La CR71 alerte le Préfet sur les impacts collatéraux de la sécheresse, totalement ignorés par les fonds d’indemnisation classiques. Pour nos producteurs, dont une grande partie n’est pas assurée par manque de trésorerie chronique, la crise se traduit par des pertes financières directes, immédiates et transversales à toutes nos filières :
• Filières Laitières (Bovin, Ovin, Caprin) et Fromagère : Perte de production de lait globale supérieure à 40 %, qui impacte durement la filière fromagère fermière.
• Filière Bovin Viande : les veaux accusent aujourd’hui un déficit moyen de 100 kg par rapport à une année normale à la même époque. Pour préserver le cheptel, les éleveurs ont l’obligation financière d’installer en urgence des nourrisseurs et d’acheter massivement des concentrés du commerce. De plus, la canicule a provoqué d’importantes casses lors des vêlages d’été. L’extrême gravité de la situation se porte désormais sur les vêlages d’automne à venir : si ces chaleurs hors norme persistent, nous allons droit vers une catastrophe sanitaire majeure avec des pertes massives de veaux et de mères à la mise bas. Enfin, nous anticipons déjà un taux critique de vaches vides pour les vêlages de mars prochain en raison des échecs d’IA et de saillie liée au stress thermique actuel.
• Filières Porcine et Avicole : Pertes animales énormes au sein des bâtiments des élevages de porcs et de volailles. La gestion technique de ces ateliers hors-sol (ventilation, brumisation) fait exploser les charges électriques et de structures, mettant les éleveurs face à des situations sanitaires et financières dramatiques.
• Viticulture : Le stress hydrique et thermique prolongé marque sévèrement les vignobles du département, laissant présager des rendements très médiocres pour la récolte à venir, ce qui va fragiliser la trésorerie des domaines déjà éprouvés par cet été brûlant.
• Grandes cultures, polyculture-élevage et blocage de la pousse : Effondrement général de l’autonomie fourragère à un niveau critique. Pour les exploitations de grandes cultures, recul brutal des rendements allant de 35 % à plus de 50 % sur les cultures d’été non irriguées (comme le maïs). Concernant les prairies, la récolte précoce provoquée par les chaleurs a empêché les graines de tomber au sol, ce qui bloquera tout retour de végétation à l’automne. En parallèle, les ruisseaux et les sources de la Saône-et-Loire s’épuisent les uns après les autres, créant une impasse logistique et financière au quotidien.
• Maraîchage : Chute dramatique des volumes récoltés et dégradation inquiétante de la qualité des légumes, rendant une partie d’entre eux invendables. Pour limiter les dégâts causés par les températures extrêmes, nos producteurs ont dû, en urgence, appliquer du lait de chaux sur leurs serres et bâches. Ces mesures alourdissent considérablement leurs charges financières et leur charge de travail, alors que les coûts d’irrigation s’envolent déjà. L’accès à l’eau représente aujourd’hui une question de survie pour ces exploitations.
Les cultures les plus touchées sont notamment les pommes de terre, les haricots verts, les petits pois et les salades. Quant aux carottes et aux poireaux, ils n’ont même pas pu être replantés. Un déficit de production est donc à prévoir dès l’automne.
La Coordination Rurale 71 alerte : les producteurs ne peuvent pas être étouffés par des restrictions brutales et une bureaucratie inflexible. Il est impératif d’agir rapidement en débloquant des aides financières simplifiées et en instaurant une gestion pragmatique de l’eau pour les sauver.
Les producteurs se trouvent aujourd’hui dans le « néant » le plus total, sans aucune perspective de pluie utile avant la fin septembre, contraints de puiser massivement dans leurs stocks d’hiver au milieu de l’été alors que les charges s’envolent. Face à cet emballement climatique imprévisible, les outils de gestion de crises habituels sont obsolètes et notoirement insuffisants.
Au-delà de la détresse de nos exploitations, c’est l’avenir même de notre souveraineté alimentaire qui est menacé. Alors que la balance commerciale agricole et alimentaire de la France s’est effondrée à un plus bas historique en 2025, laisser s’effondrer nos exploitations de Saône-et-Loire aggravera de façon dramatique notre dépendance envers l’étranger. Soutenir nos producteurs aujourd’hui est un impératif stratégique pour ne pas perdre définitivement le contrôle de notre alimentation.
Face à cette situation exceptionnelle, la CR71 vous demande d’intervenir auprès du gouvernement afin d’obtenir le déblocage d’une enveloppe de l’État spécifique et d’urgence dédiée au département de la Saône-et-Loire, indispensable pour abonder un fonds de secours exceptionnel à la trésorerie des exploitations.
Nous exigeons expressément que les critères d’attribution de ce fonds soient indexés sur le niveau de production, le nombre d’UGB pour les élevages d’herbivores (bovins, ovins, caprins), et la densité des effectifs pour nos ateliers hors-sol (porcins, avicoles), et non sur la simple surface admissible. Les exploitations fortement chargées en bétail ou logeant d’importants effectifs d’animaux subissent de plein fouet l’effondrement des ressources et l’explosion des coûts, contrairement à des structures spéculatives sans animaux qui profitent de la conjoncture pour vendre du foin au prix fort ou prendre des bêtes en pension.
L’argent public doit soutenir les véritables producteurs qui maintiennent l’activité de notre territoire, pas la spéculation.
Nous sollicitons également votre arbitrage immédiat pour obtenir un dégrèvement total de la Taxe sur le Foncier Non Bâti (TFNB) sur les parcelles sinistrées, ainsi qu’un gel des cotisations sociales auprès de la MSA Bourgogne qui ne soit pas uniquement corrélé à la crise pétrolière. Enfin, compte tenu de l’effondrement global de la rentabilité des fermes cette année, nous demandons expressément le gel de l’indice national du fermage au niveau départemental afin de bloquer toute hausse des loyers du foncier, devenue insupportable pour les locataires.
La survie de nos structures familiales dépend de la réactivité des services de l’État face à cet été hors norme.