La Transmission, facteur clef de notre avenir

Le 10 mars, à Dijon, j’ai signé au nom de la Coordination Rurale de Bourgogne-Franche-Comté, la charte régionale de la Transmission, non sans avoir regretté que nous n’ayons pas été associés à sa rédaction. Si nous avons décidé de la signer malgré tout, c’est que nous adhérons à son contenu, qui vise principalement à sensibiliser davantage, et plus tôt, les futurs cédants, et à mieux les accompagner. On s’était en effet jusque-là surtout préoccupé des repreneurs, alors qu’une transmission, par définition, suppose un repreneur et un cédant. C’est également que cet enjeu, vital pour l’agriculture en BFC, doit transcender les clivages syndicaux. Nous concevons cette signature comme le début d’une coopération entre les différents syndicats sur ce dossier, comme je l’ai dit clairement, et avec insistance au président de la Chambre Régionale d’Agriculture, Vincent Lavier. Espérons que le message aura été reçu.

La Confédération Paysanne, qui adhère comme nous au contenu de cette charte, et partage notre déception de ne pas avoir été associée à sa rédaction, en a tiré la conclusion inverse, en refusant de la signer. Nos attitudes, opposées au premier abord, délivrent à mon sens le même message : il est des enjeux cruciaux sur lesquels la réflexion doit associer tous les représentants du monde agricole, et la transmission en est un sans aucun doute.

En effet, dans une région où plus de la moitié des agriculteurs ont plus de 50 ans, et où on compte en moyenne deux installations pour 3 départs, la situation va très vite devenir critique. Je viens d’apprendre que, dans un village proche du mien, une exploitation va être plantée en sapins de Noël, faute de repreneur.

Depuis des décennies, le nombre d’exploitations baisse au fur et à mesure que celles qui restent s’agrandissent, mais ce processus a atteint aujourd’hui ses limites. En effet, de plus en plus d’exploitations ne trouvent pas de repreneur du fait de leur prix, alors que beaucoup de candidats à l’installation ne trouvent pas de ferme au regard des moyens dont ils disposent. Qui plus est, l’offre prend de plus en plus souvent la forme de parts de GAEC ou de sociétés, alors que les candidats, de plus en plus souvent non issus du milieu agricole, souhaitent, dans une énorme majorité,  s’installer seuls ou en couple. Nous fonçons droit dans le mur.

Il est donc indispensable d’intégrer la transmissibilité de son exploitation dans ses décisions de gestion et d’investissement, au minimum dix ou vingt ans avant son départ en retraite, et même, à mon sens, dès son installation, de la même manière qu’on pense à la revente quand on achète un appartement ou une voiture.

Après avoir recherché pendant des décennies à agrandir nos exploitations, il faut à présent les concevoir et les développer de manière à ce qu’elles puissent être transmises soit en un bloc, soit en deux ou trois structures plus petites, et souvent sur des productions différentes. C’est une véritable révolution des mentalités qui doit s’opérer, et ce dès le début d’une carrière, avec des conséquences sur l’implantation des bâtiments et des habitations. Mais cette révolution ne touche pas que les agriculteurs, elle implique aussi les élus et les services de l’État.

Alors, certainement, toutes les bonnes volontés doivent être les bienvenues pour concevoir et opérer ce changement radical.

Thierry-James Facquer, Président CR BFC

Crédit photo : Chambre de l’Agriculture BFC

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