Depuis cet été, le cours du porc au Marché du Porc Français (MPF) a chuté de près de 0,30 €/kg. Si les surtaxes chinoises expliquent seulement un tiers de cette baisse, quelles sont les raisons des deux tiers restants ? La Coordination Rurale Bretagne pointe du doigt les dysfonctionnements structurels de la filière française, qui minent tant les éleveurs que la crédibilité du MPF.
Une multiplication des cahiers des charges qui désoriente la filière
Depuis plusieurs années, la profession s’égare dans une prolifération de signes de qualité et de spécifications techniques : porc sous label, sans antibiotiques, sans OGM, porc lourd, etc. Comment le MPF peut-il encore fixer un prix représentatif dans un tel contexte ? Cette complexité nuit à la lisibilité pour les éleveurs comme pour les consommateurs, et affaiblit la cohésion de la filière.
La gestion du mâle entier : un échec collectif
La récente gestion de la question du mâle entier illustre parfaitement les faiblesses de la représentation professionnelle. Comment les représentants des éleveurs ont-ils pu accepter une situation où deux types d’animaux coexistent sur le marché, compliquant encore davantage la fixation des prix ? Pire, cette décision a manqué une opportunité historique de faire avancer le bien-être animal. En 2025, la castration avec deux injections intratesticulaires et un antidouleur généralisé relève de la barbarie. Si les outils industriels doivent investir pour tracer les carcasses de mâles entiers, c’est leur responsabilité – pas celle des éleveurs, déjà accablés par des normes environnementales, de biosécurité et de bien-être animal imposées sans concertation.
Le MPF en perte de légitimité
Avec des volumes disparates – le premier abatteur national s’étant retiré depuis des années – et une offre fragmentée entre animaux castrés, non castrés et multiples signes de qualité, le MPF perd peu à peu sa représentativité. Comment peut-il prétendre incarner une référence centrale dans ces conditions ?
Pour une filière unie et exigeante
La Coordination Rurale Bretagne refuse de se contenter de déplorer le manque de solidarité à chaque crise. Il est temps d’agir collectivement pour :
- Définir un porc de référence, clair et unique, qui serve de base à toute la filière.
- Exiger le bien-être animal comme priorité absolue, sans compromis avec les intérêts industriels.
- Faire pression sur la grande distribution, qui réalise 200 millions d’euros de marges supplémentaires en trois ans sur la charcuterie, pour qu’elle soutienne une viande issue d’élevages respectueux du bien-être animal.
Les interprofessions, souvent dirigées par des représentants de groupements de producteurs, doivent enfin assumer leur rôle : identifier les problèmes et défendre sans faiblir les mesures de progrès, quand celles-ci s’imposent avec évidence.
L’engagement de la Coordination Rurale
Pour la Coordination Rurale, la règle est simple : toute mesure améliorant le bien-être animal, quelle que soit la production, sera appliquée. Nous appelons l’ensemble de la profession à se mobiliser pour une filière porcine plus juste, plus transparente et plus respectueuse – des animaux comme des éleveurs.
Le MPF doit survivre, mais pour cela, il doit se réinventer.
Pour la CR29, Pascal PICHON
