On entend souvent parler de souveraineté alimentaire.
- De circuits courts.
- De qualité française.
- De “manger local”.
Mais derrière ces grands mots, il y a une question qu’on évite soigneusement de poser. La vraie question aujourd’hui n’est pas : “Faut-il encore des agriculteurs ?” Parce que tout le monde connaît déjà la réponse. Bien sûr qu’il en faut.
Pour nourrir le pays.
Pour entretenir les paysages.
Pour faire vivre nos campagnes.
Pour transmettre un savoir-faire que le monde entier nous envie.
Non. La vraie question, c’est : “Dans quelles conditions accepte-t-on qu’ils travaillent… et vivent ?”
Accepte-t-on qu’un agriculteur fasse 70 heures par semaine pour gagner moins qu’un SMIC ?
Accepte-t-on qu’il soit contrôlé, suspecté, pointé du doigt, pendant que ceux qui vivent réellement de son travail — industriels, centrales d’achat, importateurs — continuent tranquillement à s’enrichir ?
Accepte-t-on qu’un éleveur pleure ses bêtes après des années de sélection, de soins, de nuits passées dans les bâtiments… pendant qu’on lui explique derrière un bureau que “c’est la procédure” ?
Accepte-t-on que des familles vivent avec la peur permanente :
- de la prochaine norme,
- du prochain courrier,
- du prochain virus,
- du prochain effondrement des prix,
- ou simplement de ne pas réussir à payer les factures à la fin du mois ?
Parce qu’aujourd’hui, c’est ça, la réalité agricole. Des femmes et des hommes qui nourrissent les autres… mais qui ne savent parfois même plus comment vivre dignement de leur métier. Et le pire, c’est que beaucoup finissent par trouver ça “normal”.
Normal qu’un tracteur coûte le prix d’une maison.
Normal de travailler tous les week-ends.
Normal de ne jamais partir en vacances.
Normal de s’excuser presque… de vouloir vivre de son travail.
Eh bien non ! La Coordination Rurale refuse cette fatalité. Nous refusons une agriculture où celui qui produit est toujours le dernier payé.
Nous refusons une agriculture administrée par des gens qui ne mettront jamais une paire de bottes dans une stabulation.
Nous refusons que l’on demande toujours plus aux agriculteurs… tout en les condamnant économiquement.
Nous agriculteurs, nous ne demandons pas des privilèges. Nous demandons simplement :
- des prix,
- du respect,
- de la cohérence,
- et le droit de vivre dignement de notre métier.
Car sans agriculteurs, un pays dépend des autres pour se nourrir. Et un pays qui dépend des autres pour se nourrir… finit toujours par perdre sa liberté. La bataille agricole n’est donc pas seulement celle des paysans.
C’est celle de toute une société qui doit choisir : veut-elle encore une agriculture française… ou seulement le souvenir de ce qu’elle était ?