Face à la recrudescence des attaques de loups et à leurs conséquences sur les exploitations, la Chambre d’Agriculture de la Nièvre a adopté, le 9 mars 2026, une motion portée par la Coordination Rurale 58. Ce texte alerte sur une situation jugée désormais insoutenable pour les éleveurs et appelle à des mesures concrètes et immédiates.

Une prédation en forte progression dans la Nièvre

Depuis plusieurs années, la présence du loup s’étend progressivement sur le territoire français, et la Nièvre n’y échappe pas. Alors que l’État avait initialement fixé un seuil d’environ 500 individus pour garantir la viabilité de l’espèce, la population est aujourd’hui estimée à plus de 1 000 loups.

Sur le terrain, cette progression se traduit par une multiplication des attaques sur les troupeaux. Les conséquences sont multiples : pertes économiques directes liées aux animaux tués ou blessés, mais aussi impacts indirects souvent sous-estimés comme les avortements, le stress des animaux, ou encore les troubles psychologiques chez les éleveurs.

Malgré les annonces gouvernementales visant à augmenter les prélèvements, les professionnels dénoncent un manque d’efficacité concrète. À cela s’ajoutent des interrogations sur la fiabilité des méthodes de comptage actuelles, ainsi que des tensions croissantes autour des dispositifs de protection imposés, notamment les chiens de protection, qui engendrent des coûts et des responsabilités supplémentaires.

Une motion pour revoir en profondeur la gestion du loup

Adoptée en session officielle, la motion de la Chambre d’Agriculture dresse un constat clair : la situation actuelle ne répond plus aux réalités du terrain.

Le texte met en avant plusieurs points clés :

  • Un dépassement du seuil de viabilité de l’espèce tel que défini initialement ;
  • Une augmentation continue des attaques et de leurs conséquences économiques et humaines ;
  • Des mesures gouvernementales jugées insuffisantes et inadaptées ;
  • Un manque de transparence dans le suivi des populations de loups ;
  • Une charge excessive reposant sur les éleveurs, notamment en matière de protection des troupeaux.

En réponse, la motion formule plusieurs demandes fortes :

  • La liberté de tirs de défense sans quota à proximité des troupeaux ;
  • L’autorisation d’équipements comme les lunettes thermiques ;
  • Une refonte des méthodes de comptage, incluant systématiquement des analyses génétiques ;
  • Une prise en charge intégrale par l’État des dispositifs de protection imposés ;
  • Une indemnisation complète des préjudices, y compris indirects ;
  • Un accompagnement psychologique des éleveurs et de leurs familles.

À travers cette délibération, la Chambre affirme que la pérennité de l’élevage et la sécurité des exploitations doivent devenir une priorité dans la gestion des grands prédateurs.

La position de la Coordination Rurale

À l’origine de cette motion, la Coordination Rurale de la Nièvre adopte une ligne claire et offensive sur la question du loup. Elle considère que la politique actuelle privilégie excessivement la protection de l’espèce au détriment des éleveurs.

Pour le syndicat, il est impératif que l’État assume pleinement ses choix en matière de conservation. Cela passe, selon lui, par une responsabilisation financière totale, mais aussi par une plus grande liberté d’action donnée aux éleveurs pour protéger leurs troupeaux.

La Coordination Rurale dénonce également l’influence de certaines associations, accusées de freiner la mise en place de solutions pragmatiques via des recours juridiques répétés. Elle appelle à une approche plus réaliste, centrée sur les contraintes du terrain et la survie des exploitations.

En filigrane, c’est une vision globale de la gestion des prédateurs qui est défendue : une politique équilibrée, où la protection de la biodiversité ne se ferait plus au détriment de l’activité agricole et du tissu rural.

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