin, Président de la Coordination Rurale de la Manche.

Combien de fermes vont encore disparaître avant qu’on agisse ?

La Coordination Rurale de la Manche appelle tous les agriculteurs, tous les citoyens attachés à une alimentation souveraine et de qualité, à se mobiliser. Nous ne mendions pas des aides : nous exigeons un prix juste pour notre travail et la protection de notre modèle agricole.

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