« Les années passent mais la situation ne s’améliore pas. Je ne parle ni du gel, ni de la sécheresse. Cela fait partie de notre métier et ne dépend de la volonté d’aucun d’entre nous. Ce qui me chagrine, ce n’est pas ce que la nature nous impose mais bien cette société qui demande tout et son contraire. Le ministre de l’Agriculture vient à peine de lancer la prochaine Loi d’orientation agricole (LOA) et, dès la première réunion, il a conclu par cette phrase qui devrait tous nous faire bondir : « L’agriculture doit se raconter à la société. Mais raconter une histoire, ce n’est pas décrire la réalité ». Une fois encore, on se prépare à taire le réel pour contenter une opinion qui fantasme une agriculture d’avant guerre et, n’ayant jamais connue la faim imagine qu’elle aura toujours suffisamment à manger.

Nous sommes un peu responsables, en travaillant trop et trop bien depuis que l’État nous a confié la mission de sortir le pays des tickets de rationnement au début des années 50. Nous sommes coupables d’être trop résistants, de toujours finir par semer, de traire quoi qu’il arrive. Coupables de surmonter à chaque fois les obstacles que l’Europe et la France mettent entre nous et nos champs.

Mais aujourd’hui, les embûches s’accumulent : ZNT à 3, 5 et bientôt 100 mètres, retrait des molécules non problématiques comme le glyphosate, refus idéologique des OGM, luttes infondées contre le stockage de l’eau, réintroduction des lynx, loups, vautours, ours au détriment de l’élevage plein air, attaque de la fertilisation azotée qui nourrit pourtant un humain sur deux, guerre d’usure de la part de l’OFB, Farm To Fork qu’on appelle aussi Fly To Famine qui prétend imposer 25 % de surfaces bio, bio que les consommateurs n’achètent plus, et réduire encore de 50 % l’usage des médicaments vétérinaires. Une des conséquences est que l’on pousse les politiques à légiférer en fonction des sondages d’opinion. Je dois reconnaître que nos représentants jurassiens se démarquent souvent dans ce domaine comme l’ont prouvé Mme Dalloz et Mme Brulebois lors du vote de l’amendement 3132 qui aurait pu calmer, un peu, les ardeurs des animalistes.

Je ne peux pas parler d’information franche et honnête sans faire un détour par le dossier loup. M. le préfet, vous avez prévenu les maires du Jura de l’apparition du loup dans notre département via le site internet de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Site où l’on découvre les programmes visant à expliquer aux scolaires tout le bien fondé de l’existence de ce super prédateur. J’imagine que là aussi, on raconte plus une histoire que la réalité et que les photos de brebis agonisantes et de génisses éviscérées n’ont pas leur place dans cette mallette pédagogique. Il y a par contre de très jolis déguisements qui permettent aux enfants de s’identifier à ce carnivore à grand renfort de fausses oreilles.

Méconnaissance enfin de la part des collectivités mise en lumière par les Plans d’Alimentation Territoriaux. C’est une démarche qui peut s’entendre mais trop souvent c’est l’occasion d’un véritable concours Lépine de l’autonomie alimentaire. Tous s’enflamment sur la production de légumes, de petits fruits et bientôt de café ou d’ananas aux portes même des Rousses…
Non, l’alimentation ne repose pas et n’a jamais reposé sur le maraîchage et non, il n’est pas rationnel de tout produire sur le territoire de sa propre communauté de communes. Là aussi, rappelons les bases du métier : contraintes agronomiques et nécessité de rentabilité économique.

Nous nous sommes déjà tous menti sur l’énergie en prétendant que le solaire et l’éolien suffiraient à nos besoins. Nous avons préféré ne pas voir que ce choix nous rendait dépendant d’un méthane que nous ne produisons pas et il a fallu attendre d’être à la veille du black-out pour regarder de nouveau le nucléaire comme un outil formidable. Que cette erreur grossière nous serve de leçon. Ne la reproduisons pas pour notre agriculture. La Loi d’orientation agricole va ouvrir des espaces d’explications. Je dis bien d’explications, pas de dialogue : nous seuls connaissons notre métier.

M. le président, la Chambre et tous ses membres doivent passer des messages clairs et forts. Il faut en finir avec ces fausses vérités et ces doctrines fallacieuses qui changent au gré du vent de l’opinion et du diktat médiatique. Nous pourrions commencer par faire le ménage dans les formations Vivéa où l’ésotérisme et l’approximation occupe près d’un tiers du catalogue.
4 personnes sur 10 croient à la sorcellerie dans le monde. En France, on appelle ça l’homéopathie, le reikki ou la biodynamie…

Discours d’Emmanuel Rizzi à la session Chambre du Jura,
Éleveur en bovins allaitants et président de la CR39

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