L’engagement des agriculteurs contre les feux de cet été provoquera-t-il un sursaut salutaire dans l’opinion ?
La sécheresse 2026, associée à une succession de canicules tout à fait hors du commun, entraîne une catastrophe sans précédent pour notre agriculture, impactant très fortement toutes les productions de notre région, des grandes cultures au maraîchage, en passant par la viticulture et l’élevage, mettant à mal les trésoreries comme les stocks de fourrage, d’où de vives inquiétudes pour l’hiver prochain. Sans un plan d’aide proportionné à cette situation catastrophique, il est à craindre que nombre d’exploitations ne disparaissent dans les mois à venir. La CR et tous les autres syndicats s’emploient à obtenir les mesures indispensables. Nous aurons l’occasion d’en reparler très prochainement.
Ce qui est vrai pour notre région l’est aussi pour l’ensemble du pays, ainsi que pour une grande partie de l’Europe.
Pourtant, malgré les énormes problèmes rencontrés sur leurs exploitations, de nombreux agriculteurs se sont mobilisés dans tout le pays pour venir en aide aux pompiers dans la lutte contre les incendies, en transportant de l’eau ou en créant des coupe-feu. La Coordination Rurale Bourgogne-Franche-Comté tient ici à remercier tous ceux qui se sont engagés dans ce combat.
Mais c’est à double titre que nous devons les remercier. En effet, outre le service qu-ils ont rendu à la nation, je veux souligner ici le service qu’ils ont rendu à l’agriculture. Leur action a permis à certains de nos concitoyens de prendre conscience de plusieurs éléments :
– le premier est que moins il restera d’agriculteurs, moins ils seront à pouvoir se mobiliser, non seulement face aux incendies, mais aussi face à d’autres catastrophes naturelles.
– le deuxième est que de grandes bandes de prairies et de champs cultivés constituent d’excellents moyens d’arrêter le feu, alors que des friches et des broussailles constituent un excellent moyen de le propager.
– la conséquence du point deux est que la « restauration de la nature », si elle a des avantages pour la biodiversité, a aussi des inconvénients pour l’homme, mais également pour la biodiversité elle-même. Des milliers d’hectares brûlés détruisent beaucoup plus d’habitat d’espèces protégées que quelques passages de broyeur dans un champ. Des rivières à sec faute de plans d’eau permettant de lisser leur débit, c’est des poissons qui disparaissent.
– en matière de stockage d’eau enfin, les fortes précipitations de cet hiver, suivies de cette sécheresse catastrophique, sont une excellente démonstration de l’impérieuse nécessité de stocker l’eau quand il en tombe trop, pour pouvoir en disposer quand il n’en tombe plus assez, comme nous ne cessons de le répéter depuis des années.
Les récents assouplissement de la législation pour le stockage dans les exploitations, ainsi que l’objectif affirmé de doubler nos capacités de stockage, sont un premier pas dans ce sens. Mais il ne suffira pas. Il faut également, en parallèle , réfléchir rapidement à de grands projets de plans d’eau en dérivation des cours d’eau, susceptibles à la fois de réguler leur débit, de limiter les inondations et de constituer des réserves importantes en cas de sécheresse prolongée, comme celle que nous vivons aujourd’hui.
La semaine dernière, alors que je développais ce point au cours d’une réunion de la cellule sécheresse de Saône-et-Loire, j’ ai eu l’agréable surprise de constater qu’elle ne soulevait aucun des cris d’horreur auxquels j’étais habitué jusqu’ici, mais qu’elle était au contraire écoutée avec intérêt.
Espérons que ce revirement de l’opinion ne sera pas un feu de paille, sans mauvais jeu de mot, mais le début d’une profonde et durable prise de conscience. A nous d’agir dans ce sens chaque fois que l’occasion s’en présentera. A condition que l’agriculture parvienne à encaisser les conséquences de cette sécheresse hors norme.
Thierry-James Facquer, Président CR BFC